midmed-news.com
  • 2026-07-13 16:50:00 +0000 UTC

    Jul 13, 2026

    Coupe du monde : avec Stéphane Mantey, découvrez le voyage d'un journaliste de «L'Équipe» aux États-Unis

    Signature historique, le photographe Stéphane Mantey couvre cette année sa cinquième Coupe du monde pour L'Équipe. Expert des terrains de football, Stéphane, son Leica toujours en bandoulière, n'en demeure pas moins un journaliste de terrain tout court. De Houston à New York, de Philadelphie à Dallas, il vous embarque dans ses bagages pour un carnet de voyage de cette Coupe du monde pas comme les autres.

    L'ÉQUIPE

    publicité

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    Coup d'envoi

    Coupe du monde 1994 - Coupe du monde 2026 : trente-deux ans séparent les deux Coupes du monde américaines. Cette dernière boucle sans doute mon histoire avec le football mondial. J'aurai couvert sept Coupes du monde au total, dont cinq pour le journal L'Équipe. En 2022, un accident, quatre jours avant mon départ pour le Qatar, m'avait privé de cette édition et d'une finale France-Argentine qui restera un rendez-vous manqué.

    Entre 1994 et 2026, tout a changé. En 1994, nous travaillions encore en argentique. Il fallait emporter des centaines de pellicules et, après les matches, trouver dans les aéroports des voyageurs prêts à rapporter nos enveloppes jusqu'à Paris. Aujourd'hui, une photo prise au bord du terrain arrive en quelques secondes sur les écrans de la rédaction.

    La révolution est aussi personnelle. Aux États-Unis, en 1994, appeler mes enfants coûtait une fortune. Aujourd'hui, je partage des moments avec mes petits-enfants à l'autre bout du monde. Je réserve un taxi, paie un repas, embarque dans un avion sans billet papier et regarde les matches en plein vol avec mon téléphone.

    L'ÉQUIPE

    publicité

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    Seabrook, près de Houston. Premier soir texan. Premier dîner aussi, installé dans un sports-bar posé sur une barge au bord de l'eau. À l'intérieur, impossible d'échapper à l'ambiance : les écrans diffusent le match États-Unis - Paraguay, les fans hurlent, la sono voisine couvre à peine les conversations. Un joyeux chaos sonore où se mêlent éclats de voix, tintements de verres et explosions de joie à chaque but de la sélection américaine.

    Dehors, le contraste est saisissant. La nuit tombe doucement. Un homme au crâne tatoué à l'effigie du Dôme, l'emblématique salle des Astros de Houston hume l'air autour de lui. Comme si le vacarme du match appartenait à un autre monde, quelques mètres plus loin seulement. Le voyage commence ainsi : entre ferveur sportive, personnages improbables et cette Amérique qui sait toujours surprendre dès le premier soir.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    13 juin : Houston Stadium, récupération des accréditations

    Dès le lendemain, place aux choses sérieuses ! Direction le stade de Houston, pour récupérer les différents badges, pass et accréditations indispensables pour pouvoir évoluer sur les terrains du Mondial. Je rencontre Héritier. Il est congolais, volontaire pour la FIFA. C'est lui qui m'a remis mon accréditation. En voyant mon passeport français, il me demande d'où je viens. Ses yeux s'illuminent lorsqu'il évoque Paris, une ville qu'il rêve de découvrir un jour. Quelques minutes d'échange seulement, mais une rencontre chaleureuse comme le voyage sait en offrir dès les premiers kilomètres.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    14 juin : Houston Stadium, premier match, Allemagne-Curaçao

    Posté dans les coursives du stade en attendant l'arrivée des joueurs allemands, je croise quatre membres des Mariachis de Houston. Pendant les pauses d'hydratation imposées par la FIFA, ce sont eux qui feront vibrer les tribunes, perchés tout en haut du stade. Une touche de Mexique au coeur des rencontres texanes.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    Avant le match, les places sont chères derrière le but. Être en avance est impératif afin de pouvoir installer un boîtier télécommandé, une « remote » dans le jargon. Seul à photographier le match pour le journal, je dispose dispose ainsi d'un point de vue supplémentaire.

    Voici le dispositif des boîtiers télécommandés installés derrière les buts. Reliés par radio, ils permettent de déclencher à distance et d'obtenir des images au ras du sol, juste derrière les filets. Une autre façon de raconter le match, au plus près de l'action.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    Premier saut à New York. Parmi les trois photographes envoyés par le journal, Pierre Lahalle est assigné à la couverture de l'équipe de France. Il suit les Bleus dans tous leurs déplacements, entraînement et restera aux États-Unis jusqu'à leur élimination... Dans ce dispositif, il est convenu que je vienne en renfort pour chaque match afin de compléter la couverture de notre équipe de France. Le 16 juin, me voilà donc à New York.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    La veille, les supporters français ont envahi Time Square. À New York, la lumière est un personnage à part entière. Les longues avenues, tracées au cordeau, laissent le soleil s'engouffrer entre le gratte-ciel. Il rebondit sur les façades de verre, se reflète à l'infini et dessine des jeux d'ombres et de lumière uniques.

