Meurtre d’une vieille dame : position conjointe sur la peine
À Oshawa, la Couronne et la défense conviennent que la peine maximale doit être infligée au jeune meurtrier d’une femme âgée de 83 ans, en 2025, à Pickering. Le mineur, dont l’identité est protégée par la loi, a plaidé coupable en avril d’une accusation de meurtre prémédité. Sa santé mentale est au centre de l’audience sur la détermination de la peine.
L’adolescent avait 14 ans lorsqu’il a poignardé à mort Eleanor Doney, qui jardinait devant chez elle au moment de l’attaque perpétrée au hasard l’après-midi du 29 mai 2025.
Mme Doney, une enseignante de maternelle à la retraite, était mère, grand-mère et arrière-grand-mère. En sortant du tribunal, la famille de la victime s’est refusée à tout commentaire.
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Les proches avaient déjà présenté des témoignages poignants lors de la première partie de l’audience sur la peine le printemps dernier.
Réquisitoire de la Couronne
La Couronne et la défense ont recommandé, mardi, une peine de 10 ans de prison dans un centre de détention juvénile, dont les quatre dernières seraient purgées dans la communauté sous certaines conditions.
Les parties ne s’entendent pas en revanche sur le crédit à lui accorder pour le temps qu’il a passé en détention préventive depuis son arrestation il y a 13 mois et demi. La Couronne refuse de lui en octroyer un.
La procureure Tammy D’Eri explique que la Couronne a renoncé à exiger une peine pour adulte après avoir pris connaissance de la santé mentale du meurtrier.
La Couronne a retiré sa requête lorsqu’elle a réalisé qu’une peine pour adulte dans cette affaire ne remplissait pas les exigences de la loi, dit-elle.

La victime, Eleanor Doney, 83 ans, jardinait devant sa résidence de Pickering lorsqu’elle a été poignardée à mort par un adolescent de 14 ans. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Spencer Gallichan-Lowe
Me D’Eri ajoute que la peine est proportionnelle à la gravité du crime et respecte le degré de responsabilité du mineur.
Elle rappelle que le jeune a agi seul, qu’il ne connaissait pas la vieille dame, qu’il avait planifié le meurtre en apportant un couteau sur les lieux, qu’il a approché Mme Doney pour lui parler avant de l’attaquer violemment.
La procureure précise que la victime a été poignardée devant sa maison, un lieu où elle aurait dû se sentir en sécurité, ce qui aggrave la sanction à lui infliger.

L’attaque sur Eleanor Doney avait été perpétrée au hasard l’après-midi du 29 mai 2025. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Spencer Gallichan-Lowe
Parmi les autres facteurs aggravants, Me D’Eri cite le profond impact que le meurtre a eu sur la famille Doney et la communauté de Pickering.
Eleanor Doney était non seulement l’épouse de son mari, mais aussi son principal soignant et, après sa mort, M. Doney a dû être transféré dans un centre de soins de longue durée, dit-elle.
Me D’Eri souligne que l’adolescent manque toujours d’introspection pour comprendre ce qu’il a fait, qu’il a une disposition pour la violence armée et qu’il est fasciné par les meurtriers en série.

Un camion médico-légal de la police régionale de Durham est stationné devant la résidence de la victime, le 29 mai 2025, à Pickering. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Spencer Gallichan-Lowe
Son acceptation à ressentir la douleur de la famille de sa victime reste minimale, poursuit-elle, en ajoutant qu’il représente toujours un risque de récidiver.
Il s’est battu en détention, même s’il n’est pas à l’origine de la bagarre, déclare-t-elle.
En citant la déclaration commune des faits, Me D’Eri rappelle que l’adolescent avait apporté un couteau à l’école peu avant le meurtre.
Plaidoyer de la défense
La défense a plutôt suggéré à la juge d’accorder un crédit d’un an à son client, ce qui ramènerait la peine à cinq ans de détention dans une institution carcérale juvénile au lieu de six ans.
Me Erin Dann rappelle que son client est en détention provisoire depuis plus de 13 mois. Elle explique qu’un tel crédit lui permettrait de purger entièrement sa peine dans un centre carcéral pour jeunes avant de la compléter dans la communauté.
Au Canada, un mineur qui dépasse l’âge de 20 ans dans une institution pour jeunes délinquants est transféré dans une prison pour adulte pour compléter sa peine.
Le meurtrier est aujourd’hui âgé de 15 ans. Avec une peine de cinq ans, il aurait 20 ans avant de sortir de prison et d’être assigné à résidence.

Une voiture de police monte la garde à l’entrée de la promenade qui mène à la résidence de la victime, le 29 mai 2025, à Pickering. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Spencer Gallichan-Lowe
Or, une peine de six ans le conduirait dans un établissement carcéral pour adultes avant qu’il ne soit libéré dans la communauté.
L’avocate admet que le meurtre de Mme Doney a été horrible et elle a qualifié l’acte de gratuit et d’insensé.
La Loi sur le système de justice pénale pour adolescents accorde néanmoins un crédit aux délinquants sans qu’il soit nécessaire de l’appliquer de façon arithmétique, poursuit-elle.
L’avocate rappelle que son client est atteint d’autisme, qu’il a des troubles d’apprentissage et qu’il est atteint d’un trouble dépressif avec une composante psychotique.
Il a les capacités de communiquer et de socialiser d’un adolescent plus jeune que lui et son âge mental est inférieur à son âge chronologique, souligne-t-elle.
Me Dann mentionne de nombreux facteurs atténuants pour obtenir la clémence de la juge.

Des résidents de Pickering avaient laissé des fleurs sur la pelouse devant la résidence de la victime. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Sharif Hassan
Elle cite le plaidoyer de son client à un stade précoce des procédures, son immaturité, sa santé mentale, ses remords et ses bonnes perspectives de réinsertion sociale à la condition qu’il obtienne l’aide psychologique nécessaire en détention.
Me Dann précise enfin que le mineur était très jeune à l’époque et qu’il présente un risque faible à modéré de récidive seulement si sa santé mentale ne fait pas l’objet d’une surveillance.
Son état mental atténue le degré de responsabilité de mon client et offre un contexte pour comprendre les raisons pour lesquelles il a agi de la sorte, conclut-elle en affirmant qu’un plan d’intervention médical est en place pour l’aider à réintégrer la société.
Avant l’ajournement de l’audience, le meurtrier a déclaré à la cour qu’il était profondément désolé pour ce qu’il avait fait et pour le mal qu’il avait causé à la famille de sa victime.
La juge Lisa Wannamaker, de la Cour supérieure de l’Ontario, rendra sa sentence mercredi.