Moins de députés dans les assemblées ? "J'y suis favorable", confirme Willy Borsus, président du Parlement wallon
Willy Borsus préside le Parlement wallon depuis 2 ans, jour pour jour.
Ce mercredi, c'est la dernière séance plénière de la session 2025-2026. La 44e depuis qu'il occupe le perchoir de l'assemblée régionale.
Un jour, peut-être, il y aura moins de monde dans la grande salle plénière du Saint-Gilles, face au "Coq hardi" de Pierre Paulus qui trône sur le tableau de vote, juste derrière le président.

Willy Borsus, le MR, votre parti, propose de réduire le nombre de députés wallons de 75 à 60. Qu'en pensez-vous ?
Je suis favorable à une réduction du nombre de mandataires et de structures publiques en général. Si on compare avec d'autres pays, on en a toujours davantage chez nous. Au niveau du Parlement wallon, je lance un appel au dialogue avec les différentes familles politiques pour ramener le nombre de parlementaires wallons à 60 ou 65. L'objectif ne peut en effet être atteint qu'au travers d'un dialogue, puisqu'une majorité des deux tiers est nécessaire.
Il s'agit de viser plus d'efficacité tout en conservant la proximité, le lien entre les citoyens et les élus.
À la Chambre, votre homologue Peter De Roover estime que 50 députés fédéraux (au lieu de 150) suffiraient pour faire tourner l'assemblée. Or on ne parle pas d'une boutique, mais de la démocratie.
C'est pour ça qu'il faut viser à la fois l'efficacité et la représentativité. Ce sont ces deux éléments qui pourraient nourrir le dialogue entre les formations politiques.
guillementLa durée d'activité cumulée comme parlementaire tourne plutôt autour de 10 ans. C'est seulement une partie de la carrière de quelqu'un
Pourquoi ne pas d'abord s'attacher à réformer certains avantages liés à la fonction de député ? Les frais forfaitaires, les sursalaires pour les fonctions spéciales, les primes de départ quand un député quitte le Parlement ?
Il faut que chacun se rende compte de ce que représente l'activité parlementaire, quand on évoque les frais et les rémunérations pour les fonctions spéciales (NDLR : le président, les chefs de groupes, les présidents de commission, les membres du Bureau). Celles-ci impliquent des frais, elles ont un coût.
Par ailleurs, certains ont l'image du parlementaire qui est là pour longtemps. Mais 35 élus sur les 75 exercent leur premier mandat au Parlement wallon sous cette mandature. La durée d'activité cumulée comme parlementaire tourne plutôt autour de 10 ans. C'est seulement une partie de la carrière de quelqu'un.

Qu'est-ce qu'on peut néanmoins faire bouger ?
Il y a déjà eu la non-indexation complète des indemnités et de rémunérations jusqu'à la fin de cette législature, une modification du régime des pensions…
Les indemnités de départ ?
C'est un point qui va venir sur la table. Nous souhaitons nous inspirer du statut du député fédéral. Le 30 juin, la conférence des présidents d'assemblée s'est réunie et j'ai soulevé cette question. Notre Parlement sera lui-même saisi très prochainement d'une proposition qui sera similaire à celle de la Chambre.
Concrètement ?
On réduirait les indemnités de sortie à un an (NDLR : aujourd'hui, les députés sortants touchent leur indemnité de départ pendant 24 mois, sauf s'ils y renoncent).
Début juin, lors des débats houleux au Parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles sur l'enseignement, l'opposition a réclamé la démission du président Benoît Dispa parce que le délai incompressible de 84 heures entre le vote intervenu en commission et la plénière n'avait pas été respecté. Le règlement d'ordre intérieur peut être soumis à interprétation, selon vous ?
Je constate que, au Parlement wallon, notre délai est inférieur à 84 heures (NDLR : il est de 48 heures). Ce que j'essaie toujours de faire, c'est d'aboutir à un accord très largement consenti en conférence des présidents sur l'organisation des travaux, les timings, etc. Mais il y avait un moment de tension et de cristallisation du débat au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Quand l'opposition réclamait la tête du président du Parlement, à la Fédération Wallonie-BruxellesCe qui arrive aussi au Parlement wallon…
Les débats peuvent être vifs, parfois rugueux. On peut être virulent dans la joute oratoire. Mais, à quelques rares exceptions près, on reste dans une dimension correcte. Je tente de veiller à ce que le cadre reste raisonnable.
D'autant que l'activité est intense : depuis le début de la législature, il y a eu 107 décrets adoptés, 43 séances plénières (44 avec ce mercredi), 420 séances de commission et 79 auditions avec des thématiques différentes.

