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  • 2026-07-14 10:30:05 +0000 UTC

    Jul 14, 2026

    « En concert, j’aime surtout être un enfant ! » : la diva malienne Fatoumata Diawara se produit à Jazz à Juan mercredi 15 juillet

    Elle a un don. Celui de mettre du soleil dans une journée tristoune. Et ça, en dix minutes d’interview par téléphone depuis l’Italie où elle vient de rentrer pour quelques heures de repos méritées dans une tournée XXL. Elle est ainsi, Fatoumata Diawara. Impossible de la regarder sans être hypnotisé. Présence charismatique, énergie magnétique.

    Sur scène, elle chante, danse, bondit, rit, s’enveloppe de couleurs et brandit sa guitare Epiphone comme une alliée. Ce mercredi 15 juillet, avant Goran Bregovic, la fascinante diva malienne retrouve la scène de Jazz à Juan avec Massa, un album intime qui ne l’empêche pas de transformer chaque concert en célébration collective. « Avec moi, il n’y a pas de souci. On va passer un bon moment », lance-t-elle dans un grand éclat de rire.

    À Juan-les-Pins, elle sait que la fête peut prendre une autre couleur. « Ici, le public est très attentif. Il écoute énormément. » Après des dates où les spectateurs dansaient du premier au dernier morceau, elle se réjouit de retrouver cette enceinte presque méditative, face à la Méditerranée, découverte en 2023.

    « Massa », l’album d’une renaissance

    Cette énergie introspective est justement au cœur de Massa, son 4e album sorti en juin chez No Format !. En bambara, langue principale du Mali, le titre signifie « l’Éternel ». Mais derrière cette référence se cache surtout une renaissance pour l’artiste de 44 ans. « Tout change dans ma vie. Mes enfants grandissent, j’ai une nouvelle équipe, un nouveau tourneur. J’entre dans un nouveau cycle. » Une métamorphose habillée de bleu électrique, couleur qui orne la pochette et ses costumes. « Il représente le ciel, l’univers. »

    "Je ne me demande pas ce que les gens vont comprendre. Je me demande ce que je peux leur transmettre."

    Pour autant, Fatoumata Diawara ne cherche pas à délivrer un message ésotérique. Ce qui l’intéresse, c’est le lien avec son public. Elle chante dans sa langue, mais partout dans le monde, l’émotion passe. « Ça m’arrange que les spectateurs ne comprennent pas tout… Ils imaginent. Ils rêvent. On se fait confiance. Je ne me demande pas ce que les gens vont comprendre. Je me demande ce que je peux leur transmettre. » Pour elle, une chanson est d’abord une vibration. « Le corps réagit avant le cerveau. » Son secret ? Faire confiance à ceux qui viennent l’écouter. « Je les considère comme ma famille. Ils sont là parce qu’ils m’aiment. Cet amour, je le leur rends sur scène. »

    Matthieu Chedid, son complice musical

    Cette confiance irrigue aussi sa complicité avec Matthieu Chedid. Les deux artistes se rencontrent en 2013 lors d’Africa Express, le projet imaginé par Damon Albarn (Gorillaz), avant de vivre l’aventure Lamomali. Déjà présent sur Fenfo (2e album sorti en 2018), son « frère » -M- produit aujourd’hui Massa et accompagne Fatoumata Diawara à la guitare, basse et batterie, dans un disque où les sonorités maliennes croisent naturellement la pop, le funk, le jazz et le rock.

    Au milieu de cet opus rayonnant, se cache pourtant une chanson qui serre la gorge. Tati Bakary est dédiée à son père disparu. « Au départ, c’était juste un clin d’œil entre lui et moi. Je voulais garder cette douleur intime. » Le public en a décidé autrement. Chaque soir, ce morceau devient l’un des temps forts du concert. « Tout le monde a perdu quelqu’un. Les gens s’y retrouvent. » Son père occupe une place immense dans sa vie. Parmi sa descendance de vingt-sept enfants, il décèle très tôt l’hypersensibilité de « Fatou ». Là où d’autres auraient voulu la faire rentrer dans le rang, il l’encourage à danser, à créer, à assumer. Aujourd’hui encore, il l’accompagne « de là-haut » à chaque concert.

    Chanter les blessures sans perdre le sourire

    Le goût du costume de Fatoumata Diawara remonte à l’enfance. Son père, lui déjà, confectionnait des tenues de cérémonie pour elle. Puis le cinéma et son vestiaire fou est venu compléter cet imaginaire.
    Le goût du costume de Fatoumata Diawara remonte à l’enfance. Son père, lui déjà, confectionnait des tenues de cérémonie pour elle. Puis le cinéma et son vestiaire fou est venu compléter cet imaginaire.
    Marcello Perego

    Si Fatoumata Diawara chante la famille, les blessures ou les orphelins, elle refuse pourtant de s’installer dans la douleur. Son histoire, marquée par un mariage forcé auquel elle échappe à 18 ans ou par l’excision qu’elle dénonce depuis des années, nourrit une musique profondément lumineuse. « Je veux être le miroir de celles qui souffrent. Leur montrer qu’on peut réécrire son histoire. » Son engagement dépasse d’ailleurs les frontières africaines. « Ce que je fais, c’est pour toutes les femmes. »

    Cette force s’incarne aussi dans son apparence. Les coiffes, les cauris, ces coquillages qui entourent son visage, les étoffes ne relèvent jamais du simple décor. « Aller sur scène, c’est entrer dans un monde. »

    Son goût du costume remonte à l’enfance. Son père, lui déjà, confectionnait des tenues de cérémonie pour elle. Puis le cinéma et son vestiaire fou est venu compléter cet imaginaire. Adolescente, elle tourne dans La Genèse, de Cheick Oumar Sissoko et fait son premier Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard en 1999. Sur les plateaux, elle observe les essayages, « les costumes reproduits en plusieurs exemplaires, l’importance accordée aux détails », dit celle qui prête sa voix à la sorcière de Kirikou, s’illustre dans Timbuktu, d’Abderrahmane Sissako, puis dans Yao, aux côtés d’Omar Sy. « Au cinéma, chaque costume raconte quelque chose. Sur scène, c’est pareil. »

    Impossible de savoir déjà quelle tenue elle enfilera ce mercredi. Elle décide toujours au dernier moment, selon l’endroit, la lumière… et son humeur. « Si je suis en pleine forme, ce sera des couleurs claires. Si une mauvaise nouvelle est arrivée, peut-être plus foncé. » Une chose, en revanche, est certaine : cette magicienne de la scène aura de l’enthousiasme en stock. « En concert, j’aime surtout être un enfant ! »

    Fatoumata Diawara (suivie de Goran Bregovic). Mercredi 15 juillet à 20 h 30. Jazz à Juan à la Pinède Gould. Du 10 à 46 euros la place. Rens. jazzajuan.com/

    En concert aussi le 9 octobre au Théâtre Lino Venture à Nice.

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