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  • 2026-07-16 17:03:45 +0000 UTC

    Jul 16, 2026

    Bien mieux qu’un blockbuster estival… Pourquoi "L’Odyssée" est un grand film tragique et politique

    L’Odyssée de Chistopher Nolan est bien mieux qu’un blockbuster estival au budget faramineux et à la distribution luxueuse : c’est un grand film à la fois épique et tragique, hanté par la culpabilité de la guerre et émaillé de visions d’une puissance hallucinante.

    Le chef-d’œuvre de Christopher Nolan ? Le cinéaste britannique n’ayant que 55 ans, il est plus sage et surtout plus enthousiasmant (il peut encore faire mieux ! – il faut mesurer la portée de l’assertion…) d’affirmer qu’à ce jour, il s’agit certainement de son meilleur film et sans le moindre doute de son plus ambitieux. Pour adapter le plus fidèlement possible L’Odyssée, il n’a lésiné sur… rien : 250 millions de dollars de budget, tournage en dur dans sept pays différents (Grèce, Sicile, îles Éoliennes, Écosse, Islande, Malte et Sahara occidental) et en intégralité en Imax 70 mm, distribution de luxe jusqu’au plus petit rôle parlant.

    On n’en attendait pas moins de ce super-auteur auquel Hollywood ne peut aujourd’hui rien refuser. D’autant plus que l’épopée homérique semble condenser toutes ses obsessions : l’exploration du temps et de la mémoire (Memento, Inception), le vertige du voyage et l’abîme de la nostalgie (Interstellar), l’absurdité de la guerre et l’amertume de la victoire (Dunkerque, Oppenheimer), l’ambiguïté de l’héroïsme (The dark knight), la narration désarticulée (Le prestige, Tenet)…

    Près de trois heures sans temps mort

    Mais L’Odyssée va ailleurs, plus loin, retourne en arrière jusqu’à L’Iliade, l’autre poème attribué à l’aède Homère. Ainsi, le film s’ouvre sur l’image, déjà éblouissante, de la mythique ruse équine abandonnée sur la grève de Troie. Grande est la tentation d’en chanter les vers héroïques. Pas maintenant. On est à Ithaque où depuis dix-sept ans l’on attend le retour du roi Ulysse (Matt Damon) : sa femme (Anne Hathaway) ne désespère pas de le voir revenir et son fils Télémaque (Tom Holland) craint de ne le connaître jamais, alors que les prétendants à la succession du disparu se repaissent de son hospitalité en attendant de le faire de son trône et de son royaume. Et "l’homme aux mille ruses" alors ? Perdu, aboulique, il est pris dans les rets et les bras de la nymphe Calypso (Charlize Theron) qui le soulage de son histoire et de la responsabilité qui ne va pas sans, en lui faisant manger le lotos, la fleur de l’oubli. Pourtant elle va lui demander de se souvenir.

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    Ainsi, L’Odyssée croise-t-il le parcours d’un fils qui cherche son père dans les paroles et dans les actes, et l’aventure d’un héros qui reprend conscience, littéralement, psychologiquement, politiquement, métaphysiquement. Pour enchâsser les récits dans le récit, la narration nolanienne n’a jamais été aussi fluide et limpide ; on ne voit pas passer les deux heures cinquante-deux, et on en redemande même encore ! Bien sûr, Nolan a dû faire des choix et des raccourcis mais rien qui ne trahisse l’esprit, ni gâche le plaisir, ni obère l’émotion (réelle, notamment grâce à un chien, un aveugle et surtout un aveu).

    Tout n’est pas parfait, certains passages fameux sont expédiés et les scènes d’action ne sont hélas toujours pas le fort du cinéaste mais, pour ne citer que quelques exemples, le cyclope Polyphème à la complexion démente produit une vision goyesque terrifiante, la manière dont Circé fait un sort à l’équipage confine à l’horreur organique la plus hallucinante, l’entrée du cheval vue de l’intérieur et la mise à sac de Troie sont encore deux séquences époustouflantes. Cette dernière offre au film son point de bascule, par lequel il passe de superproduction impressionnante à grand film tragique et politique. Mais n’en disons pas plus, l’aède moderne Nolan le fait mieux, et vous irez l’écouter.

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