Vous avez vu une évolution du côté des députés, ces dernières années ?
Un constat d'abord : les gens travaillent. Beaucoup. Depuis juillet 2024, on compte pas moins de 17 681 interpellations, questions orales, écrites, urgentes ou d'actualité. Mais en ce qui concerne l'évolution, oui, il y a une évidence : l'hypermédiatisation via les réseaux sociaux, avec une certaine mise en scène. On a parfois l'impression que la réplique est écrite avant la réponse du ministre.
Maison des parlementaires, perquisitions, voyages coûteux, etc. : que reste-t-il des "vieux dossiers" ?
Il y a 2 ans, vous vous donniez pour mission de redorer l'image du Parlement, après les bouleversements vécus sous la précédente législature (affaire du greffier, surcoûts pour la nouvelle annexe du Saint-Gilles, etc.).
Il y a eu l'adoption de règlements comptables et financiers, la remise en ordre de procédures de marchés publics, les recommandations de la Cour des Comptes en ce qui concerne la publicité de certaines décisions, le travail de la commission de la Comptabilité, ouverte et transparente, la maîtrise des dépenses… Ces objectifs ont été atteints, grâce à l'ensemble du Bureau et des équipes du greffe.
Le chantier des nouveaux bâtiments n'a pas encore été officiellement réceptionné, par exemple…
Si, il vient tout juste de l'être jeudi dernier. Il restait l'un ou l'autre élément technique en suspens. Et indépendamment de la réception du chantier, la question des assurances est toujours en débat suite à l'inondation du 3 juillet 2025 (NDLR : il y a un an, de fortes pluies avaient inondé une partie des tout nouveaux bureaux des députés dans l'annexe). Les experts doivent déterminer la cause du sinistre, pour savoir qui est responsable. Et qui va payer.
guillementUn Parlement ne doit pas vivre en vase clos. Ce serait une erreur de se replier
Le 9 mars 2023, les bâtiments du Parlement wallon étaient perquisitionnés. Toute une série de documents, notamment des pièces comptables, étaient emportés par les enquêteurs. Vous ne les avez pas encore récupérés ?
Non. Nous avons demandé l'accès au dossier via les avocats, puisque le Parlement s'est constitué partie civile déjà sous la précédente législature. Mais jusqu'à présent, le Parquet n'a pas donné son autorisation. Je respecte la séparation des pouvoirs. On laisse se dérouler la procédure.
Sandrine Salmon, la greffière actuelle, est toujours intérimaire depuis la démission d'office de l'ancien greffier. C'est normal ?
Tant que le volet administratif n'est pas terminé, on ne peut pas ouvrir le poste et lancer un appel à candidatures. Une procédure en annulation (NDLR : initiée par l'ancien greffier) est toujours en cours devant le Conseil d'État.
Quand le président et tous les membres du Bureau démissionnaient...En tant que président, vous envisagez toujours les voyages et les missions parlementaires sous l'angle de la prudence ?
On applique les choix annoncés : la proximité (les Hauts-de-France, le Luxembourg la Flandre, les Länder allemands…). Je vais par exemple à Düsseldorf en octobre. La Rhénanie Westphalie dit se voir à l'échelle d'un pays : c'est 18 millions d'habitants. Et on accueille des interlocuteurs de passage en Belgique. J'ai reçu 17 ambassadeurs en 2 ans. Le secrétaire général de l'OCDE Mathias Cormann viendra en janvier prochain. Un Parlement ne doit pas vivre en vase clos. Ce serait une erreur de se replier. Mais il faut cibler, prioriser.
Par quelles portes faire entrer les citoyens au Parlement ?
"Je suis frappé par le nombre de visiteurs qui ont franchi la porte du Parlement wallon en 2 ans : plus de 13 300 personnes…" Des écoles, des amateurs des Journées du Patrimoine, etc. C'est une façon d'ouvrir l'institution, de la partager avec les principaux intéressés : les citoyens. Il y a d'autres portes à ouvrir.

Willy Borsus, que pensez-vous de cette proposition du G1000 de remplacer le Sénat par un Parlement citoyen permanent ?
Je ne suis pas pour. La représentation parlementaire passe aussi par la responsabilité, des propositions, un programme, un accord de gouvernement, des crises à gérer. Il s'agit aussi de rendre des comptes aux personnes qui nous ont mandatés.
Il faut faire vivre le Parlement avec des commissions délibératives, des pétitions, des commissions mixtes. Mais sans remplacer une assemblée parlementaire par une assemblée citoyenne. Faisons d'abord fonctionner ces commissions mixtes ponctuellement, avant d'éventuellement en constituer une permanente, après évaluation.
Adélaïde Charlier et le G1000 en campagne : "Les 60 sièges du Sénat seront bientôt près de chez vous"Où en est-on justement au Parlement wallon avec les pétitions, les commissions délibératives dont on n'a encore vu qu'une seule édition ?
On a eu 68 pétitions en 2 ans, dont 5 étaient signées par plus de 1 000 personnes, ce qui est une condition pour qu'un exposé puisse être fait au Parlement. Quant aux commissions délibératives, on pourrait en organiser une deuxième bientôt : la demande sur "les initiatives citoyennes de partage" dépasse le millier de signatures.
Les germanophones sont souvent cités en exemple quand on parle de démocratie participative : ils ont mis en place une chambre citoyenne permanente (le Dialogue citoyen ou Bürgerdialog, à Eupen). On ne peut pas s'en inspirer ?
Ce n'est pas la même dimension. Je ne pense pas que ce soit comparable.
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