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  • 2026-07-12 05:59:00 +0000 UTC

    Jul 12, 2026

    Violences sexuelles et état de sidération : 'Ce n'est pas qu'elle ne veut plus bouger, c'est qu'elle n'en est plus capable' - RTBF Actus

    Face à la violence d'une agression sexuelle, la réaction immédiate d’une victime n'est souvent ni la lutte, ni la fuite, mais le blocage total et involontaire de toutes les fonctions motrices, c’est la sidération. "Le cerveau ne peut pas comprendre ce qui est en train de se passer. C'est trop brutal, c'est trop violent, c'est incompréhensible. Donc il bugge", explique Sarah Tannier.

    Il s’agit d’un mécanisme de protection ancestral ancré dans notre évolution. Tous les vertébrés peuvent exprimer ce réflexe de survie. "On le voit quand les victimes arrivent au CPVS, elles culpabilisent, elles nous disent qu’elles ont eu l’impression qu’elles ne savaient plus bouger. Et donc nous on leur explique ce n’est pas juste une impression, c’est comme si on demandait à un paraplégique de bouger. Elles n’auraient pas pu."

    70% des femmes adultes se retrouvent en état de sidération en cas d’agression

    Dans le cerveau d’une personne victime d’agression, l'amygdale cérébrale agit comme une alarme. Elle envoie des hormones de stress, l’adrénaline et le cortisol, qui, normalement, permettent de réagir (fuir ou combattre). Mais, la victime en état de sidération est incapable de bouger. Les hormones de stress continuent malgré tout à monter en puissance, ce qui représente un danger vital pour le cerveau et le cœur. Alors pour se protéger, le cerveau se déconnecte pour que la personne ne ressente plus d’émotions et ainsi faire redescendre cette surcharge hormonale. C’est l’état de dissociation. "L'excès d'adrénaline et de cortisol, si la personne n'en fait rien, peut être mortel. Elle pourrait mourir d'un arrêt cardiaque. L’état de dissociation permet de la protéger, ça lui permet de rester en vie tout simplement", appuie Sarah Tannier.

    La psychologue donne l’exemple de la surcharge d’électricité dans une maison : "Le circuit va disjoncter pour ne pas que la maison crame. C'est exactement pareil pour le cerveau et pour le corps. Quand il y a trop de cortisol et d’adrénaline, le cerveau va disjoncter pour ne pas cramer."

    Les victimes en état à la fois de sidération et de dissociation deviennent alors spectatrices de leur propre agression. C’est le cas de la majorité d’entre elles. Les dernières études montrent que 70 % des femmes adultes victimes d'agression sexuelle éprouvent cet état de sidération. Pour les enfants, ce taux atteint 100%.

    Ce phénomène a été prouvé notamment grâce à des expériences scientifiques. Lorsque des personnes souffrant de stress post-traumatique sont soumises à des stimuli qui rappellent l’expérience traumatisante, les IRM montrent cet état de sidération. Les zones du cerveau censées mettre en mouvement la personne ne s'activent pas et l’empêchent de bouger. 

    On peut sortir d’une amnésie des décennies après l’agression

    Cette paralysie physique et mentale altère également la mémoire. Le cerveau étant en mode survie, le réseau de la mémoire est perturbé et la personne ne peut pas mémoriser correctement ce qui est en train de se passer. "C'est ça qui explique aussi qu'après, elles ont parfois du mal aussi à se souvenir de certains détails. Elles n'ont plus de repères dans l'espace et dans le temps, ce qui donne des témoignages parfois un petit peu incohérents." Parfois, l’amnésie peut être totale, c’est l’amnésie traumatique.

    Sarah Tannier souligne qu’il existe de multiples déclencheurs potentiels permettant de sortir de l’amnésie :  une thérapie, un entourage présent, un accouchement, le décès de l’agresseur, un élément de souvenir… "Ça peut arriver des décennies après une agression."

    Elles sont leur première juge

    Ces différents facteurs peuvent être mis à profit par des agresseurs dans le cadre de leur défense. Ils peuvent tenter de démontrer le consentement de leur victime par le fait qu’elle ne se soit pas défendue, qu’elle n’a pas dit "non"… Ils peuvent les accuser d’inventer des choses parce que leurs témoignages sont flous ou qu’elles ne le dénoncent que des années plus tard.

    Le phénomène de sidération n’étant pas encore très bien connu du grand public, de nombreuses personnes demandent encore aux victimes : "Pourquoi tu n’as pas bougé ? Pourquoi tu ne t’es pas défendue ?" Sarah Tannier ajoute que "[les victimes] elles-mêmes ne savent pas expliquer pourquoi elles ne se sont pas défendues et donc elles s’en veulent de ne pas avoir bougé et elles culpabilisent. Elles sont en quelque sorte les premières juges de leur réaction."

    Cette culpabilité peut aussi les empêcher de faire certaines démarches. De peur d’être jugées et de ne pas savoir expliquer cet état de sidération et de dissociation, de nombreuses victimes renoncent à porter plainte.

    Depuis 2017, plusieurs Centres de Prise en charge des Violences Sexuelles ont vu le jour en Belgique. Pensés pour accueillir les victimes hors du cadre hospitalier traditionnel (souvent anxiogène), ces centres offrent aux victimes l’assistance d’une équipe pluridisciplinaire formée aux violences sexistes et sexuelles, dès les premières heures.

    "La première chose qu’on fait quand elles arrivent au CPVS, c’est de travailler sur ce sentiment de culpabilité. On leur explique ce qu’est l'état de sidération et de dissociation pour qu’elles comprennent ce qui leur est arrivé", confirme Sarah Tannier.

    Selon les estimations, plus de 20 000 personnes ont bénéficié de l’accueil de ces centres multidisciplinaires en 2025.

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