Piégée sur les réseaux sociaux, la victime tombe dans un guet-apens : trois condamnations après un violent home-jacking au Pradet
Une porte défoncée en pleine nuit, des victimes rouées de coups, une jeune femme utilisée comme appât sur TikTok. Le tribunal correctionnel de Toulon s’est penché, le mois dernier, sur deux home-jackings d’une rare violence commis à quelques mois d’intervalle dans l’agglomération toulonnaise. Trois prévenus comparaissaient pour extorsion avec violences.
Le premier volet remonte à septembre 2025, à Toulon. En pleine nuit, un homme est réveillé par deux individus cagoulés et armés qui viennent de forcer la porte de son appartement. Roué de coups, frappé avec la crosse d’un revolver, il est menacé de mort. « Où est l’argent ? Sinon, je te mets une balle dans la tête », lui lancent ses agresseurs.
Alertée par les cris, une voisine prévient la police. À leur arrivée, les fonctionnaires découvrent la victime à terre, le visage tuméfié et la bouche en sang. « À tel point qu’elle peine à s’exprimer », souligne la présidente Dalila Fedal. Les malfaiteurs ont déjà pris la fuite avec un téléphone, des bijoux et des vêtements.
La victime affirme avoir reconnu Mehdi S., qu’elle connaît de vue par l’intermédiaire de son frère. Elle pense également identifier Amine L. Selon ses déclarations, l’agression pourrait être liée à l’interpellation récente de son frère en possession d’une importante somme d’argent. À la barre, les deux prévenus contestent toute implication. Pourtant, l’arme utilisée lors des faits correspond à celle qui avait valu à Mehdi S. un placement sous contrôle judiciaire après des tirs sur un immeuble. « Cela vous relie à la scène », insiste la présidente.
Une rencontre sur TikTok
Cinq mois plus tard, un second home-jacking est commis au Pradet. Cette fois, Sarha J. est soupçonnée d’avoir servi d’appât. La seconde victime explique avoir fait sa connaissance sur TikTok, où elle se présentait sous le pseudonyme de « Sonia ». Après plusieurs jours d’échanges, un rendez-vous est fixé.
La rencontre débute sur un parking avant de se poursuivre au domicile de l’homme. Sur place, la jeune femme prétend devoir récupérer quelques affaires pour passer la nuit avec lui. Au moment où celui-ci ouvre son portail, deux hommes cagoulés et armés surgissent. Frappé puis traîné au sol, l’occupant est dépouillé de trois montres Rolex, de bijoux de valeur et de 5 000 euros en espèces. Les auteurs prennent également soin de détruire les caméras de surveillance.
Aux enquêteurs, l’homme affirme avoir rapidement compris que Sarha J. était « de mèche » : « Elle avait un comportement étrange avant leur arrivée. Elle était constamment sur son téléphone ». Pour l’accusation, la jeune femme repérait les objets de valeur et renseignait ses complices.
Les investigations, notamment grâce aux images de vidéoprotection de la Ville, permettent d’identifier les trois prévenus. On y voit notamment Sarha J. déposée par son compagnon avant le faux rendez-vous.
Lors de son audition, la jeune femme, aujourd’hui séparée, affirme avoir agi sous la contrainte de son compagnon de l’époque. « Il m’a obligée à aller rencontrer cet individu. Il me frappait, j’étais sous son emprise. Il avait accès à ma localisation et savait où se trouvait la maison », assure-t-elle. Une version rejetée par l’intéressé : « Elle savait très bien ce qu’il se passait. »
« Un véritable guet-apens »
Pour Me Séverine Dauzon, qui représente la première victime, son client a été « massacré » cette nuit-là. « Le choc est tel qu’il n’a pas été capable de venir aujourd’hui affronter ses agresseurs. »
Même constat pour Me Guillaume Tatoueix, conseil de la seconde proie : « On n’imagine pas l’impact psychologique d’un tel événement. C’est un véritable guet-apens. »
Du côté de la défense, les avocats tentent de nuancer les responsabilités. Me Olivier Blanc demande au tribunal de faire preuve de « bienveillance » envers Sarha J. : « Elle s’est retrouvée dans une relation toxique avec quelqu’un qui exerçait une emprise sur elle. Elle n’est pas l’instigatrice de cette affaire. »
Me Aïckel Hachfi dénonce pour sa part les faiblesses de l’enquête. « Des noms ont été donnés dès le premier home-jacking. Pourquoi les personnes citées n’ont-elles pas été interpellées plus tôt ? Pourquoi cinq mois d’inertie ? C’est un dossier lacunaire. »
Me Anne-Claire Burot conteste enfin les accusations visant Mehdi S. et rejette l’idée qu’il aurait dirigé les opérations. « Qui a décidé d’y aller ce soir-là ? On ne le saura jamais. Rien ne permet d’affirmer que mon client était le meneur. »
Le tribunal n’a toutefois pas suivi cette analyse. Considéré comme le principal protagoniste, Mehdi S. a été condamné à cinq ans de prison ferme, avec interdiction de détenir une arme pendant dix ans et de paraître dans le Var pendant trois ans. Amine L., relaxé pour les faits de Toulon, écope de trois ans d’emprisonnement. Sarha J. est condamnée à deux ans de prison avec sursis, et ne retournera pas en détention.