Cinq ans après les inondations de 2021, seules les communes sinistrées semblent avoir retenu la leçon
Le Centre d'Analyse des Risques du Changement climatique, dit CERAC, est un organisme fédéral chargé d'évaluer les risques climatiques et environnementaux à moyen et long terme. Il a été créé en réponse aux inondations de 2021 et entend bien continuer à jouer son rôle, cinq ans plus tard.
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard s'il avait choisi la petite commune de Dolhain-Limbourg, à une dizaine de kilomètres à l'Est de Verviers, pour présenter ce lundi matin les résultats d'une vaste enquête visant à évaluer le niveau de préparation des communes belges face aux risques climatiques.
Ravagée par une Vesdre incontrôlable, elle continue de se reconstruire, en témoignent les grues et pelleteuses en action. Mais désormais, elle le fait de sorte à prévenir plutôt qu'à guérir : ici, on végétalise davantage qu'on bétonne. Bref, on fait tout, et plus encore, pour que le cauchemar qui a tout de même coûté 300 habitants - partis vivre ailleurs - à la commune ne se reproduise pas. Chat échaudé, tout ça.

À ce titre, Dolhain-Limbourg est un modèle qui, semble-t-il, ne fait pas encore école. Car le rapport du CERAC, basé sur l'analyse de nombreux documents et de multiples rencontres avec les acteurs et actrices de terrain, est assez clair : les communes belges ne sont, pour la plupart, pas suffisamment préparées aux aléas climatiques.
"C'est très disparate, confirme Aurore Brunson, l'une de ses expertes. Il y a beaucoup de choses qui se font, il y a beaucoup de choses dans les plans, mais après, il faut voir ce qui est effectivement réalisé. On a l'impression que ce sont surtout les communes qui - comme Limbourg - ont été sinistrées en 2021 qui ont réellement réagi face à ces aléas climatiques. N'ayant pas encore été concernées directement, beaucoup d'autres tardent un peu..." D'autant que ces investissements sont aisément reportables d'un exercice budgétaire à un autre.
Doit mieux faire
Ces "aléas", quels sont-ils ? Le CERAC en pointe essentiellement trois : les inondations, les vagues de chaleur et la sécheresse. Trois fléaux qui préoccupent différemment qu'on soit à la ville ou à la campagne, en Wallonie, à Bruxelles ou en Flandre : la chaleur inquiète ainsi fortement dans les centres urbains (90 % d'entre eux les identifient comme une menace réelle) alors que les zones rurales - majoritairement flamandes - craignent davantage la sécheresse (70 %). Tous, par contre, sont tracassés par les inondations (72 % des communes consultées se sentent concernées).
Si ces dangers les préoccupent, pourquoi les communes ne réagissent-elles pas de façon plus massive ? Pour le CERAC, les freins sont structurels. Et d'abord, sans grande surprise, budgétaires : "On a pu se rendre compte que ce n'est pas vraiment lié à la couleur politique, promet Aurore Brunson. Par contre, dans les communes plus grandes, on a la possibilité de mettre en place des équipes plus étoffées pour s'occuper de ces questions. Dans les plus petites, c'est souvent une seule personne qui jongle avec tout ça". C'est aussi, souvent, ce manque de moyens et de personnel dédié à ces questions qui empêche les communes plus modestes de s'approprier les outils (la cartographie des risques par exemple) pourtant à leur disposition.

" La bonne volonté ne suffit pas, on doit mieux faire, clairement ", estime l'experte pour le CERAC, lequel formule, dans son rapport, huit recommandations. Celles-ci démontrent surtout que les communes ne pourront rien mettre en place de réellement efficace si la prise de conscience et les efforts ne sont pas davantage collectifs : il s'agit, dit le rapport, de raisonner au-delà du simple cadre local, et d'intégrer les enjeux climatiques dans toutes les politiques, qu'elles soient communales, régionales ou fédérales.
" La santé est un bon exemple, atteste Aurore Brunson. L'impact du climat est important dans ce domaine, on l'a encore vu récemment avec la canicule. Mais si on pense le problème en amont, quand on construit un hôpital par exemple, on sauve des vies." Et on économise de l'argent. Oui, oui : "Il y a des chiffres qui existent sur le bénéfice de l'adaptation : un euro investi maintenant, c'est 7 à 10 de sauvés à l'avenir. Je pense donc que c'est vraiment maintenant qu'il faut en prendre conscience. Et plus vite on le fera, moins ça nous coûtera cher. "
Crucke rêve d'un pays… sans ministre du Climat
Le ministre fédéral du Climat, Jean-Luc Crucke (Les Engagés), était présent pour la présentation du CERAC. Dans le cadre, singulier, du chantier des futurs locaux de l'administration communale de Limbourg, il a loué "la résilience" de Valérie Dejardin et de son équipe au moment des inondations. Et validé, sans y apporter de réponse budgétaire, la nécessité de voir chaque décision politique traversée, désormais, par la question du changement climatique : "Je rêve, a-t-il exprimé, qu'il n'y ait plus dans notre pays de ministre du Climat. Pas parce qu'on aurait contenu le changement climatique, mais parce chaque ministre aurait compris que le climat traverse chaque compétence."
Il a toutefois botté en touche lorsque la bourgmestre locale lui a suggéré la mise en place d'une structure supracommunale pour favoriser l'adaptation des communes à cette nouvelle donne, de sorte à ne pas voir l'inaction de l'une nuire à l'action d'une autre : " On peut déjà utiliser au mieux ce qui existe, comme le Comité de concertation. Mais ce qu'il faut, c'est que les communes communiquent mieux entre elles, et soient capables de se mettre autour d'une table", conclut-il.
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