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    Jul 11, 2026

    La Banque mondiale a abandonné ses objectifs climatiques

    Publié11. juillet 2026, 19:42

    Feuilles tombéesLa Banque mondiale a abandonné ses objectifs climatiques

    L'ascension et la chute de l'engagement de la Banque mondiale pour une croissance verte.

    The Economist

    Getty Images via AFP

    En juin 2023, la plus grande banque de développement au monde semblait amorcer un profond virage. Lors d’un sommet organisé à Paris, le président de la Banque mondiale, une institution qui, depuis 70 ans, se consacrait exclusivement à la lutte contre la pauvreté dans le monde, a annoncé son intention d’allouer une part importante de ses prêts à des projets destinés à atténuer le changement climatique et ses conséquences.

    La fête est finie

    À l’époque, Ajay Banga, tout juste nommé à la tête de la Banque mondiale, avait notamment été choisi pour son engagement en faveur de l’environnement. Lorsqu’il dirigeait Mastercard, il s’était engagé à planter 100 millions d’arbres, ce qui lui avait valu une solide réputation en la matière. Très populaire, il a été chaleureusement applaudi lors du sommet par une assistance réunissant notamment Emmanuel Macron, le président français, et Abiy Ahmed, le Premier ministre éthiopien. En quittant la scène, il a même été interpellé par un collaborateur de M. Abiy pour prendre un selfie.

    Un an plus tard, la Banque mondiale avait débloqué 43 milliards de dollars, soit 44% de ses prêts annuels, frôlant ainsi son objectif officiel de consacrer 45% de ses financements à ce type de projets.

    AFP

    Mais cette période d’enthousiasme est désormais révolue. Le mois dernier, sous la pression des États-Unis, l’objectif de consacrer 45% des prêts à des projets liés au climat a été officiellement abandonné. Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, début 2025, les dirigeants de la Banque mondiale évoquent d’ailleurs à peine la question climatique. Le président américain considère le changement climatique comme un canular et entend accroître, plutôt que réduire, le recours aux énergies fossiles. Les pays européens, où les électeurs sont davantage sensibles aux enjeux environnementaux, se sont battus avec acharnement pour préserver cet objectif.

    À première vue, cette réduction des financements consacrés au climat risque de freiner les efforts de décarbonisation dans les pays en développement. Pourtant, pour les pays les plus pauvres de la planète, le revirement de la Banque mondiale pourrait finalement constituer une bonne nouvelle.

    La place accordée à la transition écologique a toujours fait débat. Très vite, une fracture est apparue entre les différentes écoles de pensée du développement, au sein de la Banque comme à l’extérieur. Pour les uns, financer des projets tels que des parcs éoliens (afin de produire une énergie renouvelable), des véhicules électriques (pour réduire la pollution) ou la restauration des mangroves (afin de limiter les inondations) était indispensable pour aider les pays en développement à faire face au réchauffement climatique. Pour les autres, ces investissements détournaient des ressources qui auraient dû être consacrées à des besoins plus immédiats, comme les cliniques, les écoles ou les routes, au bénéfice des populations les plus pauvres.

    Cette fracture s’est encore accentuée du fait que la grande offensive climatique d’Ajay Banga est intervenue au moment même où les pays riches réduisaient leur soutien à l’aide au développement. Alors que les budgets d’aide et les contributions à la Banque mondiale stagnaient en termes réels, les nouveaux engagements en faveur du climat ne pouvaient être financés qu’au prix de coupes dans d’autres domaines. Les responsables de la Banque ont tenté de désamorcer les critiques en affirmant que les projets de lutte contre la pauvreté contribuaient eux aussi à la protection de la planète. Ajay Banga soutenait qu’il existait peu de différence entre financer l’un ou l’autre. Mais de nombreux responsables des pays les plus pauvres s’interrogeaient: si tel était le cas, pourquoi réserver des financements spécifiques au climat?

    L'aversion réflexe de Trump

    À la fin de l’année 2024, la Banque mondiale a pourtant renforcé encore ses ambitions climatiques, promettant, avec d’autres institutions internationales, de mobiliser 120 milliards de dollars par an d’ici à 2030. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a toutefois brutalement interrompu cette dynamique. Les objections américaines allaient bien au-delà de l’hostilité de principe du président envers les politiques environnementales. En octobre 2025, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a estimé que l’accent mis sur le climat détournait la Banque de sa mission première, qui est de favoriser la croissance des pays pauvres. Il a laissé entendre que l’institution devrait revenir sur cette orientation, faute de quoi elle risquerait de perdre le soutien des États-Unis, son principal actionnaire.

    AFP

    Dès le mois d’avril, les collaborateurs de Scott Bessent avaient discrètement engagé une campagne visant à faire disparaître ces objectifs. Les tentatives d’Ajay Banga pour amadouer Donald Trump n’ont guère porté leurs fruits, notamment son entrée au Conseil de la paix, l’instance chargée de superviser la reconstruction de Gaza. De leur côté, les protestations des pays européens se sont essoufflées, la guerre en Iran ayant rendu politiquement plus difficile la défense de politiques de neutralité carbone perçues comme responsables de la hausse des prix des carburants.

    Moins de vert, plus de dollars

    La question est désormais de savoir à quoi seront consacrés les prêts que la Banque mondiale n’affectera plus aux projets climatiques. L’accent mis sur le climat a eu pour effet d’orienter une part plus importante de l’aide vers les pays à revenu intermédiaire, dont les émissions sont plus élevées que celles des pays les plus pauvres et où la décarbonation est donc plus coûteuse. Les responsables politiques des pays les plus démunis voient donc d’un bon œil ce changement de cap.

    Pourtant, au sein même de la Banque mondiale, certains estiment que l’abandon des objectifs climatiques n’aura, en pratique, aucune incidence sur le portefeuille de l’institution. Les nouveaux projets liés au climat pourraient simplement être requalifiés et approuvés sous la forme de prêts au développement. Si tel est le cas, nombre de collaborateurs y verront une victoire face à une Amérique jugée trop interventionniste. Mais cela pourrait aussi donner raison aux spécialistes du développement les plus sceptiques, en montrant que ces objectifs n’étaient peut-être pas indispensables dès le départ.

    The Economist

    Source: Economist.com, traduction 20 Minutes, publiée sous licence. L’article original, en anglais, est disponible sur www.economist.com.

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