Une contrariété française : entre indiscipline en mêlée et remaniement permanent, le chantier de la première ligne du XV de France est toujours ouvert
Si vous avez le vertige, ne montez pas au 28e étage du bâtiment où logent les Bleus cette semaine. La vue sur la baie de Tokyo depuis le lobby de l'hôtel de la délégation française est du genre stupéfiante. C'est dans une pièce à l'écart de ce décor grandiose que Fabien Galthié a dévoilé, jeudi, sa dernière composition d'équipe de l'été, avec en toile de fond l'idée d'une certaine continuité.
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Pas question pour le sélectionneur de toucher à une équipe qui a déjà ramené sept points de Nouvelle-Zélande (34-32) et d'Australie (26-42) et en vise cinq de plus face aux Japonais samedi (10h40 en métropole) au stade national, histoire de se placer idéalement dans la lutte pour une place en finale du Championnat des nations fin novembre à Twickenham.
Sans le forfait d'Oscar Jegou (blessé à une épaule), remplacé par Alexandre Roumat, tous les vainqueurs de Brisbane auraient retrouvé leur numéro samedi, du 4 au 15. Du 1 au 3, en revanche, le chantier est encore en cours et le tiercé est difficile à mettre dans l'ordre. Au milieu des certitudes de juillet, la première ligne fait exception avec des remaniements permanents qui en disent beaucoup sur les difficultés du sélectionneur et de son staff à trouver la bonne formule.
Poirot et Lamothe ont marqué les esprits
Les Bleus ont décollé pour l'Australie il y a un peu plus de trois semaines avec trois piliers gauches, trois talonneurs et quatre droitiers. Tous ont joué, ou vont jouer, ce qui n'est pas forcément bon signe sur les indices de compétitivité. « La première raison, c'est qu'on n'est pas totalement satisfaits de la performance de notre mêlée », a reconnu d'emblée Galthié. À Christchurch et à Brisbane, elle a cumulé trois pénalités et trois bras cassés concédés et a dégagé une impression de fragilité, dans la lignée d'un Tournoi où les Bleus avaient été pénalisés neuf fois en cinq rencontres (pour cinq pénalités gagnées contre une seule dans ce Championnat des nations, le plus faible total après deux journées, à égalité avec la Nouvelle-Zélande).
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Les trois titulaires de la semaine dernière ont payé la note : les piliers Demba Bamba et Moses Alo-Emile sont sortis de la feuille de match et le talonneur Peato Mauvaka a glissé sur le banc. Pour faire place à un trident Poirot-Lamothe-Montagne relayé sur le papier en deuxième période par une triplette Wardi-Mauvaka-Falatea. « On revient aux premières lignes qui avaient joué contre l'Angleterre (A) à Vannes (35-19, le 19 juin, à l'exception de Barnabé Massa, remplacé par Mauvaka), rappelait jeudi Galthié. On avait clairement gagné ce match-là sur ce secteur avec quatre pénalités d'écart, face à la meilleure mêlée du Six Nations. »

Jefferson Poirot a apporté satisfaction contre l'Australie, le 11 juillet. (A. Mounic/L'Équipe)
« On a pris sept piliers, on a besoin de les mettre sur le terrain, on a besoin de les faire progresser et grandir, enchaînait-il dans la thématique du verre à moitié plein. On avait anticipé ces choses-là. » Au rayon des bonnes nouvelles, car il y en a, notons les performances de Jefferson Poirot et Maxime Lamothe et le calibre des absents. À gauche, le premier, de retour en bleu après six ans d'absence, semble avoir clairement pris un ticket pour accompagner à l'avenir le tandem Gros-Neti qui a joué lors du Tournoi. Quant à Lamothe, il s'impose clairement comme le numéro 3 derrière les Toulousains Marchand et Mauvaka, voire mieux au vu de sa titularisation samedi au détriment du second.
« Le rugby commence devant, par notre conquête. Il est difficile d'exister au plus haut niveau sans ces éléments-là »
Fabien Galthié, sélectionneur des Bleus
La mauvaise nouvelle, c'est que le dossier du pilier droit, ouvert depuis le départ à la retraite forcé de Uini Atonio fin janvier, n'a pas avancé. « On n'a pas de certitude, concédait Galthié, on cherche à développer des potentiels. C'est un secteur qui est prioritaire dans notre agenda. » Relancé au début de cette tournée, Demba Bamba a été trop pénalisé en mêlée et en retard sur certains replacements pour espérer clore le débat. Régis Montagne n'arrive pas à s'installer, lui qui a enchaîné les statuts de remplaçant, hors groupe puis titulaire dans cette tournée, résumant assez bien son début de carrière internationale depuis sa première sélection il y a un an en Nouvelle-Zélande.
Tevita Tatafu a eu droit à trente minutes en Australie, mais le staff n'a pas voulu enchaîner dans les conditions très chaudes de Tokyo, ce qui en dit beaucoup sur les efforts qu'il doit faire pour retrouver du rythme, lui qui n'a joué que six matches de Top 14 cette saison. Quant à Sipili Falatea, plus vu en match officiel avec les Bleus depuis le match contre l'Uruguay à la Coupe du monde 2023, son entrée en jeu samedi permettra d'en savoir plus sur son niveau. Dorian Aldegheri, titulaire lors du Tournoi, est encore celui qui offre aujourd'hui le plus de garanties en mêlée fermée, à moins que Montagne rassure face au Japon samedi.
« La première qualité d'un pilier, c'est d'abord sa performance en mêlée, a rappelé Galthié. Le reste, c'est un plus, clairement [...] Le rugby commence devant, par notre conquête. Il est difficile d'exister au plus haut niveau sans ces éléments-là. Je ne dis pas qu'on ne les a pas, mais c'est un élément qu'il va falloir renforcer ». À quinze mois de la Coupe du monde et à quatre des retrouvailles avec l'Afrique du Sud qui avait fait plier la mêlée bleue en novembre (3 pénalités gagnées), il y a presque urgence.