Youtube revendique 1,1 milliard d’euros de contribution à l’économie française: de youtubeurs à chefs d’entreprise, les créateurs changent d’échelle

Youtube revendique 1,1 milliard d’euros de contribution à l’économie française: de youtubeurs à chefs d’entreprise, les créateurs changent d’échelle

Publié aujourd'hui à 20h14

Lire dans l'app

Les youtubeurs ne se contentent plus de publier des vidéos. Ils recrutent, montent des studios et produisent des formats dignes de la télévision. Selon l'Impact Report de Youtube, la plateforme de Google a contribué à hauteur de plus de 1,1 milliard d’euros au PIB français en 2025.

"C’est devenu un métier, donc, en 2017, de regarder des jeux vidéo et de les commenter. Est-ce que manger des pizzas, c’est devenu un métier?" Difficile d'oublier la phrase de Thierry Ardisson, prononcée sur le plateau de Salut les Terriens devant le youtubeur Squeezie.

Près de dix ans plus tard, la donne a changé. Le vidéaste amateur est devenu chef d'entreprise. Sur sa chaîne suivie par 20 millions d'abonnés, le créateur de contenu multiplie les émissions de divertissement digne du petit écran. Lucas Hauchard, de son vrai nom, a également lancé deux marques de boissons. Surtout, il a créé en 2020 Bump, une agence de gestion de talents qui représente plus de 60 créateurs, dont McFly et Carlito ou encore Maghla, et plus de 300 marques.

Tous les soirs dans Le Titre à la Une, découvrez ce qui se cache derrière les gros titres. Zacharie Legros vous raconte une histoire, un récit de vie, avec aussi le témoignage intime de celles et ceux qui font l'actualité.

GP Explorer 3: comment Squeezie a révolutionné YouTube et le sport automobile

16:09

Squeezie est loin d'être une exception. En quelques années, certains créateurs Youtube ont monté des entreprises, recrutées des équipes et structuré leur activité bien au-delà de leur propre chaîne. Derrière les vidéos se dessinent désormais des sociétés avec des bureaux, des studios, des salariés et des budgets de production parfois considérables.

"Une accélération"

Le secteur reste très hétérogène. Si certains des influenceurs adorent les tutos maquillage, d'autres excellent en crochet tandis que des vidéastes multiplient les défis sportifs. Mais une partie de ces créateurs s'est professionnalisée.

"Au départ, ces créateurs lançaient leurs vidéos depuis leur chambre. Peu à peu, ils ont développé leur activité, nouée des collaborations entre eux, puis commencé à recruter et à s’organiser autour de véritables structures, avec des bureaux et des studios", nous raconte Justine Ryst, directrice générale de Youtube France.

Une évolution qui s’est accélérée ces deux ou trois dernières années, selon la dirigeante. "Je pense qu’il n’y a pas forcément eu de moment pivot, mais il y a eu une accélération."

Selon l'Impact Report 2025, dévoilé à l’occasion du Youtube Festival ce 13 octobre, l’écosystème créatif de la plateforme a contribué à hauteur de plus de 1,1 milliard d’euros au PIB français en 2025 et soutenu plus de 27.000 emplois en équivalent temps plein.

Il suffit de regarder les projets de certains créateurs pour mesurer le chemin parcouru. En septembre 2024, Inoxtag publie Kaizen, un documentaire de près de deux heures et demie sur sa préparation à l’ascension de l’Everest. Le film passe d’abord par les salles de cinéma, où il attire quelque 340.000 spectateurs lors des avant-premières, avant d’être mis en ligne sur Youtube. En moins de 48 heures, il dépasse les 17 millions de vues sur la plateforme.

Au-delà de l'écran Youtube

"Kaizen a été un vrai marqueur de l’émancipation des créateurs au cinéma ou à la télé, au-delà de l’écran Youtube", note la patronne de Youtube France.

Même constat pour Michou, qui a diffusé en septembre 2025, au cinéma, le premier épisode de Terminal, sa série Youtube. Dans ces quatre épisodes dignes d'une production hollywoodienne, seize créateurs de contenus s'affrontent en duo dans une chasse à l'homme grandeur nature. Coût du projet de quatre épisodes? Un million d'euros. Un montant ventilé entre les 90 caméras, l'équipe de 150 personnes ou le terrain de 50 hectares loué pour 48 heures de tournage en continu.

"Terminal": la vraie-fausse série Youtube de Michou peut-elle bousculer les plateformes de streaming?

"Terminal": la vraie-fausse série Youtube de Michou peut-elle bousculer les plateformes de streaming?

