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  • 2026-07-14 05:14:00 +0000 UTC

    Jul 14, 2026

    Durant la Grande Guerre, l’ombre des aéroplanes sur la vallée de la Thur

    Depuis les premiers jours de la Grande Guerre, le ciel de la vallée de la Thur a été quotidiennement survolé par les avions tant français qu’allemands. Les Allemands ne disposaient pas moins de sept terrains d’aviation militaires principaux dans le Haut-Rhin. Quatorze terrains secondaires et/ou occasionnels complétaient leur dispositif.

    Lors des premiers bombardements aériens, les bombes étaient lancées à la main. Photo fournie

    Lors des premiers bombardements aériens, les bombes étaient lancées à la main. Photo fournie

    Des bombardements aériens incessants

    Trois témoins privilégiés ont laissé à la postérité journaux intimes et chroniques : Yvonne Stamm, l’une des filles de Léon Stamm, industriel de Wesserling, François-Antoine Robichon, instituteur et poète, et enfin le père Édouard Moyses, curé de Husseren-Wesserling.

    Les bombardements aériens de la vallée sont fréquents en raison de la présence de nombreuses installations logistiques et de l’état-major français au château de Wesserling. Mais les avions, surtout au début de la guerre, ne peuvent emporter que 100 kg de bombes et ce ne sont souvent que deux ou trois obus qui tombent. Comme ce jeudi 4 mars 1915 vers 16 h, où deux avions lâchent deux bombes sur Husseren-Wesserling alors que le curé Moyses est occupé au confessionnal. Après quelques minutes, le cocher du médecin vient le chercher pour donner l’extrême onction à un mourant, réfugié thannois. Quelques jours plus tard, le 10 mars, ce sont deux avions allemands qui lancent quelques bombes. Il y a peu de dégâts, mais Yvonne Stamm signale qu’un obus est tombé au milieu des ouvriers du tissage sans exploser. Le 2 avril 1915, Vendredi saint, deux minutes avant la fin de la cérémonie religieuse, deux obus sont lâchés à proximité de l’église pleine, apeurant la population.

    Pendant la Grande Guerre, dans la vallée de la Thur, un avion en fâcheuse posture.   Photo Musée Serret, Saint-Amarin.

    Pendant la Grande Guerre, dans la vallée de la Thur, un avion en fâcheuse posture.   Photo Musée Serret, Saint-Amarin.

    Des victimes aussi bien civiles que militaires

    Les bombardements continuent le 12 août, où un avion lâche trois obus après la messe, le 24 août sur la forêt de Mollau, ou encore le 18 septembre 1915 avec deux bombes lâchées sur Mitzach. Le 8 mars 1916, François-Antoine Robichon et Édouard Moyses signalent que toute une escadrille lance 20 à 30 obus, occasionnant plusieurs morts et de nombreux blessés, surtout militaires. Les jours suivants, de nouvelles bombes tombent. Le 22 juin 1916, vers 19 h, trois avions lâchent six obus sur Ranspach. Deux soldats décèdent, huit autres sont blessés. Un cheval et 10 mulets sont tués. François-Antoine Robichon indique en mai 1917 plusieurs bombardements, tuant un ouvrier à Urbès et blessant grièvement une jeune fille à Saint-Amarin. Le 5 juin 1917, c’est un jeune de 16 ans qui meurt à Moosch.

    Juin 1917, un aéroplane français tombé à Fellering.   Photo fournie

    Juin 1917, un aéroplane français tombé à Fellering.   Photo fournie

    Yvonne Stamm signale le 20 juillet 1916 qu’un avion surgi de nulle part lance quatre bombes sur Wesserling, tuant un homme et en blessant quatre autres. Début juin 1917, elle signale qu’un avion allemand blesse plusieurs soldats et un enfant en jetant quelques obus. Le 19 novembre 1917, un obus blesse six personnes à Willer. Le 25 novembre suivant, alors que le plafond nuageux est plutôt bas, une bombe lancée depuis un aéroplane allemand tue à Willer un enfant et deux soldats et blesse une femme. Le 6 janvier 1918, alors que l’on commémore le décès du général Serret, plusieurs avions survolent la cérémonie au-dessus du cimetière militaire de Moosch pour lâcher des bombes à Bitschwiller, où deux artilleurs sont tués.