    Pour le photographe de rue, c'est un terrain de jeu exceptionnel. Du matin jusqu'au coucher du soleil, la ville change de visage au fil des rayons. Ici, il suffit parfois d'attendre quelques secondes pour que la lumière transforme une scène ordinaire !

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    (Premier match des Bleus et voilà qu'une photo de Stéphane se retrouve en une de L'Équipe) La une reste toujours un plaisir à signer. Même si L'Équipe est aujourd'hui bien plus qu'un quotidien papier,avec le web, la TV, les magazines et les réseaux sociaux.  L'édition papier demeure, à mes yeux, la vitrine du groupe. Pour l'entrée en lice des Bleus dans cette Coupe du monde, la rédaction a choisi ce cliché de Kylian Mbappé célébrant son premier but. J'ai eu la chance d'être parfaitement placé.

    Personnellement, j'avais une petite préférence pour la célébration du deuxième but, celui qui permet à Mbappé de devenir le meilleur buteur de l'histoire de l'équipe de France.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    Un orage est annoncé à l'arrivée à Houston. La patience, une qualité pour les photographes et les voyageurs...

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    18 juin : Sam le Texan et Howard le pêcheur

    Voici Sam, 22 ans. Je l'ai rencontré à Galveston, la station balnéaire située à une quarantaine de kilomètres de Houston. Pour financer ses études, il travaille comme barman.

    Ce qui a d'abord attiré mon regard, c'est son chopper. Il l'a entièrement construit lui-même, alors qu'il ne connaissait rien à la mécanique. « Les bienveillants » du monde de la moto, comme il les appelle, lui ont appris et donné un coup de main. Sam est aussi capitaine de l'équipe universitaire de football de Marietta, dans l'Ohio.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    A Seabrook, je rencontre ensuite Howard. Il a 66 ans, est né à Houston dans une famille d'origine cubaine. Il vit sur un bateau, travaille sur le port et répare ceux des autres. Il est également pêcheur en mer. Sa peau cuivrée, burinée par le soleil, le vent et le sel, raconte autant d'histoires que son sourire.

    Je l'ai croisé alors qu'il s'apprêtait à réparer un bateau abîmé, je lui ai demandé si je pouvais lui faire son portrait, il a accepté tout de suite.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    Aux États-Unis, la voiture est souvent une extension de la maison... et parfois même de la salle à manger. On y avale un café, un burger ou une glace, entre deux feux rouges ou sur un parking, sans jamais vraiment s'arrêter.

    Prise près du Space Center de Houston, cette scène du quotidien cache un clin d'oeil inattendu : dans la vitre arrière se reflète un astronaute !

    Texas Waffle (L'Equipe)

    Texas Waffle (L'Equipe)

    Au Texas, même le petit déjeuner devient un symbole. Une gaufre en forme de l'État, noyée sous le chocolat et les topping multicolores. Ici, la cuisine est aussi un spectacle.

    Les Américains parlent de food porn : des plats pensés pour impressionner autant les yeux que les papilles. Au fil de ces jours, je comprends que cette démesure raconte aussi une certaine Amérique : celle où l'on assume le plaisir, où tout est plus grand, plus gros, plus copieux et où même une simple gaufre prend la forme du Texas.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    19 juin : les supporters étrangers en vadrouille

    Impossible de le manquer. Ce vieux bus à impériale, parti des Pays-Bas il y a plusieurs semaines, a traversé l'Atlantique pour accompagner les supporters néerlandais tout au long de la Coupe du monde. Depuis des décennies, il est devenu l'un des symboles de l'Orange Army, présent sur les plus grandes compétitions.

    Sur les routes américaines, il rappelle que le football est aussi une histoire de voyage, de rencontres et de passion. Un peu plus loin, les supporters suédois posent fièrement devant le hangar de la fusée Saturne V.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    Après cette découverte de Houston et ses alentours, il est déjà temps de s'envoler vers le deuxième match des Bleus prévu dans quelques jours. Direction la côte Est avec une escale en Géorgie et sa capitale Atlanta...

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    Au détour d'une rue calme d'Atlanta, je tombe sur un shooting photo. Devant l'objectif, Sienna, jeune modèle d'origine bahamienne et haïtienne, enchaîne les poses dans la lumière de fin de journée.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    Le maillot de football, les trophées à ses pieds et le ballon rappellent que, pendant quelques semaines, toute la ville vit au rythme de la Coupe du monde.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    Après avoir couvert Espagne-Arabie saoudite, le 21 juin, je reprends la route, direction Philadelphie pour deuxième match de l'équipe de France. Une Coupe du monde, surtout aux États-Unis, rime avec une succession de déplacements, entre avions, trains. Je suis arrivé il y a dix jours et j'ai déjà enchaîné cinq vols domestiques. Forcément, la gestion des bagages devient un vrai défi, et tout cela finit souvent par un désordre difficile à maîtriser.

