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  • 2026-07-17 19:41:15 +0000 UTC

    Jul 17, 2026

    Analyse | Le discours de Trump menace la démocratie américaine

    Il y a le texte et il y a le sous-texte.

    Dans son allocution à la nation depuis la Maison-Blanche, jeudi soir, Donald Trump n’a pas seulement cherché — en contradiction avec les faits — à alerter les Américains sur la compromission du système de vote des États-Unis. Il a surtout repris la campagne qu’il a amorcée après sa défaite de 2020 pour saper la confiance dans l’exercice électoral.

    Un exercice savamment calculé, à moins de 16 semaines des élections de mi-mandat de novembre, et qui pave désormais la route à la contestation des résultats et aux cris d’indignation que son camp politique pourrait massivement lancer en cas de défaite.

    « L’Amérique a assisté aux divagations d’un roi fou », a écrit sur les réseaux sociaux le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, après le discours télévisé du président. « Avant même qu’un seul vote n’ait été exprimé, il prépare déjà le terrain pour truquer cette élection et vous convaincre de ne pas faire confiance aux résultats s’ils ne lui sont pas favorables. »

    Jeudi soir, Donald Trump a pris 25 minutes du temps des Américains pour leur faire croire que son régime avait découvert des informations explosives qui confirment l’existence de failles dans le système électoral du pays. Des failles non fondées auxquelles il s’accroche pour expliquer sa défaite face à Joe Biden lors de la présidentielle de 2020.

    À heure de grande écoute, le président des États-Unis a accusé la Chine d’ingérence électorale et affirmé que l’empire du Milieu avait illégalement mis la main sur les informations de 220 millions d’électeurs américains. Il a évoqué une opération d’inscription massive de faux électeurs au Michigan et a mentionné l’existence de 278 000 électeurs non citoyens sur les listes électorales. Autant d’affirmations qui ne survivent pas à l’épreuve des faits.

    En 2021, un rapport des services de renseignement américains avait conclu avec un haut degré de certitude que la Chine « n’avait pas déployé d’efforts d’ingérence » lors de la présidentielle de 2020. La même année, une enquête de l’Associated Press avait recensé moins de 475 cas potentiels de fraude électorale dans les six États clés lors de cette même présidentielle, et ce, sur les 24,7 millions de bulletins de vote déposés en faveur de l’un ou l’autre des candidats. Ce qui représente un taux de 0,0019 %, pas assez pour corrompre un dépouillement.

    Refrain connu

    N’empêche, en appuyant sur les mots « complot », « volé », « corruption », « fraude » et « État profond » — un concept qui alimente les discours complotistes depuis des années —, il a aussi accusé ses adversaires politiques et des fonctionnaires mal intentionnés d’avoir cherché à faire disparaître les preuves entourant ses affirmations, appelant même le FBI à enquêter sur ces dérives fantasmées.

    « Notre pays a subi un préjudice considérable. Nos élections sont devenues vulnérables à la fraude et au vol, et la confiance du peuple américain a été perdue. Cela ne peut plus durer », a-t-il déclaré.

    Le refrain est connu. Il soutient une fois de plus la stratégie de Donald Trump et de son camp d’inonder l’espace public d’informations alarmantes, d’exagérations et de données contradictoires pour semer le doute sur la vérité. Avec un tel écran de fumée, le président prépare ainsi les esprits à discréditer une fois de plus les institutions publiques, mais aussi à asseoir son pouvoir et, surtout, la réalité alternative d’une fraude électorale. D’autant que les élections de mi-mandat pourraient bien faire perdre aux républicains leurs deux majorités au Congrès.

    Dix-huit mois après sa reprise brutale du pouvoir, la popularité de Donald Trump est bien basse, avec 37 % à peine des Américains qui approuvent la manière dont il mène les affaires de l’État ; 62 % la désapprouvent. Un coup de sonde mené en juin par l’Associated Press et le NORC Center for Public Affairs Research montre des électeurs enclins à le sanctionner sur l’économie, l’immigration et même les politiques étrangères, alors que le populiste a conduit en février dernier son pays dans un bourbier iranien qui a entre autres fait grimper les prix à la consommation. Les rafles anti-immigration conduites par son régime dans plusieurs États ou villes démocrates multiplient également les cas de bavure qui troublent les Américains.

    « C’est une stratégie classique pour semer le doute sur les règles du jeu de la démocratie, une tactique employée par de nombreux populistes autoritaires qui se sentent menacés par leur impopularité et une défaite électorale », a commenté vendredi Pippa Norris, professeure de science politique à l’Université Harvard et fondatrice de l’Election Integrity Project, dans les pages du New York Times. « C’est le leitmotiv du président depuis plus de 10 ans. »

    « Discours dangereux »

    Sur CNN, la prestation télévisuelle de Donald Trump a été qualifiée de « discours dangereux sur un sujet incroyablement important » par Sue Gordon, directrice adjointe principale du renseignement national durant le premier mandat du républicain. Une menace à la démocratie américaine qui se précise chaque jour un peu plus depuis le retour de l’ex-vedette de la téléréalité à Washington.

    Dans les heures qui ont précédé les déclarations incendiaires du président, Ty Cobb, ex-avocat de la Maison-Blanche sous Donald Trump, a prédit que cette adresse visait « à justifier la nécessité pour [le républicain] de déclarer l’état d’urgence au moment des élections ». C’était sur les ondes de PBS.

    « Comme vous le savez, Steve Bannon et Todd Blanche [ex-conseiller du président et procureur général par intérim des États-Unis] ont laissé entendre que des agents de [la police de l’immigration] ICE seraient présents aux bureaux de vote » pour intimider les électeurs issus des minorités, a-t-il dit, en évoquant aussi un possible usage de la Garde nationale pour s’emparer des machines à voter (comme Trump aurait voulu le faire en 2020, même si son procureur général de l’époque, Bill Barr, lui avait clairement fait comprendre que c’était totalement injustifié).

    « Je pense que vous le verrez tout faire pour empêcher la transition pacifique du pouvoir, empêcher l’élection des démocrates, et se maintenir au pouvoir et y maintenir ses proches, afin de continuer à faire ce qu’il estime être son droit en tant que président : tout ce qu’il veut », a ajouté M. Cobb.

    2026-07-17 19:41:15 +0000 UTC