    Il y a eu un combat aérien ce soir. Le petit Français a, je crois, entraîné le gros boche dans nos lignes, mais je ne sais s’il est tombé. C‘était épatant !

    Yvonne Stamm

    Cérémonies militaires et combats aériens

    Parfois, ce sont des combats aériens qui se déroulent sous les yeux écarquillés des habitants de la vallée. Comme ce 11 juin 1915, où Yvonne Stamm, depuis Wesserling, et François-Antoine Robichon, depuis Fellering, assistent à un combat aérien. C’est l’as de l’aviation française, Gilbert, qui abat un avion s‘écrasant à Bitschwiller. Le 11 août 1915, Robichon est témoin d’un autre affrontement aérien, mais sans autre précision. Le même indique que, le 4 avril 1917, un avion allemand « descend » au-dessus de Geishouse. L’aviateur est tué. Quant à Yvonne, elle indique dans son journal à la date du 17 juin 1917 : « Il y a eu un combat aérien ce soir. Le petit Français a, je crois, entraîné le gros Boche dans nos lignes, mais je ne sais s’il est tombé. C’était épatant ! »

    14 avril 1917 : aéroplane en panne à Kruth.   Photo fournie

    14 avril 1917 : aéroplane en panne à Kruth.   Photo fournie

    Atterrissages en urgence

    Lors de grandes cérémonies, il arrive qu’un ou plusieurs avions français planent, soit pour parader, mais sans doute aussi pour sécuriser la manifestation. C’est le cas le 21 mai 1915, sur la prairie du Breuil, où sont rassemblés des milliers de civils et de militaires pour décorer le drapeau du 152e RI, réputé alors meilleur régiment de France. Même dispositif, le 31 août 1915 lors d’un passage en revue par le général Maud’Huy, ou encore le 14 juillet 1918. A contrario, lorsque le ciel n’est pas sécurisé, les aéroplanes allemands n’hésitent pas à s’approcher dangereusement.

    Le matin du 14 avril 1917, trois escadrilles de douze avions français passent au-dessus de la vallée pour aller bombarder Fribourg. Au retour, à la suite d’une panne moteur, un des avions est obligé d’atterrir en urgence à Kruth. C’est parfois plus grave, comme le 5 mai 1916 : Yvonne signale qu’un avion français s’écrase à Willer, le pilote ayant été atteint par une balle dans le ventre. Ou encore le 19 juin 1917 où un avion français tombe près de la gare de Wesserling.

    Le 14 avril 1917, un aéroplane est obligé d’atterrir à Kruth à la suite d’une panne moteur. Il faisait partie des trois escadrilles qui ont bombardé Fribourg.   Photo fournie

    Le 14 avril 1917, un aéroplane est obligé d’atterrir à Kruth à la suite d’une panne moteur. Il faisait partie des trois escadrilles qui ont bombardé Fribourg.   Photo fournie

    « On croyait qu’il touchait les arbres ! »

    François-Antoine Robichon indique pour le jeudi 3 mai 1917, sans doute après un atterrissage d’urgence, que deux aviateurs allemands sont faits prisonniers à Malmerspach. Un an plus tard, début juillet 1918, deux autres aviateurs sont faits prisonniers après que leur aéroplane a été atteint par les canons français.

    Le 18 février 1918, Yvonne Stamm est enthousiaste en voyant un avion français descendre « si bas qu’on croyait qu’il touchait les arbres. Il a lancé un pli pour la division, comprenez l‘état-major installé au château de Wesserling, et il est parti, c’était épatant ! »

    Dans la région, la guerre s’est surtout jouée dans les tranchées, au Vieil-Armand ou à la Côte 425. Comme c’était le début de l’aviation militaire, on a tendance à oublier qu’elle s’est aussi déroulée dans le ciel…

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