midmed-news.com
  • 2026-07-16 19:15:00 +0000 UTC

    Jul 16, 2026

    Guêpes et ultrasons : pourquoi la DGCCRF surveille de très près ces boîtier

    Publié le 16/07/26 à 21h15

    Nos réseaux :

    Suivez-nous

    Ajoutez nous à vos favoris Google

    7

    Omniprésents sur les grandes plateformes, les boîtiers à ultrasons sont présentés comme une solution simple, durable et sans insecticide contre les guêpes. Pourtant, aucune étude indépendante publiée ne démontre leur efficacité sur ces insectes. Ces appareils ne sont pas spécifiquement interdits, mais leurs vendeurs doivent pouvoir justifier leurs promesses. Entre contrôles de la DGCCRF, nouvelles règles européennes contre le greenwashing et obligations renforcées des places de marché, c'est surtout leur marketing qui pourrait bientôt être contraint.

    Guêpes et ultrasons : pourquoi la DGCCRF surveille de très près ces boîtier

    © Shutterstock - Piqûres de guêpes

    Un petit boîtier blanc clignote discrètement dans la prise de la terrasse. Son propriétaire en est convaincu : depuis qu'il l'a branché, les guêpes semblent moins nombreuses autour de la table. Mais leur présence varie naturellement avec la météo, la saison, l'heure et les aliments disponibles. Le biais de confirmation peut alors faire le reste : après avoir acheté l'appareil, l'utilisateur attribue plus volontiers au boîtier toute accalmie observée. Une impression positive n'est pourtant pas une preuve d'efficacité. Et ce sont désormais les promesses affichées sur les fiches produits qui intéressent les autorités.

    Une efficacité jamais démontrée contre les guêpes

    Il faut commencer par une nuance essentielle : les recherches publiées sur les répulsifs ultrasoniques concernent surtout d'autres nuisibles, et non les guêpes communes du genre Vespula. À ce jour, aucune étude indépendante identifiable ne montre qu'un boîtier grand public, utilisé aux fréquences et aux puissances annoncées par les vendeurs, éloigne durablement les guêpes d'une terrasse, d'une piscine ou d'une habitation.

    Une étude publiée en 2021 dans la revue Insects a ainsi testé neuf dispositifs commerciaux sur une espèce très différente : la tique australienne Ixodes holocyclus. La répulsion mesurée n'a jamais dépassé 19,5 %, un niveau jugé insuffisant par les auteurs pour prévenir les morsures. Des travaux plus anciens menés sur des puces, des tiques et des cafards n'avaient pas davantage constaté d'effet utile. Ces résultats ne permettent pas de transposer mécaniquement la conclusion à toutes les espèces d'insectes. Ils montrent en revanche un décalage récurrent entre les promesses très larges des fabricants et les données expérimentales disponibles.

    Le fonctionnement sensoriel des guêpes ne permet pas non plus de valider ces produits par simple raisonnement biologique. Ces insectes perçoivent des vibrations grâce à des organes mécanosensoriels. Mais aucune publication robuste ne démontre que les ultrasons aériens émis par ces boîtiers déclenchent chez eux une réaction d'évitement suffisamment forte et durable. La conclusion rigoureuse n'est donc pas que les guêpes sont absolument incapables de percevoir le moindre signal : c'est que l'effet répulsif revendiqué n'a pas été établi.

    guêpe

    © Shutterstock

    Les avis clients ne changent rien à ce constat. Une diminution ponctuelle du nombre de guêpes peut avoir de multiples causes, et un témoignage ne permet ni d'isoler l'effet de l'appareil ni d'écarter un effet placebo ou un biais de confirmation. Pour prouver une efficacité, il faudrait comparer dans des conditions identiques des zones équipées et non équipées, mesurer la fréquentation avant et après l'activation, et reproduire les résultats.

    Ces appareils se trouvent par ailleurs dans une situation réglementaire particulière. Le règlement européen sur les produits biocides vise les substances ou mélanges destinés à repousser ou combattre les organismes nuisibles, mais exclut en principe les produits dont l'action est purement physique ou mécanique. Un boîtier revendiquant uniquement une émission d'ultrasons n'est donc généralement pas soumis à l'autorisation préalable exigée pour un répulsif chimique. Il n'échappe pas pour autant à tout contrôle : il reste soumis aux règles de sécurité des produits, aux normes applicables aux appareils électriques et, surtout, au droit de la consommation.

    Des promesses qui doivent être prouvées

    En France, les articles L. 121-2 et L. 121-3 du Code de la consommation qualifient de trompeuse une pratique qui repose sur des indications fausses ou susceptibles d'induire en erreur sur les qualités, les propriétés ou les résultats attendus d'un produit. L'absence d'une étude indépendante ne transforme pas automatiquement une publicité en infraction. En revanche, un vendeur qui affirme qu'un appareil "éloigne les guêpes", "protège 100 m²" ou réduit leur présence selon un pourcentage précis doit pouvoir étayer ces affirmations par des éléments suffisamment solides.

