L’ouverture d’un nouveau collège privé à Sherbrooke soulève de…
À la suite de la fermeture de deux collèges privés controversés, à Montréal et à Sherbrooke, un troisième établissement lié aux mêmes administrateurs a, lui, obtenu le feu vert de Québec pour ouvrir un campus en Estrie cet automne, a constaté Le Devoir.
Présent à Gatineau, à Montréal et bientôt à Sherbrooke, le collège Universel est un établissement d’enseignement privé subventionné offrant des diplômes d’études collégiales, des techniques et des attestations d’études collégiales, en présentiel et en ligne.
Cet établissement est dirigé par Saloua Zraida. Cette dernière figurait, jusqu’au 10 juillet dernier, parmi les administrateurs du Collège supérieur de Sherbrooke et du Collège supérieur de Montréal, tous deux dirigés par Noureddine Hajibi. Ce dernier est d’ailleurs nommé au Registre des entreprises comme « secrétaire » du collège Universel, dont la branche montréalaise est située dans le même immeuble que… le Collège supérieur.
Or, après avoir été dans la mire de Québec à maintes reprises ces dernières années, notamment pour avoir accueilli trop d’élèves entre leurs murs, le Collège supérieur de Montréal et celui de Sherbrooke ont vu leur permis d’exploitation leur être retiré à la fin du mois de juin. Une fermeture dont on a informé les 900 élèves touchés vendredi dernier, soit quelques jours avant l’annonce, lundi soir, voulant que Québec autorise le Collège Universel à étendre ses activités à Sherbrooke. Son offre de cours sera toutefois distincte de celle du Collège supérieur, qui propose des formations professionnelles et non des programmes préuniversitaires.
Saloua Zraida reconnaît que les conseils d’administration des deux collèges, le Collège supérieur de Sherbrooke, qui vient de fermer, et le collège Universel, qui ouvrira une succursale au même endroit, ont effectivement deux personnes en commun. Questionnée sur les mesures qui seront prises pour éviter que les problèmes ayant mené à la fermeture du premier ne se reproduisent dans le cas du deuxième, Mme Zraida a insisté sur le caractère « complètement distinct » des deux établissements. « Le fonctionnement et les opérations au quotidien des deux établissements sont toutefois assurés par des équipes différentes, ayant une structure administrative complètement distincte », a-t-elle indiqué au Devoir.
Le Collège Universel « n’est concerné ni de près ni de loin » par la décision du ministère de ne pas renouveler le permis, ajoute-t-elle. Le ministère de l’Enseignement supérieur n’aurait fait que répondre favorablement à une demande de permis formulée il y a près d’un an.
Par courriel, le ministère note à son tour que « le non-renouvellement du permis de formation professionnelle du Collège supérieur de Sherbrooke n’a aucune incidence sur le permis détenu par le Collège Universel, et ce, malgré l’identité commune des propriétaires ».
« De sérieuses questions »
Le député Andrés Fontecilla, porte-parole en matière d’immigration pour Québec solidaire, estime pour sa part que l’annonce toute récente de l’ouverture du collège Universel à Sherbrooke « soulève de sérieuses questions ». La situation est toutefois difficile à évaluer, étant donné que les raisons ayant mené à la suspension des permis du Collège supérieur de Montréal et du Collège supérieur de Sherbrooke ne sont toujours pas connues. « Une chose est certaine : le gouvernement doit s’assurer que la situation actuelle ne se reproduise pas et, surtout, que les étudiants et étudiantes soient accompagnés et protégés », a-t-il déclaré.
« Notre priorité demeure les étudiants. Il est donc impératif que le ministère de l’Éducation aille de l’avant avec les mesures facilitatrices promises aux élèves sur le point d’obtenir leur diplôme. Ils n’ont pas à être pris en otages par la situation », a pour sa part indiqué au Devoir la députée libérale Madwa-Nika Cadet.
D’ailleurs, à l’instar des établissements du Collège supérieur, le collège Universel accueille une forte proportion d’étudiants étrangers, à Gatineau et en particulier à Montréal. Le nombre total d’étudiants accueillis par cet établissement d’enseignement supérieur a d’ailleurs grandement augmenté dans les dernières années, pour atteindre 490 à Montréal et 829 à Gatineau, selon des données fournies par le Collège Universel au Devoir.
Des étudiants étrangers inquiets
Le Devoir a rapporté lundi que la suspension « jusqu’à nouvel ordre » des activités du Collège supérieur de Montréal et de celui de Sherbrooke avait créé une onde de choc chez les étudiants étrangers qui y suivaient une formation. Deux autres établissements, le collège Herzing et le collège Veritas, se sont également vu révoquer leur permis.
En marge d’une manifestation à Montréal, plusieurs de ces étudiants ont déploré d’avoir été abandonnés par leur école, ce qui mettait en péril leur statut d’immigration.
En collaboration avec le ministère de l’Éducation, le ministère de l’Immigration dit avoir mis en place des mesures exceptionnelles. S’ils s’inscrivent dans un autre établissement d’enseignement reconnu, les étudiants pourront reprendre leurs études dès le dépôt de leur nouvelle demande de certificat d’acceptation du Québec. Leur permis d’études demeurera valide malgré le changement d’école et l’obtention du permis de travail postdiplôme ne devrait pas être compromise.