Coupe du monde - « Un joueur hybride entre Busquets et Iniesta » : Rodri impressionne les légendes du jeu et ses ex-entraîneurs
Il a survolé Manhattan comme il a survolé la phase à élimination directe. Après avoir donné sa conférence de presse et s'être infusé le raout organisé par la FIFA au fan festival, vendredi en fin d'après-midi, Rodri (30 ans) a regagné son hôtel du New Jersey en hélicoptère en compagnie de Luis de la Fuente, ce qui effrayait un peu son sélectionneur. Mais ce sont surtout les performances du milieu de City qui donnent le vertige depuis quelques matches.
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« Il n'y a pas grand-chose à dire, c'est de loin le meilleur milieu de terrain au monde à son poste et il l'a montré dans cette Coupe du monde, affirme Marcelino, l'entraîneur qui l'a lancé en pro avec Villarreal. Le match qu'il a fait contre la France (2-0) a été impressionnant. Sur les autres matches, il est monté en puissance au fur et à mesure pour atteindre un niveau spectaculaire. Il est un joueur absolument déterminant dans le jeu de l'Espagne. »
Pour l'ancien latéral et milieu Philipp Lahm, champion du monde avec l'Allemagne en 2014, il en est même l'âme : « Il est le joueur qui incarne le mieux cette équipe d'Espagne. Il reflète le rythme et le style de jeu de l'équipe, et surtout l'idéalisme auquel elle aspire à nouveau : l'idée que chaque joueur doit savoir tout faire, en attaque comme en défense, dans un style coopératif où l'équipe s'organise autour du ballon. »
« Dans le foot, on associe souvent le talent seulement à ce que l'on fait avec le ballon. Mais ce talent, lui l'utilise aussi quand il n'a pas le ballon »
Paco Lopez, qui a entraîné Rodri avec la réserve de Villarreal
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En défense, ce qui marque, c'est le fait d'avoir l'impression qu'il est toujours au bon endroit au bon moment. Désespérant pour l'adversaire. « Ce qui m'impressionne le plus, c'est sa capacité à occuper autant de terrain tout seul, estime Quique Alvarez, qui fut son entraîneur adjoint avec le Sous-marin jaune en 2017-2018, sous les ordres de Javi Calleja. Nous, on le laissait déjà presque seul au milieu. C'est un garçon qui te donne une stabilité offensive et défensive dingue. »
Son cerveau fonctionne tellement vite qu'il n'a même pas besoin que ses jambes le soient autant. « Il perçoit très bien les espaces qu'il faut occuper, tant avec ballon que sans ballon, explique Paco Lopez, qui l'a entraîné avec la réserve de Villarreal. Dans le foot, on associe souvent le talent seulement à ce que l'on fait avec le ballon. Mais ce talent, lui l'utilise aussi quand il n'a pas le ballon. Il sait occuper les espaces, où aller. Ce n'est pas un joueur rapide, mais ses déplacements, il les fait avec une intelligence incroyable et il est donc capable d'aller à des endroits qui ne sont pas faciles du tout pour un joueur aussi grand (1,90 m). »
Cela le rend infiniment précieux, même si cela ne se voit pas toujours sur les retransmissions télévisées et leurs nombreux gros plans. « Cette capacité à savoir courir pour combler une brèche, c'est quelque chose qui s'apprend difficilement, c'est inné chez lui, reprend Lahm. Un joueur à ce poste se distingue rarement par des actions spectaculaires. Mais si on le retire, toute la structure perd son organisation. » S'il a mis beaucoup de temps à retrouver ses standards après sa rupture des ligaments croisés survenue en septembre 2024, son retour à un bon niveau à partir de janvier a redonné une structure à Manchester City, en difficulté sur la première partie de saison.
Mais ce qui le rend unique, c'est sans doute cette capacité à être aussi important des deux côtés du terrain. D'être plusieurs joueurs en un, comme le résume parfaitement Lahm : « Il réunit deux rôles que l'Espagne répartissait autrefois entre plusieurs joueurs. Prenez la génération dorée : Xavi dictait le jeu avec ses passes, Iniesta portait le ballon dans les espaces qui faisaient mal à l'adversaire et Busquets assurait la couverture défensive. Rodri prend en charge la couverture et les duels défensifs, ce qu'un Xavi ou un Iniesta ne faisaient pas, et il possède en même temps la capacité de débloquer le jeu vers l'avant, de créer. C'est un joueur hybride entre Busquets et Iniesta. »
« C'est un immense footballeur et un élément idéal pour notre idée footballistique »
Luis de la Fuente, le sélectionneur espagnol
Les statistiques corroborent la légende du Bayern. Selon les données d'Opta, le Citizen est de loin le joueur à réussir le plus de passes dans le camp adverse (371 contre 297 à son premier poursuivant, l'Argentin Leandro Paredes) et celui qui effectue le plus de passes cassant une ligne (106, devant son compatriote Aymeric Laporte 91). Il est aussi quatrième au nombre de duels gagnés ou encore de ballons récupérés. Le tout sans avoir besoin du vice qui semblait faire partie du CV des grands joueurs à son poste. Rodri n'a commis que neuf fautes en sept matches.
Bref, il est l'Alpha et l'Omega du système de Luis de la Fuente, qui ne s'était toujours pas remis du fait que son joueur avait essuyé des critiques après un premier match assez neutre contre le Cap-Vert (0-0, le 15 juin) : « J'ai déjà dit il y a un moment que remettre en cause Rodri me paraissait une insulte à l'intelligence. C'est un immense footballeur et un élément idéal pour notre idée footballistique. Il interprète le jeu offensif de manière fantastique, joue en très peu de touches, il fait des passes qui cassent des lignes avec une facilité déconcertante. Ensuite, il donne de l'équilibre à l'équipe par son positionnement, il récupère je ne sais combien de ballons... »
Champion du monde en 2002 avec le Brésil, Gilberto Silva corrobore mais ajoute qu'il ne pourrait rien faire seul : « Il a toujours l'air d'être dans une position confortable parce qu'il sait comment se positionner, peu importe contre qui il joue. Mais la structure de l'équipe et la qualité des joueurs autour de lui aident beaucoup car, quand il a le ballon, il a quelqu'un qui prend l'espace et lui propose une solution. Il peut donc la donner vite et se positionner à nouveau. »
Ce qui aide là encore à compenser sa seule relative faiblesse, son petit manque de vélocité. Paco Lopez : « Il est capable d'anticiper et de voir avant les espaces, le positionnement de ses partenaires, de l'adversaire. Il n'a même pas besoin d'être véloce dans son exécution pour profiter de ses contrôles et pouvoir combiner. » Quand on lui demande si son ancien poulain a de l'avenir sur un banc, le technicien n'a aucun doute : « S'il le veut, c'est sûr. C'est le joueur typique qui, s'il le veut, va être un bon entraîneur. »