    La même prudence s'impose pour les arguments environnementaux. Présenter un boîtier comme "écologique" ou "respectueux de l'environnement" ne découle pas automatiquement du seul fait qu'il fonctionne sans insecticide. Sa fabrication, sa consommation électrique, sa durée de vie et sa fin de vie entrent aussi dans le bilan. La mention « sans produits chimiques » peut décrire son principe de fonctionnement, mais elle ne doit pas être utilisée pour suggérer sans preuve une supériorité environnementale globale.

    La DGCCRF a renforcé ses contrôles sur ce terrain. En 2023 et 2024, elle a inspecté plus de 3 000 établissements utilisant des allégations environnementales. Plus de 15 % des professionnels contrôlés présentaient des manquements graves, qui ont donné lieu à plus de 430 injonctions de mise en conformité et à plus de 70 amendes administratives ou procédures pénales. Ces chiffres couvrent de nombreux secteurs et ne concernent pas spécifiquement les répulsifs ultrasoniques, mais ils témoignent d'une surveillance accrue des promesses "vertes".

    Les sanctions prévues pour une pratique commerciale trompeuse sont lourdes. L'infraction est punie de deux ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende. Le montant peut être porté à 10 % du chiffre d'affaires annuel moyen ou à 50 % des dépenses consacrées à la publicité litigieuse, ce dernier taux pouvant atteindre 80 % pour certaines allégations environnementales. Lorsque la pratique est commise au moyen d'un service de communication en ligne ou d'un support numérique, les peines maximales sont portées à cinq ans d'emprisonnement et à 750 000 euros d'amende.

    L'amende transactionnelle de 40 millions d'euros acceptée par SHEIN en juillet 2025 a montré que ces règles ne sont pas purement théoriques. La sanction concernait principalement des réductions de prix trompeuses, mais également des allégations environnementales qui n'étaient pas suffisamment justifiées. Elle ne préjuge pas du sort des boîtiers anti-guêpes, mais elle illustre le risque pris par les vendeurs et les plateformes lorsque des promesses commerciales ne peuvent pas être démontrées.

    Europe et plateformes : une pression accrue, pas une interdiction

    La directive européenne 2024/825, dite Empowering Consumers for the Green Transition, va encore renforcer l'encadrement des arguments environnementaux. Publiée le 6 mars 2024, elle devait être transposée dans les droits nationaux avant le 27 mars 2026, pour une application des nouvelles règles à partir du 27 septembre 2026. À la mi-juillet 2026, aucune mesure française de transposition n'apparaissait encore dans la base officielle EUR-Lex.

    Le texte vise les allégations environnementales génériques telles que "écologique", "vert" ou "respectueux de l'environnement". Elles seront interdites lorsqu'une excellente performance environnementale reconnue et pertinente pour l'allégation ne peut pas être démontrée. Cela ne signifie pas qu'une simple certification quelconque suffira, ni que toute mention « sans produits chimiques » deviendra automatiquement illégale. Les affirmations devront être précises, vérifiables et ne pas donner au consommateur une impression globale trompeuse.

    guêpes sur melon

    © Shutterstock / Serhii Hrebeniuk

    Le règlement sur les services numériques, ou DSA, renforce parallèlement les obligations des places de marché. Celles-ci doivent recueillir et vérifier au mieux certaines informations sur l'identité des vendeurs, concevoir leurs interfaces pour permettre l'affichage des informations réglementaires et effectuer des contrôles aléatoires dans les bases officielles recensant des produits déclarés illégaux. Lorsqu'elles apprennent qu'un produit illégal a été vendu, elles doivent aussi informer les acheteurs concernés lorsqu'elles disposent de leurs coordonnées.

    Le DSA ne leur impose toutefois pas de tester elles-mêmes l'efficacité scientifique de chaque produit avant sa mise en ligne. Il n'existe pas d'obligation générale de surveiller toutes les annonces ou de rechercher activement chaque information trompeuse. De même, les règles européennes sur les avis clients ne contraignent pas une plateforme à garantir l'authenticité absolue de chaque commentaire : elles lui imposent d'expliquer si et comment les avis sont vérifiés et lui interdisent de les présenter comme provenant d'acheteurs réels sans avoir pris de mesures raisonnables pour s'en assurer.

    Le changement est donc plus progressif qu'une interdiction générale. Une plateforme qui reçoit des signalements étayés, constate des promesses manifestement infondées ou est saisie par une autorité aura davantage de raisons d'exiger une modification de la fiche produit, de suspendre un vendeur ou de retirer une annonce. Mais aucune donnée publique ne permet aujourd'hui d'affirmer que les déréférencements de répulsifs anti-guêpes se multiplient déjà.

    Les jours de ces boîtiers ne sont donc pas nécessairement comptés. Ce qui paraît beaucoup plus fragile, ce sont les formulations "solution miracle", "efficacité garantie", "protection de toute la maison" ou "produit écologique" lorsqu'elles ne reposent sur aucune preuve vérifiable. Les appareils pourront sans doute continuer à être proposés ; leurs vendeurs auront de plus en plus de mal à les présenter comme une solution éprouvée.

    Suivez toute l'actualité des Numériques sur Google Actualités et sur la chaîne WhatsApp des Numériques

    Envie de faire encore plus d'économies ? Découvrez nos codes promo sélectionnés pour vous.

    2026-07-16 19:15:00 +0000 UTC