29:10

Car ces productions changent aussi les règles du jeu en coulisses. Il faut financer les tournages, mobiliser des équipes, organiser la logistique et préparer la diffusion. Des professionnels, salariés ou prestataires, interviennent pour écrire, monter ou commercialiser les productions. Derrière HugoDécrypte, on trouve par exemple une entreprise employant 25 personnes dont une dizaine de journalistes. Des "stratèges" se sont même fait une place, chargés d’optimiser les titres, les miniatures et les formats pour attirer les spectateurs.

Du Bercy de Lena Situations au pop-up store d'Andie Ella à la Samaritaine, les créateurs ont largement débordé de Youtube. Ils investissent l’événementiel, multiplient les projets hors ligne et s’affranchissent peu à peu de leur écran d’origine. Mais leur quartier général reste le même. "Leur maison, leur fil rouge de création et leur point de ralliement avec leur communauté, ça continue d’être Youtube", souligne Justine Ryst.

La plateforme a d’ailleurs changé de place dans les habitudes de consommation vidéo. En France, les utilisateurs y passent en moyenne 55 minutes par jour, toutes tranches d’âge confondues, selon les données de la plateforme. Et le téléviseur, que l’on disait condamné face aux nouveaux usages, s’impose comme un écran de choix. Plus de la moitié des 100 premiers créateurs français sont davantage regardés sur un téléviseur que sur les autres écrans.

40% des vues d'une vidéo arrivent... un mois après

Reste que les coûts d’une entreprise ne s’arrêtent pas quand une vidéo fait moins de vues. Salaires, matériel et préparation des tournages imposent des dépenses régulières, alors que les recettes peuvent varier selon les audiences, la publicité et les contrats avec les marques.

Pour financer ces structures, les créateurs peuvent s’appuyer sur plusieurs sources de revenus. "Il existe plus de 12 manières de monétiser sur Youtube", avance Justine Ryst, qui cite notamment les revenus publicitaires, les abonnements et, bientôt, l'arrivée de Youtube shopping. Les partenariats commerciaux constituent un autre pilier. "Lorsqu’un créateur collabore avec une marque, nous ne prélevons aucune commission. L'intégralité des revenus lui revient", précise-t-elle.

La durée de vie des contenus peut également jouer en faveur des créateurs. Selon les données internes de Youtube, 40% des vues d’une vidéo arrivent plus d’un mois après sa publication. Une vidéo peut donc continuer à attirer des spectateurs alors que l’équipe travaille déjà sur les projets suivants. Mais cette audience prolongée ne garantit pas, à elle seule, que les recettes couvriront les coûts de production.

Les financements publics restent par ailleurs un sujet de préoccupation pour les professionnels interrogés dans le cadre de la consultation de créateurs présentée par Youtube. 60% des sondés estiment recevoir trop peu, voire aucune aide pour accéder aux subventions et aux financements publics, tandis que 65% jugent insuffisant le soutien à leur représentation auprès des pouvoirs publics.

De la place pour tout le monde

Pour autant, cette montée en puissance n’oblige pas tous les créateurs à se lancer dans la course aux productions à plusieurs centaines de milliers d’euros.

"Toutes les formes de création coexistent sur la plateforme, des plus sophistiquées aux plus simples", rappelle Justine Ryst.

C'est par exemple le cas de McFly et Carlito, revenus après une pause avec des formats moins lourds à produire, ou Léna Situations, capable d’alterner entre les tapis rouges et des vidéos tournées au téléphone. La patronne de Youtube l'assure: malgré les plus de 10 millions d’heures de contenu mises en ligne par les chaînes françaises depuis janvier dernier, il est encore possible de se lancer et d'émerger sur la plateforme de Google.

"La clé, c’est de se concentrer sur ce que vous voulez partager, de trouver sa grammaire et de tester les formats", conseille-t-elle, tout en rappelant que le lancement des Shorts a notamment permis à de nouveaux créateurs de se faire connaître avant de se tourner vers des formats plus longs.

Reste ensuite à transformer le succès d’une chaîne en un modèle économique viable. Mais près de dix ans après la sortie de Thierry Ardisson sur Squeezie, les créateurs ont gagné une bataille: celle de leur légitimité. Gaspard G travaille avec TF1, Juju Fitcats avec M6. Squeezie a vendu les droits mondiaux de son concept "Qui réussira à stopper le train" à Banijay. Commenter des jeux vidéo est bien devenu un métier. Et même un métier que les chaînes s’arrachent.

Sujets liés :