Déraillement de train à Repentigny : des lacunes décelées
L'enquête préliminaire du Bureau de la sécurité des transports du Canada suivant le déraillement d’un train de marchandises à Repentigny a décelé plusieurs « lacunes » sur la voie ferrée.
Dans un avis de sécurité transmis le 10 juillet à Transports Canada et au CN, puis rendu public jeudi, le BST révèle que plusieurs anticheminants étaient manquants ou déplacés sur la voie ferrée.

Plusieurs anticheminants étaient manquants ou déplacés sur la voie ferrée.
Photo : Bureau de la sécurité des transports du Canada
Un anticheminant est une pièce métallique fixée sous le rail, s'appuyant contre la traverse et empêchant la voie ferrée de glisser.
Ainsi, plusieurs traverses étaient déviées et n’étaient plus perpendiculaires aux rails, ont observé les enquêteurs.

Des traverses étaient déviées.
Photo : Bureau de la sécurité des transports du Canada
Les lacunes sur le plan des anticheminants ont pu avoir compromis la stabilité de la voie ferrée et accru le risque de déraillement, avance le BST.
Les inspecteurs ont examiné la voie ferrée dans le secteur du déraillement, ainsi que huit autres sections de voie qui n’avaient pas été affectées par l'incident, précise le BST.
Encore trop tôt pour déterminer les causes
Pour rappel, 49 wagons d’un train de marchandises du CN ont déraillé le 5 juillet dernier dans un secteur résidentiel, sans toutefois causer de blessés ni de déversement de marchandises dangereuses.
Le trafic ferroviaire avait pu reprendre quelques jours après le déraillement, à la suite de la reconstruction de la voie et du ballast. La vitesse des trains a toutefois été limitée à 15 km/h, ce qui est bien inférieur à la limite de vitesse réglementaire de 80 km/h.
La vitesse du train lors de l'accident était en deçà de la vitesse permise, soit de 77 km/h, a indiqué le BST.
Malgré la publication de cet avis de sécurité, il est encore trop tôt pour déterminer avec certitude les causes du déraillement, a tenu à rappeler Luc Régis, enquêteur principal régional pour le BST.
On est toujours dans la phase de collecte d'informations sur le site, mais aussi auprès des gens impliqués au niveau des opérations de train, auprès des témoins qui ont vu et qui ont entendu le déraillement, a-t-il expliqué au micro de Midi info, sur ICI PREMIÈRE.
On ne peut pas dire à ce moment-ci que les lacunes qu'on a identifiées, c'est la cause du déraillement, loin de là. On regarde toutes les possibilités : la manière que le train a été opéré, les conditions du sol, les conditions de la voie ferrée, les conditions atmosphériques... Il faisait bien chaud à ce moment-là.
Le jour de l'accident, le mercure affichait 29 degrés Celsius.
Au terme d'une enquête qui pourrait durer plusieurs mois, selon les estimations de M. Régis, le BST publiera un rapport final identifiant les causes du déraillement.
Mais dans l'immédiat, la balle est dans le camp du CN et de Transports Canada, indique M. Régis.
Transports Canada, on ne leur dit pas quoi faire, mais avec les informations [de l'avis de sécurité], ils pourraient vouloir faire des inspections spécifiques et demander des mesures correctives auprès de la compagnie de chemin de fer, avance l'enquêteur.
En tant qu'organisme indépendant, le BST n'a aucun pouvoir coercitif, contrairement à Transports Canada.
Dans une déclaration transmise à Radio-Canada, Transports Canada ne s'est pas avancé sur des mesures spécifiques qui pourraient être prises à la suite de la publication de cet avis de sécurité.
Les représentants de Transports Canada continuent d'examiner les circonstances de l'incident et demeurent en contact avec les autorités locales, le Bureau de la sécurité des transports du Canada et le CN, y lit-on.
Transports Canada n'hésitera pas à prendre toute mesure appropriée si des lacunes en matière de sécurité ou de conformité réglementaire sont relevées, ajoute-t-on, sans plus de détails.
Le maire de Repentigny interpelle le CN
Pour sa part, le maire de Repentigny Nicolas Dufour a carrément sommé le CN de mettre sur pause la circulation des trains le temps que des mesures correctives soient mises en œuvre.
On s'était dit que si les autorités compétentes avaient donné leur OK pour la reprise, c'est que, visiblement, elles étaient satisfaites des mesures en place pour le moment. Mais là, c'est très préoccupant ce qu'on a appris ce matin, a-t-il déploré, en entrevue sur ICI RDI.
Le maire avait déjà exprimé à Radio-Canada son « malaise » face à la reprise « rapide » du trafic ferroviaire, le 8 juillet dernier.
Je tiens tout de même à souligner que le Bureau de la sécurité des transports fait un travail efficace, en toute transparence. La minute qu'il avait des premiers éléments de l'enquête qu'il était en mesure de transmettre à la population, il l'a fait. C'est rassurant.
Avec les informations de La Presse canadienne