midmed-news.com
  • 2026-07-17 17:00:00 +0000 UTC

    Jul 17, 2026

    Semur-en-Auxois. « Le poison, c’est l’alcool » : Repair’entraide libère la parole pour sortir des addictions

    • Accueil
    • Santé

    • « Le poison, c’est l’alcool » : Repair’entraide libère la parole pour sortir des …

    Le centre social de Semur-en-Auxois accueille chaque mardi à 18 h 30 l’association Repair’entraide. Fondée par d’anciennes personnes en proie aux addictions, dont l’alcool, elle a comme objectif d’utiliser la parole comme un traitement au long cours et de briser, en groupe, les funestes liens de la dépendance.

    Mehdi Haciane -

    Aujourd’hui à 19:00

    • Temps de lecture :

    Alistair Southwood (à gauche) et Pascal sont respectivement président et secrétaire de la nouvelle association Repair’entraide.  Photo Mehdi Haciane
    Alistair Southwood (à gauche) et Pascal sont respectivement président et secrétaire de la nouvelle association Repair’entraide.  Photo Mehdi Haciane

    « C’est le début de l’engrenage, j’ai 15 ans », se souvient Alistair Southwood. « Ce sont mes premières pertes de contrôle, mes premières alcoolisations, la prise de cannabis », détaille l’homme âgé de 29 ans. « À l’époque, j’habite dans le Nord, à Boulogne-sur-Mer. Cette prise d’alcool répond à un besoin, pour pallier le vide causé par un accident de la route traumatique », confie pudiquement le quasi-trentenaire.

    À présent abstinent, il a fondé avec Romain Godot, un compagnon de soins, l’association Repair’entraide dont ils sont devenus respectivement président et trésorier. Ils ont été rejoints par Pascal*, qui occupe la fonction de secrétaire. Tous les mardis, à 18 h 30 au centre social de Semur-en-Auxois, la parole se libère, permettant aux malades de ne plus être seuls face aux pernicieuses mécaniques des conduites addictives.

    « Je ne me souviens pas de l’année 2023 »

    « Alcool, ecstasy, LSD, amphétamines, j’ai tout pris mais le vrai poison, c’est l’alcool », explique Alistair Southwood. « Cela a duré un moment pour pouvoir m’en débarrasser », raconte le Côte-d’Orien. Il a enchaîné les hospitalisations et les rechutes durant plusieurs années, mettant sa vie en danger, lorsqu’il mélange un traitement médicamenteux lourd et de l’alcool en grande quantité allant jusqu’au quasi-coma. « À vrai dire, je ne me souviens pas de l’année 2023 », commente le jeune homme. Socialement le natif des Hauts-de-France parvient miraculeusement à conserver un petit boulot en tant que saisonnier au sein du moulin Chantrier à Flavigny-sur-Ozerain. « Franchement, ils m’ont aidé, peut-être par charité, et je les remercie encore aujourd’hui », sourit l’intéressé. Pendant ce temps, sa consommation quotidienne ne diminue pas, les ivresses se succèdent tous comme les gueules de bois et une énième suspension de permis en février 2024 provoque chez le jeune homme un déclic.

    « Sortir de l’aliénation où nous enferme l’alcool »

    « Je me suis dit “c’est plus une vie, je ne peux pas continuer comme ça, je dois faire quelque chose”. » Aidé par ses proches, il franchit les portes du centre médico-psychologique de Semur-en-Auxois et enchaîne les groupes de parole en visioconférence. « J’en ai fait beaucoup, les Alcooliques anonymes, les Narcotiques anonymes, le Refuge », énumère Alistair Southwood et de poursuivre : « J’ai aussi intégré le groupe de parole hebdomadaire du docteur Wallenhorst et l’association Entraid’addict, tous deux à Semur-en-Auxois. Cela m’a fait énormément de bien. Je suis sorti de cette aliénation où nous enferme l’alcool », raconte l’intéressé. Au sein d’Entraid’addict, l’association présidée par Serge Lalondre, il rencontre Romain Godot avec qui il partage son histoire et pose des mots sur ses maux.

    Ce contenu est bloqué car vous n'avez pas accepté les cookies et autres traceurs.

    En cliquant sur « J’accepte », les cookies et autres traceurs seront déposés et vous pourrez visualiser les contenus (plus d'informations).

