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  • 2026-07-18 05:01:06 +0000 UTC

    Jul 18, 2026

    "Des moments presque uniques dans une carrière" : les Bleuets veulent écrire leur plus beau souvenir

    Après avoir bataillé pour atteindre la finale, les Bleuets s’attaquent aux redoutables Baby Boks, champions du monde en titre, avec leurs armes : une solidarité à toute épreuve, cette haine de la défaite et une insouciance propre à une jeunesse qui refuse de s’interdire quoi que ce soit.

    Que faisiez-vous à dix-neuf ans, en plein mois de juillet ? Plutôt vacances à la mer, les pieds dans le sable, ou job saisonnier à suer pour servir des touristes parisiens particulièrement désagréables ? Tentons l’expérience. Fermez les yeux, rien qu’un instant, et replongez-vous dans votre dix-neuvième année. Çà et là, vous reviennent quelques images, plus ou moins nettes selon ce que le temps a bien voulu en préserver. Le nom d’un complice des quatre cents coups ressurgit. Le visage, peut-être, d’une personne qui a depuis changé votre vie. Se dessine alors sur vos lèvres un sourire au goût d'autrefois.

    Le temps passe vite. Trop vite. Tous ceux qui ont encore la chance de vivre ces années devraient en profiter pour les autres qui ne pourront plus jamais y revenir. Les quelques jours de vie commune qu’il reste à cette génération des moins de vingt ans seront peut-être les plus importants de leur carrière. De leur vie même, qui sait ? Sans doute ne le mesureront-ils que plus tard, lorsque les souvenirs auront remplacé le quotidien. "Nous pensons seulement à profiter de ces moments qui sont presque uniques dans une carrière", souffle l'ouvreur Diego Jurd, conscient du privilège qui est le sien : celui de préparer une finale de Coupe du monde.

    Ils ont battu le monde entier cette saison

    Car c’est bien de cela dont on cause : une finale de Mondial. La quatrième lors des six dernières éditions. En feuilletant les archives, une première évidence s’impose : jamais les Tricolores n’avaient autant bataillé pour atteindre cette dernière marche. À l’image de cette génération, c’est la pugnacité qui a triomphé en demi-finale. Inférieurs offensivement, dos au mur malgré une conquête sensationnelle, les jeunots ont démontré qu’il ne suffisait pas toujours de bien jouer au rugby pendant quatre-vingts minutes pour gagner. Une action de classe, un essai parti de rien, un courage de tous les instants, et l’histoire peut parfois être prolongée de quelques jours. "On a vécu un peu tous les scénarios cette année, reconnaît Baptiste Veschambre, héroïque face aux Baby Blacks. La finale arrive et on sait que ce sera un match très compliqué, à l’image des deux derniers. On devra avoir cette même solidarité jusqu’au bout. On ne sait pas ce qu’il va se passer. Peut-être aurons-nous aussi une séquence défensive à tenir sur la dernière action…"

    Mine de rien, et quel que soit le scénario de cette finale, la bande à Lucas Andjisseramatchi a déjà battu toutes les meilleures sélections du Nord comme du Sud cette saison. Les Australiens et les Baby Blacks ont rejoint la prestigieuse liste des victimes des Bleuets, sur laquelle figure aussi l’Afrique du Sud, dominée en novembre dernier (20-12, à Châteauroux). Certes, cette génération domine moins qu'elle ne résiste, impressionne moins qu'elle ne s'accroche. Son jeu est sans doute moins flamboyant, mais elle trouve toujours le chemin vers la victoire. "Il reste encore la plus grande étape à passer, poursuit Veschambre, impatient. On va jouer cette finale, mais on veut surtout la gagner."

    "C’est assez incroyable de se dire qu’on va jouer une finale de Coupe du monde, confie le talonneur Elia Masi. Mais une fois qu’on a dit ça, il ne faut pas non plus se monter la tête et considérer ça comme quelque chose d’hors du commun." Le Racingman a une histoire particulière qui illustre parfaitement celle de cette équipe de France. Il y a quelques semaines encore, il ne figurait pas dans le groupe initial retenu pour ce Mondial. Comme tant d’autres — Hugo Avogadro, décisif en demi-finale, pour ne citer que lui —, il a profité des nombreux forfaits pour prendre part à l’aventure. C’est dire la profondeur réjouissante du réservoir français, qui défiera une autre formation de très haut niveau : celle des jeunes Springboks, champions du monde en titre.

    On ne plonge pas dans l’inconnu

    C’est qu’ils font peur, ces Baby Boks, chers lecteurs. Leur puissance affichée depuis le début de la compétition fait trembler les gambettes, à dire vrai, au point que l’on se demande bien comment nos Bleuets réussiront à les faire tomber, à briser leurs plaquages, à les dominer au sol et en conquête et, surtout, à les empêcher — eux qui ont inscrit le plus de points dans ce Mondial — de conserver leur dû. "L’Afrique du Sud est une grande équipe, très dense devant, très puissante, on en est bien conscients, appuie Masi. On ne plonge pas dans l’inconnu. Mais ce n’est pas quelque chose qui nous impressionne ou qui va modifier notre préparation."

    Il faudra combattre, assurément, se dépouiller comme une poignée de Spartiates face à l’immense armée sud-africaine, résister encore et toujours. Et peut-être ne pas trop réfléchir. Eh oui, à dix-neuf ans, on possède encore ce privilège immense : celui de croire que tout est possible. Viendra le jour où, comme vous, ils fermeront les yeux et verront alors ressurgir le nom d’un complice, puis les images d’un été qui aura marqué leur jeunesse. Et quelque part, au fond d’un carton ou fièrement exposée dans le salon, une médaille les ramènera à cette aventure. De quelle couleur sera-t-elle ? C’est toute la question.

    La composition des Bleuets

    Le XV de départ : 15. Guillaud ; 14. Cellio Zwiler, 13. Drault, 12. Rasal, 11. Rates ; 10. Keletaona, 9. Tilloles ; 7. Lucas Andjisseramatchi (cap.), 8. Ibsaiene, 6. Audebert ; 5. Bonnard-Martin, 4. Veschambre ; 3. Langlois, 2. Garault, 1. Frisach

    Remplaçants : 16. Masi, 17.Jabea Njocke, 18. Turpin, 19. Michaux, 20. Bissu, 21. Hutteau, 22. Jurd, 23. Avogadro 

    2026-07-18 05:01:06 +0000 UTC