« Maman, réveille-toi » : alcoolisé au volant, il cause la mort d’une mère de famille sous les yeux de sa fille de 4 ans près de Fréjus
Le cuir pourtant tanné par quinze années d’expérience et des milliers de dossiers pénaux impliquant des mineurs, l’administrateur ad hoc Bruno Dani n’a pas su retenir ses larmes à la barre du tribunal correctionnel de Draguignan au moment d’évoquer les mots confiés par la petite Louane (le prénom a été modifié), 4 ans.
« Maman, maman, réveille-toi. » Les tapes de l’enfant sur l’épaule d’Hanae n’y feront rien. Le 14 mars, peu avant 13 heures, sa mère vient de mourir sur le coup au volant de sa Fiat Punto après avoir été percutée par la BMW Serie 3 de Jean-Paul W.
À l’arrière, sur son siège enfant, Louane s’en sort avec seulement quelques égratignures. La puissance du choc a pourtant fait reculer sur plusieurs mètres leur véhicule qui roulait à 70 km/h au moment de l’impact.
Sur cette portion de la départementale 4 entre Fréjus et Saint-Paul-en-Forêt limitée à 80 km/h, Jean-Paul, militaire de 25 ans au 21e Rima de Fréjus, roulait lui à 120 km/h. Pressé, sans pouvoir l’expliquer. Fortement alcoolisé (0,81 g/L de sang au moment de l’accident), après une soirée arrosée à la vodka « pour fêter [sa] permission prochaine en Nouvelle-Calédonie ».
Après avoir dépassé un premier véhicule, le futur papa entame le dépassement d’un second en sortie de virage. Le tout sur une chaussée rendue humide par les pluies du matin et avec des pneus usés jusqu’à la corde.
Perte de contrôle à haute vitesse
Jean-Paul perd le contrôle, heurte la barrière de sécurité du côté opposée et glisse sur 60 mètres. Jusqu’au choc, estimé par un expert, à 80 km/h avec la Fiat d’Hanae. Un témoin, qui suivait la victime, l’a vue « désespérément » tenter d’éviter l’accident. « Mais il n’y avait aucune échappatoire… »
« Depuis le 14 mars, il n’y a pas une journée où je ne pense pas à cette dame et à sa petite fille, confesse le prévenu à la barre du tribunal. Je regrette tellement… J’aurais tant aimé partir à sa place. »
Si ses regrets semblent sincères, Jean-Paul, inconnu jusqu’alors des services de police, peine à mettre des mots pour expliquer son comportement. Sa conduite irresponsable. Sa consommation d’alcool excessive.
« Il est taiseux de nature, tente d’éclairer Me Lucille Baratte. Et il est bouleversé. Aujourd’hui, il est en dépression. Quand il a pris le volant, il n’imaginait pas un seul instant qu’il allait donner la mort. »
« Un drame volontaire »
L’avocate ne parvient toutefois pas à éviter la détention à son client. Jean-Paul est condamné à quatre ans d’emprisonnement dont un ferme. Son permis est annulé et il a interdiction de le passer à nouveau durant deux ans.
« Ce 14 mars, ce n’est pas un accident qui a eu lieu, fustige Me Eve-Marie Hoël, aux intérêts de la petite Louane. Ce n’est pas un coup du sort. C’est un homicide routier. Un drame volontaire qui est la conséquence des choix de Jean-Paul W.. De conduire en ayant bu. De doubler. De redoubler. Et le pire est arrivé… »
Au milieu du chaos, reste Louane. Seule. Alors qu’elle n’était âgée que de 18 mois, son père était emporté par un cancer. L’orpheline va désormais grandir au Maroc, auprès de ses grands-parents.