    En cliquant sur « J’accepte tous les cookies », vous autorisez des dépôts de cookies et autres traceurs pour le stockage de vos données sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

    Vous gardez la possibilité de retirer votre consentement à tout moment en consultant notre politique de protection des données.
    Gérer mes choix

    « On pense être plus fort que le produit, c’est complètement faux »

    Chez Romain, la rencontre avec la substance est tout d’abord festive, comme bien trop souvent. « J’ai toujours bu pour faire la fête. Je n’ai jamais pensé que l’alcool pouvait prendre un jour le contrôle de ma vie », confie l’agriculteur installé à Fontaines-en-Duesmois, âgé de 38 ans. « Un matin, on se réveille, ce n’est pas comme d’habitude. Mes mains, mes jambes commencent à trembler. C’est très désagréable. On ne comprend pas ce qui se passe. Tout est difficile, marcher, se concentrer, travailler. Et tout s’estompe comme par magie au moment de l’apéro en fin de matinée, lorsque les premiers verres commencent pour s’enchaîner tout le long de la journée. C’est l’état de manque, la maladie s’est installée », décrit le trentenaire.

    Lui aussi a bu en cachette, a éprouvé de la honte vis-à-vis de ses proches, a tenté des cures infructueuses, et a même frôlé la mort lorsqu’il percute un arbre au volant de sa voiture. « On pense être plus fort que le produit, c’est totalement faux », se souvient Romain Godot. « Pour sortir de cette maladie, il faut être accompagné, les professionnels de santé et les associations dédiées sont essentiels », rappelle le Côte-d’Orien. « Lorsque Serge, le président d’Entraid’addict, a décidé d’arrêter en septembre 2024, nous n’étions pas prêts pour prendre la suite », explique l’agriculteur et de conclure : « C’était trop tôt mais il était impensable de laisser l’Auxois sans nouvelle association. C’est notre responsabilité de pair-aidant d’accompagner les personnes dans le besoin. »

    Repair’entraide est ouvert à tous chaque mardi à 18 h 30 au centre social de Semur-en-Auxois. *Pascal n’a pas souhaité donner son nom de famille.

    Le docteur Wallenhorst, psychiatre au CH Robert Morlevat, anime tous les jeudis des groupes de paroles essentiels pour lutter contre l'alcoolo-dépendance. Photo Mehdi Haciane

    « Une vraie chance pour le territoire »

    « J’ai 73 ans, et j’exerce la psychiatrie depuis 1979 », sourit Thomas Wallenhorst, assis derrière son bureau garni de dossiers Jeudi 16 juillet, il anime comme chaque semaine, en début d’après-midi, un groupe de parole destiné aux personnes souffrant d’un problème d’alcoolodépendance, dont Alistair Southwood et Pascal, les membres de l’association Repair’entraide.

    « La parole est un puissant médicament »

    « La parole est un puissant médicament », rappelle le spécialiste de la santé mentale. « C’est important de réunir les patients pour leur donner de nouveau des repères, abolis par les alcoolisations successives. Celui de prendre la décision d’arrêter la substance en est l’exemple », illustre l’intéressé.
    « Mais cela ne peut être réalisé sans une aide extérieure », explique le médecin et de rappeler : « L’arrêt brutal de l’alcool peut provoquer un delirium tremens, et parfois provoquer la mort. C’est mon rôle de soignant d’expliquer la maladie et comment elle fonctionne. Mais mon travail n’est pas complet sans l’aide de bénévoles de pair aidants. » Thomas Wallenhorst a travaillé de nombreuses années avec des associations, à l’instar des Alcooliques anonymes et de l’emblématique structure semuroise Entraid’addict, dirigée pendant huit ans par Serge Lalondre. « J’ai accueilli avec tristesse la fin de cet organisme en septembre 2024. Mais j’ai toujours cru à une relève possible et c’est le cas à présent avec la création de Repair’entraide et l’engagement d’Alistair, Romain et Pascal. C’est une vraie chance pour le territoire et les malades d’avoir une personne comme Alistair, un pair-aidant formé comme patient expert, reconnu par l’agence régionale de santé », se félicite le psychiatre et de conclure : « C’est essentiel de travailler avec des bénévoles qui ont vécu avec l’alcool, cela permet aux patients de s’identifier et de mieux accepter sa maladie et la dynamique de soins inhérents. »

    Articles les plus lusSanté

    2026-07-17 17:00:00 +0000 UTC