Zazie : "Le monde est instable et nous, on est fragiles"

Avec son nouvel album "Volatil", Zazie regarde notre époque sans chercher à lui donner de leçon. La chanteuse revient sur ce qui nourrit son écriture, entre fragilité, questionnements et besoin de comprendre le monde qui l’entoure.

Avec Volatil, écrit sans « e » pour le clin d’œil chimique, Zazie explore les failles d’une époque en perpétuel mouvement. Son constat tient en une phrase : « le monde est instable et nous, on est fragiles ». Mais pour la chanteuse, l’instabilité n’est pas que négative : « il y a du mouvement, donc ce n’est pas complètement mauvais ». Elle ne cherche pas pour autant à donner des leçons. Son travail d’auteur consiste à jouer avec les codes de l’écriture : « Ça, c’est la langue française qui nous permet de dire un 'je' qui n’est pas forcément un 'je' vécu, mais qui part d’une espèce d’honnêteté quand même pour les gens. »

Une ordonnance pour un monde à la dérive

Son nouvel album prend la forme d’une « ordonnance », un mot qui plaît à la chanteuse pour son double sens. Médical, mais aussi politique, avec l’idée d’« ordonner un éloignement » quand quelqu’un est toxique. Elle ne prétend pas apporter de solution : « je pense que la bonne question à se poser ou oser l’honnêteté de la question, est déjà un élément de réponse ». Ce qui l’intéresse, au-delà des injonctions politiques, c’est « le vivre ensemble. C’est la difficulté du respect de l’autre. C’est l’altérité. »

Cette façon de questionner traverse sa chanson « Y’a plus d'saisons », où Zazie part de l’horreur vécue par Gisèle Pelicot et de « l’homme et le sauvage en lui », jusqu’à la nature qu’il malmène. L’idée lui est venue de rapprocher le « contre nature » de la nature : « comment parler de la barbarie avec une sorte d’esthétique ». Elle passe alors par la littérature et la réflexion pour évoquer l’emprise, qui s’installe comme « une fuite d’où on ne sait pas trop par où elle passe », avant de faire le parallèle avec le dérèglement climatique : « après nous le déluge. Ben là le déluge il est là ». La chanson était pourtant terminée avant « cet été extrêmement traumatisant », marqué par les pluies torrentielles, les canicules et les incendies.

Une enfance en décalage, creuset de sa vocation artistique

Pour Zazie, l'écriture est née d'une enfance à contretemps. Chez elle, pas de télévision, un manque qui, à l'école, la met à l'écart des conversations des autres. Ayant sauté des classes, elle a en plus un an et demi d'avance et se sent encore plus larguée : « Je faisais un mètre douze avec des gens qui commençaient à être un peu formés. » Elle cherche alors sa place dans la cour comme elle peut : « Je passais mon temps à vouloir séduire parce que à me faire aimer, à me faire une espèce de pseudo place que je n'avais pas. »

Cette période a un double visage, entre l'échec, le harcèlement, les traumatismes de l'école et un monde intérieur qui s'emballe : « Beaucoup, beaucoup d'échecs et de tristesse même, une forme de harcèlement, et puis de l'autre un imaginaire complètement débridé. » Privée de télévision, avec du temps devant elle et nourrie par les frustrations de l'école, elle se réfugie dans cet imaginaire : « Le temps de l'imaginaire que je trouvais aussi complètement génial, et je pense que c'est aussi une des raisons pour laquelle j'ai commencé à faire des textes. » La musique lui permettait de dire l'indicible.

Pour découvrir les injonctions sexistes auxquelles Zazie a été confrontée à ses débuts, la suite est à écouter...