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  • 2026-07-19 04:45:00 +0000 UTC

    Jul 19, 2026

    « On ne rencontre pas beaucoup de personnes aussi déterminées »: Comment Isaac Del Toro a forcé le destin depuis ses 15 ans

    Déjà vainqueur de la deuxième étape à Barcelone, Isaac Del Toro a encore raconté quelque chose de lui, samedi, sur les pentes du col du Haag. Il fallait observer le Mexicain (22 ans), visage fermé, s'accrocher pour basculer au sommet avec Jonas Vingegaard et Paul Seixas avant de prendre la deuxième place derrière son leader Tadej Pogacar. Si beaucoup voient en lui le talent des grands, il a visiblement le caractère de ceux qui ne lâchent rien. Pas vraiment le portrait qu'inspirent sa frimousse, sa silhouette d'échalas et ce sourire qui lui donne encore des airs de lycéen timide.

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    D'ailleurs, quand on décrit ce Del Toro-là à Alejandro Rodriguez, le directeur de son ancienne équipe A.R. Monex, il rit et coupe net : « Isaac a toujours donné l'impression de paraître plus âgé que son âge réel. » Parce que quand on gratte un peu son récent passé, la même histoire ressort toujours. La maturité du gamin. Son obstination aussi. À croire qu'il avait déjà une idée très précise de l'endroit où il voulait aller. Et ce petit côté culotté a peut-être mis sa carrière sur les bons rails.

    « D'après la littérature scientifique, il existe ce qu'on appelle la catégorie or et il en fait partie »

    Francisco Silva, le médecin de la formation A.R. Monex, où il a fait ses débuts

    En 2019, les inscriptions pour intégrer A.R. Monex, une équipe mexicaine de VTT qui se lance aussi sur la route, sont closes. Beaucoup auraient attendu l'année suivante. Del Toro, 15 ans alors, préfère forcer la porte. Il écrit à Luis Rodriguez, le directeur sportif, et lui demande simplement une chance. Sept ans plus tard, Alejandro Rodriguez connaît encore le message par coeur. « Je me souviens parfaitement ce que Isaac a écrit à mon frère (Luis) : "Je sais que j'ai laissé passer la date limite, mais donnez-moi la possibilité de passer le test. Vous ne le regretterez pas. Je sais que j'ai ce qu'il faut pour réussir dans le cyclisme international", récite le directeur de la formation. Ce message était tellement clair qu'on s'est rapidement dit que cela valait la peine de lui donner une opportunité. »

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    Les deux frères Rodriguez se penchent alors sur ses résultats, déjà « plutôt convaincants en VTT », et lui font passer une batterie de tests. Sur le home-trainer, l'adolescent ne tarde pas à faire parler les chiffres et « à 5 watts par kilo, il affichait moins de 5 millimoles de lactate dans le sang, se remémore Francisco Silva, le médecin de la formation A.R. Monex. J'ai alors discuté avec le directeur de l'équipe et je lui ai dit : "écoute, tu as là une pépite. D'après la littérature scientifique, il existe ce qu'on appelle la catégorie or, et il en fait partie". »

    Parmi les 120 candidats présents pour le test, Del Toro est finalement retenu. Et très vite, un trait de son caractère saute aux yeux : il veut tout contrôler. Tout optimiser. Tout pousser au maximum. Une quête de perfection qui parfois lui joue des tours, quitte à froisser quelques membres du staff. « Par exemple, un mécanicien ne faisait pas toujours les choses parfaitement. Quand il travaillait avec l'équipe, Isaac pouvait lui-même le reprendre parce qu'il voulait que le vélo soit préparé à 100 % », raconte Francisco Silva. « On ne rencontre pas beaucoup de personnes aussi déterminées. Et qui ont, en plus de tout ça, l'éthique de travail nécessaire pour transformer ces objectifs en réalité », renchérit Rodriguez.

    « Depuis le début, il me disait : "je comprends que je n'ai peut-être pas encore le niveau, mais mon envie, c'est de courir chez vous" »,

    Isaac Del Toro à Joxean Fernandez Matxin, le directeur sportif d'UAE Emirates-XRG

    Del Toro enchaîne alors les bons résultats sur les routes européennes, tout en passant le plus clair de son temps à Saint-Marin, où la formation A.R. Monex s'installe en 2021. S'il garde ses habitudes d'adolescent, avec les nombreuses parties de FIFA avec ses coéquipiers, son ancien partenaire Nils Daniel Gutierrez Guzman découvre surtout un garçon extrêmement impliqué : « Notre directeur sportif nous disait : "on va faire cette stratégie." Évidemment, on essayait de l'appliquer. Mais tout le monde savait qu'une fois en course, les choses ne se dérouleraient pas exactement comme prévu. Donc Isaac, avant une course ou avant le départ, organisait une sorte de réunion entre nous (les équipiers). Il disait : "ça, c'est le plan que le directeur sportif nous a donné. Maintenant, il faut aussi en avoir un autre au cas où ça ne se passe pas ainsi". »

    Mais même les mécaniques les mieux huilées finissent parfois par tousser un peu. En juillet 2022, Del Toro se fracture un fémur lors d'une chute à l'entraînement. Une blessure qui aurait pu le ralentir, au moins un temps. Mais le Mexicain n'est pas très patient. « Il m'a appelé un peu désespéré parce qu'il n'avait réussi à faire que 380 watts pendant cinq minutes... Mais avec une seule jambe. Il n'arrivait pas à faire plus, et ça le frustrait énormément », raconte aujourd'hui le médecin Francisco Silva.

    La frustration n'aura finalement pas le temps de s'installer. Quatorze mois plus tard, Del Toro remporte le Tour de l'Avenir et frappe à la porte du très haut niveau. Direction UAE Emirates, évidemment. Deux ans plus tôt (en 2021), il avait pris les devants en envoyant un message sur Instagram à Joxean Fernandez Matxin, le directeur sportif de la formation émiratie. « À partir de ce message, je lui ai donné mon avis sur plusieurs choses, raconte ce dernier en faisant défiler leur conservation sur Instagram. Il voulait surtout savoir si, par rapport aux autres coureurs, il avait vraiment le niveau. »

    En 2023, le manager d'UAE le met pourtant en relation avec Caja Rural (ProTeam). À ses yeux, il « n'avait pas encore les jambes pour le WorldTour ». « Au début, on a évoqué la possibilité de l'intégrer à notre équipe espoirs (U23), souligne Jose Miguel Fernandez, le directeur sportif de la formation espagnole. Puis, dès le mois d'avril, on a commencé à voir ses résultats, avec de très bonnes courses. On s'est dit : "il faut miser sur lui directement dans l'équipe professionnelle." »

    Bien avant le Tour de l'Avenir, Caja Rural pose une offre ferme sur la table, prête à être signée. Mais Del Toro n'a qu'une obsession : rejoindre UAE. « Depuis le début, il me disait : "je comprends que je n'ai peut-être pas encore le niveau, mais mon envie, c'est de courir chez vous" », retrace Fernandez Matxin. Chez Del Toro, même les rêves ont un plan de route.

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