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  • 2026-07-13 16:45:19 +0000 UTC

    Jul 13, 2026

    Iran : comment Israël a tenté de préparer le retour d’Ahmadinejad au pouvoir

    Mahmoud Ahmadinejad ne figurait pas, a priori, parmi les candidats les plus évidents pour conduire un projet israélien en Iran. Lorsqu’il dirigeait le pays, entre 2005 et 2013, il avait accéléré le programme nucléaire, nié la Shoah et fait de la disparition d’Israël un thème récurrent de ses discours. Pourtant, selon une enquête du New York Times, le Mossad aurait passé plusieurs années à préparer son retour au pouvoir.

    L’opération aurait commencé par une conférence sur le climat. Début 2024, un haut responsable hongrois demande au recteur de l’université Ludovika, à Budapest, d’organiser un colloque et d’y inviter Ahmadinejad. Le programme officiel porte sur l’environnement ; le véritable objet du déplacement est une série d’échanges avec les services israéliens. Gergely Deli, le recteur, sait que l’invitation risque d’être remarquée. Il accepte néanmoins, convaincu que deux ennemis disposés à se parler méritent au moins qu’on leur fournisse une salle. Il reconnaîtra ensuite avoir servi de "prête-nom". L’université s’est occupée des conférences, pendant que le Mossad avait prévu d’autres rendez-vous.

    Un ancien président marginal

    Pour comprendre l’intérêt israélien, il faut revenir sur le parcours d’Ahmadinejad après son départ de la présidence. Marginalisé par les dirigeants iraniens, écarté à trois reprises de l’élection présidentielle et placé sous une surveillance croissante, l’ancien chef de l’État n’avait pas abandonné toute ambition. Il conservait des soutiens dans les milieux populaires, recevait chaque matin des Iraniens venus lui exposer leurs problèmes administratifs et continuait à parcourir le pays.

    Il avait également revu sa présentation. Le large blouson kaki avait laissé place aux costumes ajustés, la barbe était mieux entretenue, Ahmadinejad apprenait l’anglais, parlait de musique populaire, dénonçait la corruption et critiquait la violence des forces de sécurité. Son discours contre Israël se faisait beaucoup plus discret. La transformation était complète dans la forme. Sur le fond, plusieurs de ses anciens proches y voyaient surtout la préparation d’un retour.

    Selon un membre de son entourage cité par le quotidien américain, Ahmadinejad estimait désormais qu’il ne pourrait plus revenir au pouvoir tant que le système restait en place. À quelques confidents, il se serait présenté comme un possible Boris Eltsine (ancien président de la Russie) iranien : un homme issu du régime, mais capable d’en organiser la rupture sans remettre le pays à une opposition installée à l’étranger. Il aurait aussi affirmé qu’une fois aux commandes, l’Iran pourrait reconnaître Israël et rejoindre les accords d’Abraham.

    Des voyages sous étroite surveillance

    Les premiers contacts connus remonteraient au moins à 2023. Cette année-là, Ahmadinejad se rend au Guatemala pour participer, déjà, à une conférence sur l’environnement. Les autorités iraniennes tentent d’abord de l’empêcher de partir. Il organise alors un sit-in de plusieurs heures à l’aéroport de Téhéran, prend des photos avec des voyageurs et publie la scène sur ses réseaux sociaux. Les autorités finissent par l’autoriser à embarquer pour le Guatemala.

    L’année suivante, il se rend pour la première fois à Budapest. David Barnea, alors directeur du Mossad, aurait personnellement fait le déplacement pour le rencontrer. Les services israéliens auraient ensuite informé la CIA de leurs contacts avec l’ancien président et financé une partie de ses voyages et de son logement.

    Ahmadinejad revient dans la capitale hongroise en juin 2025, quelques jours avant le déclenchement de la guerre contre l’Iran. Ses gardes du corps, membres d’une unité des Gardiens de la révolution, signalent qu’il leur échappe à deux reprises pendant plusieurs heures. Lorsqu’ils lui demandent où il se trouvait, il répond avoir rencontré des professeurs. À la tribune de l’université, il prononce en anglais un discours consacré à "l’humanité commune" et au "nouvel ordre mondial". Il ne récite pas le verset coranique qui ouvrait autrefois chacune de ses interventions. Le changement de ton n’échappe pas aux participants.

    Une exfiltration en Peugeot noire

    Le plan aurait atteint sa phase décisive le 28 février 2026, dans les premiers jours de la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Une frappe israélienne touche le complexe où vit Ahmadinejad à Téhéran. Le bâtiment de ses gardes du corps et son véhicule blindé sont visés. Peu après, une Peugeot noire arrive sur place, récupère l’ancien président et quitte rapidement les lieux. Selon plusieurs responsables américains et iraniens, le véhicule était conduit par des agents du Mossad. Ahmadinejad est emmené dans une maison sécurisée ; l’objectif est alors de se soustraire à la surveillance iranienne et d’engager le scénario préparé depuis plusieurs années : renverser le régime, puis installer à sa tête un ancien président suffisamment connu pour éviter une vacance totale du pouvoir.

    La suite est nettement moins ordonnée. Ahmadinejad aurait mal réagi aux conditions de l’opération et commencé à douter du projet israélien. Il quitte la maison sécurisée dans des circonstances qui restent inconnues. Le plan prévoyait aussi l’intervention de groupes kurdes iraniens entraînés en Irak, chargés de s’infiltrer dans l’ouest du pays puis de progresser vers Téhéran. Ce volet ne se concrétise pas davantage. L’ancien président ne réapparaît publiquement que plusieurs mois plus tard, lors des funérailles de l’ayatollah Ali Khamenei. Les images le montrent silencieux, le masque chirurgical sous le menton, entouré d’hommes qui semblent appartenir aux services de sécurité. Selon quatre hauts responsables iraniens, il serait désormais détenu par le renseignement des Gardiens de la révolution et placé en résidence surveillée.

    Israël n’a pas commenté l’opération. Le porte-parole d’Ahmadinejad non plus. Le projet n’a donc débouché ni sur un changement de régime ni sur le retour de l’ancien président. L’épisode révèle néanmoins le scénario étudié par les services israéliens pour l’après-guerre : confier la transition à une personnalité issue du système iranien. Leur choix s’était porté, en l’occurrence, sur l’ancien président qui avait été, durant ses huit années au pouvoir, l’un des adversaires les plus déclarés d’Israël.

    2026-07-13 16:45:19 +0000 UTC