Dans le Var, l’élevage familial de lévriers, Bakara’s Greyhound de Cécile Duflos produit des champions nationaux et internationaux toute catégories depuis des décennies
Le comité d’accueil est à la hauteur. Prière de ne pas avoir peur des chiens. Une fois passé le portail d’entrée de la vaste propriété ombragée, plantée de pins, s’étendant, entre vignes et collines dans la campagne du Castellet, les aboiements et grognements des cinq imposants lévriers greyhound qui, tête haute et babines retroussées, les muscles tendus, défendent leur territoire avec force aboiements, s’apaisent subitement.
Les longs canidés au poil ras, maigres et élancés, faisant montre d’un flegme tout britannique changent de ton et se contentent alors étonnamment de manifester une curiosité à peine polie envers le visiteur.
Sous le chant des cigales qui de nouveau se fait entendre, leur élégance est toute tournée vers leur maîtresse, Cécile Duflos, qu’ils ne lâchent pas de la truffe. « Maël, doucement ! », lance fermement l’éleveuse de Bakara’s Greyhound au plus jeune de la meute, un poil plus agité que les autres. « Il n’est âgé que de treize mois, c’est le petit dernier », excuse-t-elle.
Petit ? À peine, un peu plus d’un an et déjà une taille adulte. Presque un mètre au garrot ! Impressionnant. Déjà, la physionomie d’un futur chien de course et de champion.
« À 18 ans mes premiers lévriers étaient des Afghans »
Cécile Duflos élève des lévriers depuis 41 ans. « J’ai des chiens depuis toujours, à partir de 18 ans mes premiers lévriers, avant les Greyhound, c’étaient des Afghans. Vous avez vu, ce sont de vrais pots de colle, des ombres, mais aussi des chiens de caractère », glisse l’éleveuse de 66 ans, retraitée de la distribution dans l’alimentation canine, toujours portée par une passion intacte, entourée de ses chiens qui marchent dans ses pas avec un amour partagé.
Frank Muller
Elle ne pratique pas un élevage industriel. Tout le contraire. « Je vous présente Anna, née le 5 juin 2025, que j’ai fait venir de Lettonie. Elle est arrivée à l’âge de 8 mois et s’est très bien adaptée au climat méditerranéen. À notre vie ». La chienne ferait une belle prétendante pour Maël avec qui elle a une différence d’âge d’une semaine.
La doyenne, Lisa Madeline, est âgée de 10 ans et demi
« En 41 ans, j’ai produit seulement seize portées, souligne l’éleveuse. Je suis très attentive au pedigree des chiens que je sélectionne et aussi aux familles à qui je confie les bébés quand j’ai une portée. Je ne conserve qu’un ou deux lévriers ».
Côté finance, un lévrier pur race se vend entre 1 500 et 3 000 euros. « Mais, entre la vie de tous les jours, le vétérinaire, les participations aux concours, il y a des frais quand même assez conséquents pour faire fonctionner l’élevage », tempère Cécile Duflos qui ne « court pas après la rentabilité ».
Frank Muller
La doyenne de cette petite fratrie, Lisa Madeline est âgée de 10 ans et demi. Les reproducteurs viennent de partout dans le monde : Australie, Suède, Biélorussie… Ils sont garants d’apport de sang neuf à la prestigieuse lignée.
Des Greyhound qui ne sont pas élevés pour courir dans les cynodromes, – « j’ai décliné des demandes » –, mais à briller dans de nombreux concours nationaux et internationaux.
« Je ne prends même plus les coupes »
Garant aussi de succès à la chaîne lors des expositions nationales, internationales et concours canins. « Je ne prends même plus les coupes », confie Cécile Duflos dont les Greyhound trustent les titres de champions depuis plusieurs décennies.
Des titres pas si faciles que cela à conquérir. « Les conditions d’homologation sont strictes. À commencer par le Certificat d’aptitude de conformité au standard (CACS). La preuve des qualités du chien (1). Il en faut par exemple six pour prétendre à un titre de champion des expositions nationales, vulgarise l’éleveuse. Il faut aussi que le chien prouve son aptitude à la course, avec spontanéité, en s’élançant derrière un leurre ».
Frank Muller / Nice-matin
En cette saison caniculaire, il lui faut parfois réfréner les ardeurs canines de ces coureurs d’élite nés. « Ce sont des animaux taillés pour la course, des chiens de chasse à vue. En ce moment, je ne les sors que très tôt le matin ou en soirée quand il fait frais. Parfois, quand ils aperçoivent un lézard ou un lapin, ils partent comme des flèches ou se mettent même à courir sans raison particulière. Il est important alors de les arrêter avant qu’ils ne s’essoufflent sans arriver à récupérer », indique Cécile Duflos qui, attentive à leur bien-être met une piscine pour enfants à disposition de ses protégés qui peuvent aussi se prélasser sur un grand tapis de sol et même un transat ! Un élevage familial-passion. Yvon, le mari de l’éleveuse, possède lui-même deux Greyhound. Quand on aime…
1. Un chien est dit conforme au standard lorsqu’il s’approche le plus possible du standard de sa race, qui définit notamment une série de caractéristiques physiques et comportementales pour chaque race de chien
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Ils ont leur « chambre » climatisée dans la maison familiale
Il y a assurément plus malheureux que les cinq lévriers de Cécile Duflos qui ont la belle vie. Dans la villa familiale, une grande cage posée au beau milieu du salon est destinée au repos de Almar, un sixième lévrier. « Son propriétaire est malade, j’ai pris son chien en pension. Pour lui c’est comme une colonie de vacances », souligne l’éleveuse qui conduit à un étage intermédiaire où est aménagée la « chambre » de ses protégés. Une pièce de la maison, climatisée s’il vous plaît, où les lévriers sont chez eux.
Les murs sont couverts de dizaines de diplômes célébrant leurs qualités canines exceptionnelles et sur des étagères s’alignent autant de coupes et trophées gagnés au fil des années. Au sol, une cage – à la porte ouverte – et des matelas destinés au repos des chiens. Et avec tout ça, ils n’ont même pas la grosse tête. Fier comme un lévrier. « Ce sont mes chiens, je les aime », s’émeut l’éleveuse.