“Les gens se disent: je suis jeune, ça ne m’arrivera pas”: les urgentistes alertent face à la deuxième vague de chaleur
Après la vague de chaleur la plus meurtrière jamais enregistrée en Belgique, qui a entraîné une surmortalité de 1.747 personnes à la fin juin, une deuxième période de canicule semble déjà bien installée. Si le mercure ne devrait pas frôler les quarante degrés cette fois-ci, les risques restent bien réels. Plusieurs médecins urgentistes du pays tirent la sonnette d’alarme et partagent les leçons cruciales à retenir après la première vague.
SW
13 juillet 2026, 15:21
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Cette deuxième vague de chaleur de l’été est désormais une réalité. Dans les prochains jours, le thermomètre va de nouveau grimper largement au-dessus des 30 degrés en Belgique. En attendant, les chiffres officiels de la première sont tombés: entre le 17 et le 29 juin, la première canicule a causé la mort de 1.747 Belges de plus que la normale. Dans les services d’urgences des hôpitaux du pays, ce bilan dramatique n’a surpris personne.
“Les services d’urgences sont un baromètre. Avant même que les chiffres ne soient publics, nous avions déjà ressenti ce pic”, témoigne le Dr Stefanie Vandervelden, urgentiste. “Durant cette période, nous avons constaté un nombre anormalement élevé de décès, que ce soit à domicile ou juste après l’admission à l’hôpital. À partir du mercredi 24 juin, mes collègues et moi avons eu le sentiment que ça allait être très difficile. Et ce sentiment s’est avéré justifié, avec un pic critique durant le week-end qui a suivi.”
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Partout en Belgique, le constat des équipes de secours a été le même lors des journées les plus chaudes : un afflux massif de patients critiques, combiné à des ambulances et des équipes du SMUR en intervention continue.
“Tout le système est arrivé à saturation: les ambulances, la capacité d’hospitalisation et les soins intensifs”, explique le Dr Laurens Heeren, également urgentiste. Le phénomène a été renforcé par un comportement récurrent chez les patients: “Les gens essaient d’abord de patienter chez eux. Ils ne sortent pour consulter que lorsque le soleil se couche et que le temps se rafraîchit, ce qui provoque d’énormes pics d’afflux en soirée et durant la nuit.”
Au-delà du nombre de patients, c'est la gravité des cas qui a bousculé les hôpitaux. En été, les urgences traitent habituellement de la petite traumatologie. Ici, les profils étaient lourds, en particulier chez les personnes âgées souffrant de pathologies multiples, dont les réserves de l’organisme étaient déjà totalement épuisées à leur arrivée.
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Si le danger des vagues de chaleur est spontanément associé aux aînés, la surmortalité de juin a également frappé les jeunes. Une catégorie de la population qui a encore trop tendance à sous-estimer le risque.
“Malheureusement, tout le monde semble se dire: ‘Je suis jeune, ça ne m’arrivera pas’”, déplore le Dr Vandervelden. « Nous avons vu arriver des couvreurs, des ouvriers, mais aussi des personnes parties faire 160 kilomètres à vélo pendant les heures les plus chaudes. Le beau temps incite également les gens à sortir davantage et à prendre plus de risques. On constate une augmentation des accidents, des noyades et des chutes.”
Les urgentistes soulignent par ailleurs que la chaleur modifie les habitudes de vie: les gens sortent plus, consomment plus d’alcool, prennent plus de risques. Les décès indirects, liés à des noyades, des intoxications, des faits de violences ou encore des accidents, augmentent ainsi en flèche. “Tout le monde ne meurt pas directement d’un coup de chaleur, mais la chaleur influence bel et bien le comportement”, résume le Dr Helsloot.
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Que se passe-t-il dans notre corps lorsqu’il fait si chaud?
Le mécanisme qui régule notre température corporelle, situé dans l’hypothalamus, au cœur du cerveau, est conçu pour nous maintenir autour de 36 ou 37 °C. En cas de forte fièvre liée à une infection, le corps peut monter volontairement à 40 °C.
Mais lors d’un coup de chaleur, ce thermostat interne lâche complètement. Le corps ne parvient plus à évacuer la chaleur par la transpiration ou la dilatation des vaisseaux. La température corporelle augmente alors de manière totalement incontrôlée. “J‘ai vu des patients arriver avec une température corporelle atteignant 43 degrés”, alerte le Dr Vandervelden.
À ce niveau, les cellules, en particulier les cellules cérébrales, ne résistent pas. Combinée à une déshydratation sévère qui prive les organes d’oxygène, cette surchauffe peut mener à une défaillance multiviscérale. De plus, un coup de chaleur grave peut laisser des séquelles cognitives irréversibles, nécessitant une longue rééducation.
Gare aux médicaments et à l’alcool
Plusieurs facteurs médicaux aggravent le danger en période de canicule. C’est notamment le cas des diurétiques, qui forcent le corps à éliminer des liquides alors qu’il cherche au contraire à retenir l’eau. Certains antidépresseurs et antipsychotiques sont également pointés du doigt, car ils perturbent directement la thermorégulation dans le cerveau. Enfin, les traitements cardiaques ou pulmonaires représentent aussi un risque en réduisant parfois la sensation de soif ou en faisant chuter la tension.
Ne stoppez jamais un traitement de votre propre chef, mais consultez votre médecin traitant dès l’annonce d’une vague de chaleur.
Quant à l’alcool, très consommé en cette période de festivals et d’événements sportifs estivaux, il est un faux ami redoutable. “Les gens pensent s’hydrater, mais l’alcool est diurétique et accélère la déshydratation”, rappelle le Dr Heeren. De plus, il engourdit le signal de la soif, altère le jugement face au danger et dilate les vaisseaux, augmentant drastiquement le risque de malaise
Les signaux d'alerte et les bons réflexes
Dès l’apparition des premiers symptômes (maux de tête, vertiges, nausées), il faut impérativement stopper tout effort et chercher à se refroidir. Les signes d’un coup de chaleur sont souvent vagues au début, mais la situation peut basculer en quelques minutes vers une perte de connaissance ou un coma. Les proches doivent aussi être vigilants: une personne en phase de surchauffe paraît souvent confuse ou donne l’impression d’être ivre.
Alors que cette deuxième vague de chaleur commence, l'effet peut être cumulatif et fatal pour les personnes déjà fragilisées par la canicule de juin.
Les conseils des professionnels restent simples mais vitaux: fuyez le soleil aux heures les plus chaudes, buvez de l’eau sans attendre d’avoir soif, et prenez régulièrement des nouvelles de vos voisins ou proches isolés. Aller passer quelques heures dans un espace climatisé (comme un centre commercial) ou un lieu naturellement frais (comme une église) peut, ces prochains jours, littéralement vous sauver la vie.