"Chaque jour sans eau c’est plus de perte": les vignerons espèrent le retour de la pluie mais redoutent les grêlons

Des grappes de raisin calcinées après un incendie qui a touché le domaine "Les Cascades", le 22 août 2025, à Tournissan, dans l'Aude - Idriss Bigou-Gilles © 2019 AFP
Cette année 2026, le vignoble français est mis à rude épreuve. La canicule brûle les grappes. D'ici aux vendanges, les viticulteurs espèrent que les conditions météorologiques se stabiliseront afin de limiter les pertes, qu'ils estiment déjà, pour certains, entre 10 et 30% en moyenne.
Canicule, sécheresse, incendies… L’été 2026 a commencé sous un soleil de plomb. Et les vignes de France sont à la peine. Toutes les régions ont été touchées par trois vagues de chaleur intenses, ce qui risque d’amoindrir le rendement des parcelles viticoles. Partout, du Languedoc-Roussillon à la vallée de la Loire en passant par la Bourgogne, on attend de pied ferme la pluie - mais pas les grêlons.
"Les feuilles jaunissent et tombent, les raisins grillent, ça commence à devenir inquiétant", confie à BFM Thiébault Huber, viticulteur basé à Meursault, du côté des Côtes de Beaune. À date, le vigneron estime les pertes entre 10 et 20%. Pourtant, il n’a d’autre choix que de rester dans l’expectative. "Il faut de la pluie sans grêlons, puisque chaque jour sans eau, c’est plus de perte", poursuit-il.

Surtout, "plus les années passent, moins nos rendements sont normaux", affirme Thiébault Huber. "Nos charges nous coûtent de plus en plus cher et dans la région nous ne pouvons pas nous permettre de trop augmenter nos prix qui sont déjà élevés", ajoute le viticulteur. Chez lui, les bouteilles sont vendues en direct entre 22 et 85 euros.
Des pertes estimées de 20 à 30%
Selon ses prévisions, "on sera prêt pour les vendanges autour du 15 ou du 20 août". Soit avec au moins deux semaines d’avance par rapport aux années précédentes lors desquelles, la cueillette des raisins s’organisait plutôt entre le 30 août et le 15 septembre.
De son côté, Jean-Marie Fabre, président de la Fédération des vignerons indépendants de France, viticulteur à Fitou, dans le Languedoc-Roussillon, est lui aussi face à des pertes considérables. "Pour l’instant on estime les pertes entre 20 et 30%, mais il reste plusieurs semaines d’ici aux vendanges, prévues pour début août", nous explique-t-il.
Sa région est "une zone géographique qui vit de manière très marquée le dérèglement climatique et ses aléas, comme la sécheresse et les canicules", poursuit Jean-Marie Fabre. Et depuis plusieurs années, les hivers doux changent complètement le cycle de la plante avançant par là même les dates de récoltes.
Pourtant, cette année, Jean-Marie Fabre pensait avoir eu de la chance. "Du mois de décembre à la fin avril un niveau de pluviométrie très satisfaisant pour notre région, c’était rassurant et la vigne en a profité", rembobine le vigneron. "On pensait avoir une récolte conforme, de l’ordre de 40 hectolitres par hectare (soit environ 5.300 bouteilles par hectare, NDLR)".
"Mais depuis 90 jours, il n’y a pas eu une seule goutte d’eau, un manque auquel s’est ajouté un vent très fort et des canicules sévères. Pendant quinze jours nous avons parfois plus de 40°C dans la journée et des nuits jusqu’à 35°C", relate-t-il encore.
"Les quinze jours de canicule ont mis la plante en stress", rapporte Jean-Marie Fabre. Sur ses parcelles, le vigneron constate lui aussi des raisins brûlés. "Une grappe au soleil est exposée à une température pouvant atteindre 60°C et ça a un effet grille-pain, la baie s’assèche et ne produit plus de jus", explique-t-il. Par ailleurs, "pour survivre aux températures nocturnes la vigne se met en résistance et se bloque", stoppant ainsi le cycle de croissance du raisin.

Il espère que "les conditions météo inversent la tendance pour que la vigne respire". Mais rien n’est moins sûr. Désormais, les viticulteurs redoutent particulièrement la grêle qui achèverait de détruire la plante. Dans le Languedoc-Roussillon, des producteurs "ont perdu 30 à 40% de vendange uniquement par les conséquences des orages de grêle".
"Un millésime qu’on ne connaît pas"
Le plus important sera le goût du millésime 2026. Si dans le Languedoc-Roussillon, Jean-Marie Fabre assure que ses vins seront semblables à ses productions précédentes justement parce qu’il avance la date des récoltes, en Bourgogne, Thiébault Huber ne fait pas le même constat. Il l’affirme, tout comme les autres vignerons de la région, "on se pose beaucoup de questions sur la récolte de 2026."
"Sur le goût on va peut-être faire quelque chose d’inédit, même si pour l’instant on est circonspect. Ce sera probablement un millésime qu’on ne connaît pas", se projette le viticulteur bourguignon.
Pour autant, ni Jean-Marie Fabre, ni Thiébault Huber ne perdent totalement espoir. Selon le second, "il faut croire en la résilience de la nature et les vignerons se sont toujours adaptés".
Toujours est-il que "l’époque où l’aléa climatique était l’exception et pouvait être réglé avec un peu de résilience de l’entreprise, un peu d’accompagnement de l’État, les assurances est révolue", observe Jean-Marie Fabre. Et, ajoute-t-il, le vignoble français "est une entreprise à ciel ouvert qui subit les conséquences directes du dérèglement climatique".

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"Aujourd’hui, l’exception va être l’année sans aléa. Ceux-ci seront de plus en plus forts et récurrents et toucheront tous les vignobles", ajoute-t-il.
Pour pallier ces problématiques Jean-Marie Fabre préconise surtout "une politique d’investissement, plutôt que d’indemnisation qui est un puits sans fond". Il plaide pour "changer de paradigme et donner les moyens" aux viticulteurs de se "protéger physiquement de la grêle avec des filets, du gel, ou encore de la sécheresse avec des vignes résistantes et une meilleure gestion de l’eau".
De son côté, Thiébault Huber affirme que la solution est essentiellement technique, "il faut mettre des arbres dans les parcelles pour faire de l’ombre, se concentrer sur une nouvelle approche dans la gestion de l’eau, comme faire des stocks l’hiver, qui nous permettrait d’arroser en cas de sécheresse", énumère-t-il. Par ailleurs, le viticulteur plaide pour un changement d’approche quant au vin, qui "souffre d’une image élitiste" et appelle à consommer moins mais mieux.