"La mine dans l'objectif" : au Centre historique minier de Lewarde, une expo photo sur 150 ans d'histoire ouvrière
Le Centre historique minier de Lewarde, dans le Nord, propose depuis fin juin une grande exposition photographique, "La mine dans l'objectif", organisée en partenariat avec la Médiathèque du patrimoine et de la photographie. Elle revient sur 150 ans d'histoire de la mine en France et ailleurs.
Par Camille Marigaux Publié le vendredi 17 juillet 2026 à 07:17
À quelques kilomètres de Douai, l'incontournable Centre historique minier de Lewarde accueille chaque année quelque 165 000 visiteurs. Le site, qui recouvre 8 000 m² de bâtiments industriels, conserve et transmet la culture minière du Nord-Pas-de-Calais depuis plus de 40 ans. Depuis fin juin, une exposition intitulée "La mine dans l'objectif", organisée en partenariat avec la Médiathèque du patrimoine et de la photographie (qui dépend du ministère de la Culture), revient sur 150 ans d'histoire de la mine et des mineurs, pour prolonger, approfondir la visite sur place.
Celle-ci débute, comme pour tous les mineurs, avec un casque sur la tête pour le visiteur, avant de pénétrer dans les entrailles de la mine reconstituée. À l'époque, c'était par grappes de 20, dans une toute petite cage d'ascenseur. "On descend à 500 mètres en une minute. Plus vous allez profond, et plus il fait chaud", explique le guide et médiateur. Pendant une heure, les différents chantiers des galeries permettent de comprendre l’évolution des techniques d’exploitation et des conditions de travail au fond. De 1720, lors de la découverte du charbon, à 1990, date de fermeture du dernier puits dans le bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais.
Des photos des mines prises par Nadar, retrouvées... par hasard
Retour à la surface. On poursuit vers l'exposition "La mine dans l'objectif", forte de 300 photographies, réalisées par 13 photographes. Elle est née de la rencontre entre le Centre minier et la Médiathèque du patrimoine et de la photographie (MPP), autour d'un cliché acquis par le premier : "Mineur silicosé", une photographie prise en 1951 à Lens, par l'Américain Willy Ronis.
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C'est à la fin du XIXᵉ siècle que la mine apparait dans l'objectif des photographes, et plus particulièrement d'un certain Nadar, dont les portraits d'administrateurs du bassin minier ont été retrouvés, un peu par hasard, pour cette exposition dans le fonds de la Médiathèque du patrimoine et de la photographie, explique Virginie Malolepszy, directrice des archives du Centre historique minier de Lewarde et commissaire de l'exposition : "Nous étions avec nos collègues de la MPP, qui nous sortent alors un très grand registre de l'atelier de Nadar, avec toutes les commandes qui lui sont passées à l'époque. J'ai souri, parce que le premier nom qui était en tête, ne leur disait rien à eux, mais nous ça nous a parlé tout de suite. C'était le nom d'Émile Vuillemin, un des plus grands ingénieurs du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, et notamment de la Compagnie des mines d'Aniche. Donc c'est quelqu'un d'extrêmement important."
Beaucoup de photos étaient à l'époque des commandes passées par les entreprises. D'autres, sans dénoncer ni promouvoir, ont voulu surtout témoigner, capter les derniers moments de ce monde en train de disparaître. Comme Eric Bouvet et sa fascinante série de photographies prises sous terre, en Lorraine, dans les années 2000. "Elle nous a transpercés, explique Virginie Malolepszy, les yeux fixés sur les douze photographies en noir et blanc. On a ces regards, qui ne sont pas forcément tournés vers nous, mais on sent le travail, la matière. On voit aussi ce qui lie ces hommes, la solidarité... le monde du sous-sol."
Photographier sous terre, un vrai défi
Éric Bouvet, photojournaliste de guerre, a connu les terrains les plus sensibles. Mais techniquement, la mine a été un vrai défi : "Au fond de la mine, à 1 000 mètres sous terre, c'est des lumières qu'on ne connait pas. J'y suis allé un peu au pif, et j'ai eu beaucoup de déchets. Des lumières complètement blafardes, de la poussière, de l'humidité. J'ai fichu en l'air toute une journée, toute une descente. Parce que mon objectif avait pris un coup, et je ne l'ai pas vu. Et ça a décalé toute la mise au point sur la journée de travail."
Éric Bouvet est marqué aussi par certains moments de vie souterraine :"Quand il y avait des fâcheries, tout se passait en bas. Une fois que vous étiez en haut, ça ne remontait pas. Par exemple, s'il y avait un désaccord avec le contremaître, ça se passait en bas. Rien ne perçait en haut."
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La mine, les mineurs et la vie ouvrière : un sujet universel
Le photographe Gilles Perrin, lui, parle encore au présent de son expérience aux côtés de ces mineurs. "On arrive au fond, il ne faut pas avoir un mal de boyaux ou un truc dans le quart d'heure qui suit, parce que vous y êtes pour huit heures". Il revient avec émotion sur ce qui l'a motivé à réaliser des portraits de ces mineurs : "J'ai voulu montrer la gueule des gueules noires. Le courage, la dignité, la fierté de ces gens, qui en même temps étaient très courageux. Parce que moi, j'ai passé deux fois huit heures avec eux, sous terre, je n'ai pas fait une dépression nerveuse, mais quand même. C'était très, très impressionnant."
Guy, un des visiteurs de l'exposition, a les yeux humides, levés vers cette image de 2014 : deux mineurs ukrainiens en train de fumer une cigarette qui lui rappelle sa vie ouvrière à lui, en région parisienne : "Au lieu d'avoir du charbon, c'était de la graisse, nous. Mais je retrouve ces mêmes regards, les mêmes attitudes. C'est une scène de repos, mais on ne se met pas en scène dans ces moments-là. C'est la première fois que je vois une exposition aussi... troublante."
Du Donbass au Nord-Pas-de-Calais, "La mine dans l'objectif" rappelle combien le sujet a été et reste universel.
L'exposition "La mine dans l'objectif"Ouverture dans un nouvel onglet est à voir au Centre historique minier de Lewarde jusqu'au 23 mai 2027.