    Pour ce France-Irak (3-0), si les risques d'orage étaient connus à l'avance, l'application des consignes de sécurité made in USA ont pu surprendre : 30 minutes d'interruption par éclair dans un rayon de 13 km, ça donne une mi-temps de 2 heures et un record du match le plus long avec près de 4 heures écoulées entre le début et la fin de cette rencontre... humide.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    De retour à New York, je pose mes valises quelques jours au coeur de Manhattan. Times Square, c'est un théâtre à ciel ouvert où chacun joue son propre rôle. On y croise des super-héros fatigués, des artistes de rue, des touristes les yeux levés... et même un cow-boy presque nu, guitare en bandoulière. Sous les écrans géants et les néons qui ne s'éteignent jamais, la démesure est devenue la norme. Un joyeux chaos, bruyant, exubérant, parfois absurde, mais terriblement vivant. Ici, plus qu'ailleurs, on sent battre le coeur de la Grosse Pomme.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    J'en prends plein les yeux.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    The Cage est l'un des terrains de street basket les plus mythiques de New York. En été, il accueille le West 4th Street Pro Classic, un tournoi où s'affrontent des équipes composées des meilleurs joueurs amateurs de la ville, mais aussi d'anciens universitaires, de professionnels évoluant à l'étranger et, parfois, de joueurs ayant connu la NBA. Les rencontres sont ouvertes au public et l'ambiance est électrique : le grillage qui entoure le terrain donne l'impression d'une véritable arène.

    Ici, pas de parquet flambant neuf ni de show à l'américaine. Juste un ballon, des duels intenses, des joueurs qui jouent autant pour la victoire que pour leur réputation, et des spectateurs à quelques centimètres de l'action. À New York, le street basket est une culture à part entière, et The Cage en est l'un de ses temples les plus emblématiques.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    24 juin : rencontre fashion impromptue

    À SoHo, au détour d'un croisement, je l'aperçois. Grande, élancée, un style qui ne passe pas inaperçu, elle marche d'un pas assuré. La scène semble tout droit sortie d'un magazine de mode.

    Chose que je ne fais presque jamais, je décide de la suivre quelques instants. Pendant que je la suis, je la vois allumer un joint de marijuana, et l'odeur qui s'en dégage rend la scène encore plus surréaliste. Je fais une photo d'elle, volée...

    J'hésite, puis je finis par l'aborder lorsque nous arrivons sur un passage piéton. Je me présente, lui explique que je suis photographe français en reportage pour la Coupe du monde. Je lui dis combien j'aime son allure et lui demande si elle accepterait que je réalise son portrait.

    Elle me répond avec un sourire et accepte immédiatement. Je déclenche une première fois, une deuxième, une troisième... et soudain, plus rien. La batterie de mon Leica vient de rendre l'âme.

    Trois images seulement. Parfois, il n'en faut pas davantage pour qu'une rencontre imprévue trouve sa place dans un voyage.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    Lors du match entre la France et la Norvège, alors que les Bleus menaient déjà 3-1, j'ai décidé de me laisser aller à une petite « gourmandise » technique. J'ai réglé mon appareil sur une vitesse d'obturation de 1/30 de seconde et attendu que Kylian Mbappé déclenche l'une de ces accélérations dont il a le secret. L'objectif était de traduire sa vitesse en image, en laissant le mouvement s'exprimer plutôt que de le figer. C'est un exercice toujours risqué : lorsqu'un match est encore indécis, impossible de prendre ce genre de liberté. Mais avec deux buts d'avance, je pouvais tenter cette photo différente, celle qui raconte autant la sensation que l'action.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    Cette Coupe du monde, ce n'est pas seulement une succession de matches et de kilomètres. C'est aussi une bande-son et quelques pages qui accompagnent le voyage. En ce moment, je lis Lettres sur la lumière, un échange entre Paolo Roversi et Emmanuel Coccia.

    Roversi est un photographe que j'admire. L'un des plus grands photographes de mode contemporain. Ils y parlent de photographie comme d'une quête de lumière, de temps et d'émotion, avec cette conviction que la plus belle image naît souvent de la patience et du regard plutôt que de la technique. Une lecture qui résonne particulièrement au fil de cette traversée américaine.

    De mes écouteurs, la musique dessine elle aussi les paysages. Très amateur de rock britannique, j'ai décidé, cette fois-ci, de me concocter une playlist exclusivement américaine. Il y a le rock sudiste de Lynyrd Skynyrd, le blues country de Chris Stapleton, la folk délicate de Courtney Marie Andrews, les harmonies de Fleetwood Mac, la voix profonde de Johnny Cash, le jazz élégant de Miles Davis, la pop intemporelle de The Zombies, les les chansons intimistes de Damien Jurado. Et tous les autres, Springsteen, Dylan, les Doors, Otis Reding, les Red Hot... Parfaites pour accompagner les heures de voyage et les grands espaces.

    (L'Equipe)

    (L'Equipe)

    À suivre...

    2026-07-13 16:50:00 +0000 UTC