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  • 2026-07-14 16:50:42 +0000 UTC

    Jul 14, 2026

    Empreinte carbone des vacances : comment aider les touristes à laisser leur voiture au garage ?

    La mobilité constitue la principale source d’émissions de gaz à effet de serre du tourisme en France. Elle reste pourtant un impensé des politiques publiques. La place prépondérante de la voiture individuelle, qui représente 79 % des arrivées touristiques sur le territoire national, doit être questionnée. En effet, des leviers existent pour faciliter le recours à d’autres modes de transport moins polluants. L’Agence de la transition écologique s’est penchée sur le sujet dans une étude parue en juin 2026.


    En France, le tourisme constitue 8 % du PIB et représente 2 millions d’emplois. Avec 102 millions de visiteurs internationaux en 2025 – un chiffre en progression régulière – et 60 % des Français qui partent eux-mêmes en vacances, le pays est la première destination touristique mondiale. Mais le secteur génère aussi 11 % des émissions nationales de gaz à effet de serre.

    Pour être compatible avec les objectifs de l’accord de Paris, l’Agence de la transition écologique (Ademe) estime que le tourisme devrait avoir, en 2030, réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 40 à 50 % par rapport à 2018.

    Or les émissions du secteur sont, à près de 70 %, imputables au transport et à la mobilité. Tous modes de transport confondus, les vacances représentent par ailleurs 30 % des émissions de GES de la mobilité des personnes en France.

    Pour guider la diminution de ces impacts, un des enjeux principaux, pour les territoires, est de construire une stratégie de mobilité touristique plus durable, qui implique des réflexions autour de la promotion de la destination France, de l’offre de transport et de la répartition des flux. À l’heure actuelle, 80 % des touristes se concentrent en effet sur 20 % du territoire.

    Mais malgré son poids, la mobilité touristique est aujourd’hui une question peu traitée par les politiques publiques, qui restent principalement focalisées sur la mobilité du quotidien. Et cela d’autant plus qu’il n’existe pas encore de consensus définitif sur sa définition et le périmètre de la mobilité touristique, ce qui rend plus complexe son suivi et sa quantification.

    Les données collectées permettent rarement de comprendre les mécanismes psychologiques, sociaux et organisationnels qui orientent les choix de transport des touristes. Dans une étude parue fin juin, l’Ademe a voulu les évaluer pour mieux comprendre les pratiques. De quoi dessiner des pistes pour les rendre plus durables.


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    Une mobilité dominée par la voiture individuelle

    L’Ademe a retenu la définition de la mobilité touristique suivante :

    « l’ensemble des déplacements réalisés par les touristes, excursionnistes et professionnels, qu’il s’agisse du voyage aller-retour entre le domicile et la destination, ou des déplacements effectués une fois sur place. »

    Le premier constat, lorsque l’on s’intéresse à cette mobilité touristique, est la place prépondérante qu’y occupe la voiture individuelle : elle représente en effet 79 % des arrivées touristiques (qu’il s’agisse de touristes français ou étrangers) dans l’Hexagone.

    Plusieurs facteurs psychologiques expliquent cet engouement pour la voiture comme moyen de transport pour les vacances. Selon le sondage IFOP réalisé en juin 2024 pour ROOLE :

    • Le véhicule personnel est intrinsèquement lié à l’imaginaire des vacances. Pour 82 % des voyageurs, il est associé à la liberté de déplacement, pour 57 % d’entre eux au plaisir de la route et 60 % avancent l’argument de la capacité de chargement

    • Il offre également une sensation de maîtrise dont ne sont pas crédités d’autres moyens de transport, comme le train, qui peut susciter des émotions négatives et notamment du stress lié aux correspondances ou à la foule, à la crainte des grèves ou encore de l’effort physique demandé.

    • La question du dernier kilomètre pour atteindre la destination finale est également un enjeu réel qui est souvent évoqué.

    Ces éléments, plutôt subjectifs, s’ancrent par ailleurs dans des automatismes liés au fait que la voiture est encore souvent la norme. Le train est, quant à lui, envisagé mais souvent filtré au moment de la décision, du fait du ratio entre temps, prix, distance et confort. Les autres modes de transports sont plus ou moins associés au voyage, voire absents des discours.

    Mieux informer les touristes

    Pourtant, les leviers pour encourager les touristes à se tourner vers d’autres modes de transport existent. Le principal enjeu est de faire évoluer la communication autour de la mobilité touristique.

