« Il va falloir se poser la question… » : Le festival d’Avignon décalé à l’avenir cause de la canicule ?
Le maire d'Avignon soulève la question auprès de Paris Match pour les années à venir.
© Photo par STEVEN PLANCHARD / HANS LUCAS VIA AFP
De plus en plus écrasé par la chaleur, le festival pourrait-il être organisé à une autre période de l’année ? Après la ministre de la Culture, le maire d’Avignon Olivier Galzi soulève la question auprès de Paris Match.
C’est un questionnement limité à certains cercles et qui ne parcourt pas encore les ruelles d’Avignon, colorées de milliers d’affiches et écrasées par la chaleur. Et si le plus célèbre festival de théâtre du monde n’était plus organisé en juillet, comme c’est le cas depuis près de quatre-vingts ans, en raison des canicules successives ?
Après les propos de la ministre de la Culture Catherine Pégard, qui a évoqué début juillet un éventuel changement de dates dans un « lointain avenir », le nouveau maire d’Avignon Olivier Galzi, soulève la question, en marge d’une interview pour Paris Match. « À Avignon on est habitué à la chaleur mais là on s’interroge, oui, explique l’élu. J’ai aussi entendu Tiago Rodrigues (patron du Festival In depuis septembre 2022) dire qu’il fallait avoir cette réflexion. Ce n’est pas rien mais disons qu’à l’échelle géologique, il y a eu beaucoup d’adaptation climatique… Je ne peux pas considérer que tout sera toujours comme avant, que tout est acquis, surtout par les temps qui courent. C’est vrai à bien des égards. D’un point de vue du climat comme d’un point de vue financier. »
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Pourtant, on imagine la difficulté de cumuler comme chaque année environ 1,8 million entrées (In et off confondus) à des périodes qui ne seraient pas comprises dans les vacances scolaires. « Il y a aussi des petites vacances au cours de l’année, mais on n’en est pas du tout là, tempère le maire. Mais décaler le Festival ça signifierait l’avancer ou le reculer. » Juin ? Septembre ? La ministre évoquait, elle, Pâques ou la Toussaint.
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Pour la première édition, en 1947, où Jean Vilar proposa en réalité trois pièces, tout fut organisé… en septembre.
À Arles aussi, la mairie réfléchit…
79 ans plus tard, les conditions climatiques ont évolué et la réflexion ne s’arrête pas aux frontières de la cité papale. Chez la ville voisine d’Arles, et son célèbre festival des Rencontres photographiques, on s’interroge aussi. « Chez nous c’est différent car le festival s’étend sur trois mois mais la question se pose, abonde Patrick de Carolis, le maire (Horizons) de la ville. On voit bien que l’on a aussi beaucoup de public en septembre, mais ce n’est pas le même. »
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Qui décidera s’il y a lieu de décaler ces événements majeurs des saisons culturelles estivales françaises ? Les municipalités, parmi les principaux financeurs (la part du financement public avec la région, l’État, et le Département dépasse les 50 %), le feraient main dans la main avec les organisateurs. À Avignon, la Ville et l’agglomération accordent 3 millions d’euros au Festival, en argent sonnant et trébuchant ou en nature (mise à disposition de salle, etc.) À Arles, c’est l’équivalent de 700 000 euros.
« On met les salles à disposition, mais on le fait aussi pour beaucoup d’associations, ajoute Patrick de Carolis. Changer la date d’un festival, c’est avoir un impact sur les autres. Donc c’est une harmonisation globale. »
Si l’on fait ça, il n’y aura personne ! On a vu ce qui s’est passé en 2024…
Un patron de théâtre avignonnais
« Ce serait forcément d’un commun accord avec tous les acteurs, c’est obligatoire, puisqu’un festival c’est un écosystème, ajoute Galzi. Il n’y a pas de festival sans l’association qui le fait, il n’y a pas de festival sans la ville qui l’accueille. Et accessoirement, sans les subventions qui sont versées. »
À La Scala, l’un des plus grands théâtres d’Avignon, capable d’accueillir plus de 1 000 personnes au total, le patron Frédéric Biessy tord le nez. « Décaler en dehors des vacances scolaires c’est totalement impossible, explique le professionnel. J’ai déjà entendu cette idée mais si l’on fait ça, on tue le Festival tout simplement car il n’y aura personne ! »
Biessy rappelle le précédent de 2024, quand, en raison des Jeux Olympiques, il a fallu avancer d’une semaine le Festival, qui avait exceptionnellement débuté fin juin. « Il n’y avait personne ! Les spectateurs du OFF c’étaient les compagnies qui allaient voir les autres compagnies ! Pour une raison simple. Les familles et le corps enseignant, professeurs de collèges, d’universités, représentent la majorité de nos clients. Du reste la canicule ne se cale pas sur le calendrier scolaire : des coups de chaud, on en a en mai, en juin, en septembre… Et le faire l'hiver n'aurait pas de sens. »
Vers une édition 2026 record malgré la canicule ?
Ayant réalisé des travaux il y a cinq ans en installant une climatisation plus respectueuse de l’environnement (circuit de refroidissement de l’air dégagé pour ne pas qu’il réchauffe l’extérieur, etc.), le patron de la Scala est persuadé que la solution est dans l’adaptation. Et que le Festival, même sous 37-38 degrés, a un bel avenir. « Cette année malgré la chaleur nous allons battre des records chez moi, on va faire plus de 100 000 entrées contre 92 000 les belles années et 65 000 en 2024, explique-t-il. Les gens s’acclimatent, organisent leur itinéraire pour ne pas passer dans les secteurs trop chauds. Comment font-ils à Marrakech sous 45 degrés, le tourisme est-il mort ? Non, ils s’organisent… »
« On entend cette suggestion, cette idée, mais pour nous elle ne se poserait que s’il y avait une réflexion nationale sur un décalage des vacances scolaires, car le Festival a été créé pour coïncider aux vacances scolaires et aux congés payés, plaide Clémentine Aubry, directrice déléguée du Festival. Aujourd’hui, ça n’est pas une décision qui est d’actualité. Par ailleurs, des mesures d’adaptation (salles climatisées, spectacle en matinée et en soirée) sont prises pour remédier à certains épisodes de chaleur. »
Après avoir battu un record l’an dernier avec 120 000 spectateurs, le festival « In » a augmenté sa jauge pour l’édition 2026 et espère, malgré les températures, atteindre son objectif de 136 000 spectateurs accueillis sur les trois semaines, traditionnelles, de juillet...