En difficulté, Nigel Farage veut détourner l'attention de ses casseroles financières
Nigel Farage n'est plus député de la Chambre des communes. Le 8 juillet, l'élu de Clacton, circonscription de la côte sud-est de l'Angleterre, a démissionné. Le chef du parti populiste anti-immigration Reform UK a expliqué vouloir ainsi protester contre le traitement indigne que lui infligerait "l'establishment", qui aurait, selon lui, "choisi de recourir à des moyens déloyaux", faute de pouvoir battre ses troupes "à la loyale".
Cette démission ne signifie pourtant pas que le porte-drapeau du Brexit quitte la scène politique britannique. Loin de là : il a annoncé qu'il se présentera à sa propre réélection lors de l'élection partielle prévue le 13 août. "Cette élection partielle opposera le peuple à l'establishment, a-t-il avancé. C'est l'occasion de faire un bras d'honneur à tout l'establishment et de lui dire sans détour d'aller se faire voir."
Des dons sous le feu des projecteurs
Derrière ce tour de passe-passe se cache un moment compliqué pour celui qui semblait jusque-là imperméable aux critiques. Depuis une dizaine de jours, Nigel Farage est en effet accusé d'avoir reçu des dons financiers importants et surtout illégaux. Le régulateur parlementaire enquête sur un montant de 5 millions de livres (5,7 millions d'euros) reçu peu avant l'élection générale de juillet 2024 de la part de l'investisseur en cryptomonnaies Christopher Harborne, basé en Thaïlande.
Le nationalisme de Nigel Farage prospère sur les échecs des travaillistes et des conservateurs: "Il ne s'agit plus uniquement de vieux grincheux""J'ai été attaqué à maintes reprises, et je suis la personnalité publique ou le responsable politique le plus souvent victime d'agressions physiques et verbales de l'époque moderne", s'est justifié la semaine dernière Nigel Farage, s'érigeant en martyr. "J'aurai besoin d'une protection pour le reste de ma vie, et je ne saurais vous dire à quel point je suis reconnaissant envers Christopher Harborne, car désormais, je n'aurai plus jamais à me soucier de savoir si je dispose des moyens nécessaires", a-t-il argumenté.
En août 2025, cet entrepreneur avait également versé 9 millions de livres sterling à Reform UK, le plus gros don individuel jamais fait à un parti politique dans le pays. Une somme à laquelle se sont ajoutés 3 millions de livres en décembre 2025.
L'autre soutien financier a été fourni par le jeune aristocrate et également investisseur en cryptomonnaies George Cottrell, 32 ans. Ce dernier a passé plusieurs mois derrière les barreaux aux États-Unis, en 2017, pour des activités illégales sur Internet. Naviguant déjà dans l'entourage de Nigel Farage lors de ses années à la tête de l'Ukip (le Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni) et notamment pendant le référendum sur le Brexit de juin 2016, George Cottrell lui aurait fourni des biens en nature : il lui a prêté un logement à Londres, et il aurait pris à sa charge le salaire de trois employés chargés des réseaux sociaux de Reform UK et d'agents de sécurité, selon la presse britannique.
Pourtant, en dehors d'un voyage en Belgique pour un montant de 9 523 livres sterling et d'un vol aux États-Unis pour 15 200 livres, aucune somme n'a été déclarée aux autorités parlementaires. Et ce, alors que le règlement de la Chambre des communes exige de déclarer tout don supérieur à 300 livres. Nigel Farage se défend en assurant que cette obligation n'était pas nécessaire car ces dons auraient été réalisés pour "des raisons purement personnelles". Le code en question précise pourtant "qu'en cas de doute, ces dons doivent être déclarés". L'Agence nationale du crime enquête également sur des prêts accordés par George Cottrell à Richard Tice, le numéro deux de Reform UK.
Un parti fragilisé dans les sondages
Ces allégations affectent la popularité de Reform UK et de son leader. Ainsi quelque 60 % des Britanniques estiment-ils que Nigel Farage a agi "de manière incorrecte", selon un sondage de l'institut YouGov. Parmi ceux-ci, 17 % des électeurs de son propre parti.
Les répercussions pourraient donc prendre de l'ampleur. A fortiori pour un parti contestataire qui joue sur le rejet des formations politiques traditionnelles et pour un dirigeant qui se défend depuis des décennies d'être vénal, contrairement, selon lui, au reste de la classe politique.
Siphonné par Reform UK, le Parti conservateur britannique aux soins intensifsLe sondage publié mardi par YouGov montre une courte baisse des intentions de vote à son intention (24 % contre 25 % la semaine dernière). Mais celle-ci confirme un tassement continu depuis les 29 % d'intentions de vote enregistrés par le parti durant l'été et la rentrée 2025.
De leur côté, les autres formations politiques ont choisi de ne pas présenter de candidats face à Nigel Farage dans sa circonscription, où il est certain de se faire réélire, ce qui devrait lui enlever une grande partie de la visibilité qu'il espérait tirer de cette opération de communication.
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