    En 2023, les dépenses de communication commerciale du secteur des transports atteignaient respectivement 1,885 milliard d’euros pour les voitures individuelles et 607 millions d’euros pour les voyages en avion et les croisières. Les SUV représentent même 65 % des publicités automobiles, soit 30 fois plus que le temps d’antenne des publicités dédiées au transport collectif.

    À l’inverse, la publicité autour du vélo et des transports collectifs souffre d’un déficit de communication. Mais c’est aussi l’imaginaire mobilisé qui est moins séduisant : la communication appuie généralement sur la notion de responsabilité, là où les publicités automobiles et aériennes mettent en avant l’idée de liberté.

    Avec le train, l’un des freins à lever est la question du dernier kilomètre. Stéphane De Sakutin/AFP

    Les offres qui entourent les modes de transport plus sobres peuvent apparaître, en outre, plus techniques et complexes, car elles demandent de jongler entre plusieurs modes de transport et la communication sur leur mode de fonctionnement n’est pas toujours très claire ni bien centralisée : il s’agit donc aussi de simplifier, clarifier et rendre plus accessible l’information à des touristes qui, bien souvent, témoignent d’un « catalogue mental » limité des modes de transports possibles. Interrogés, ils envisagent rarement l’autocar, l’autopartage ou la voiture électrique comme des options crédibles.

    À cet égard, hébergeurs et offices du tourisme auraient un rôle à jouer pour participer à la structuration des offres de mobilité touristique et mieux informer les visiteurs en amont et pendant le séjour. En 2023 et 2024, l’Ademe, en partenariat avec AD’OCC, la région Occitanie et Atout France, a mené plusieurs démarches expérimentales visant à accompagner les offices de tourisme dans l’évolution de leurs pratiques. Cette opération a permis de développer un ensemble de communs numériques (par exemple, proposer des itinéraires de mobilité active ou mieux communiquer sur les possibilités de mobilité lors de la réservation d’un hébergement) afin de les soutenir dans ce nouveau rôle, qui ne concerne pas seulement les mobilités à destination des touristes, mais aussi celles des habitants.

    Une meilleure information lèvera des freins à l’appropriation, par les touristes, des modes de transport alternatifs au véhicule individuel. Mais il s’agit aussi pour les politiques publiques de mobilité et du tourisme de développer des offres concrètes et convaincantes au regard des atouts de la voiture en vacances.

    Autopartage ou véhicules intermédiaires, des pistes prometteuses pour le dernier kilomètre

    Pour répondre, notamment, à la liberté de déplacement que le véhicule individuel offre et à la problématique du dernier kilomètre, il est indispensable de doter les territoires d’une offre solide de transports collectifs. Cela pourrait aussi renforcer l’attractivité de certains territoires encore peu fréquentés.

    L’autopartage, c’est-à-dire la mise en commun d’une flotte de véhicules à moteur (à l’image des Citiz), constitue également une piste intéressante à développer dans le cadre touristique. Selon le baromètre de l’association des acteurs de l’autopartage, plus d’un million d’abonnés en 2025 utilisent des services d’autopartage en France, et 20 % des utilisations actives sont motivées par des départs en vacances ou en week-end.

    Une autre piste intéressante serait la mise à disposition, dans les territoires touristiques et les gares, de véhicules intermédiaires légers électriques (VELI). Des expérimentations sont en cours ou ont eu lieu, par exemple dans le Grand Avignon.

    La mise en œuvre de telles évolutions implique toutefois de renforcer les interactions entre les acteurs du tourisme, de la mobilité et des collectivités. Sans cela, la structuration d’une offre coordonnée et durable restera compliquée.

    Il serait à cet égard pertinent d’intégrer les offices de tourisme dans les comités des partenaires mobilité, ces espaces de réflexion censés réunir les différents acteurs (usagers, acteurs économiques, associations et autorités organisatrices des transports) autour des politiques publiques de mobilité. Un autre enjeu tient à la rentabilité des offres, contrainte par la saisonnalité du tourisme. Les services doivent être pensés pour répondre également aux besoins de la population locale notamment hors saison.

    Les pratiques de mobilité en vacances sont un prolongement de celles du quotidien, mais elles sont aussi fortement liées à la manière dont la destination accompagne (ou non) les touristes pour faciliter des vacances sans voiture. Sans oublier que l’achat d’une voiture (et le choix du modèle) est souvent déterminé par l’usage le plus contraint et occasionnel de l’année, à savoir… partir en vacances.

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