VRAI OU FAUX. Donald Trump veut-il vraiment coloniser le Venezuela ? Ce que cache son grand deal pétrolier

l'essentiel Donald Trump entend prendre le contrôle d’une partie des ressources pétrolières du Venezuela. Une stratégie qui renforce considérablement la tutelle américaine sur Caracas et ravive la doctrine Monroe.

Colonisation. Le mot est fort, mais il s’impose dans les débats autour du "plus grand deal de l'histoire du pétrole" entre Donald Trump et le Venezuela. Après la chute et l'arrestation par les Américains de Nicolás Maduro et l’installation d’un pouvoir provisoire à Caracas, Washington entend désormais peser directement sur l’exploitation des immenses réserves pétrolières du pays.

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Cet accord historique devrait permettre aux États-Unis de prendre le contrôle majoritaire de l'équivalent de 65 milliards de barils de pétrole brut, soit environ 20 % des réserves du pays. Du jamais-vu dans l'histoire américaine, souligne la politologue Nicole Bacharan. "En 1945, lorsque Franklin Roosevelt et le roi d'Arabie saoudite avaient conclu le pacte du Quincy, les États-Unis n'ont jamais été propriétaires des champs de pétrole. Le royaume autorisait l'accès aux compagnies américaines contre la garantie d'une sécurité mais en restait tout de même le souverain."

Le retour en force de la doctrine Monroe

La réalité politique qui se dessine au Venezuela lui paraît néanmoins particulièrement préoccupante. Washington exerce déjà une influence considérable sur le pouvoir installé à Caracas, depuis que le sort de Nicolás Maduro reste entouré de zones d’ombre. "On sait juste qu'il est dans une prison de haute sécurité sans perspective de procès. Et il n'est question ni d'élections ni de référendum pour asseoir la légitimité politique de la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, estime Nicole Bacharan. Elle est là en tant que seconde de Maduro après des élections que l'on dit truquées. Donc oui, le Venezuela prend une espèce de statut colonial, sans souveraineté."

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Plus qu'un intérêt économique, le pétrole constitue un moyen de renforcer la dépendance du Venezuela vis-à-vis des États-Unis. Pour la politologue, il s'agit ni plus ni moins d'une application directe et exacerbée de la doctrine Monroe, qui condamne depuis 1823 toute nouvelle intervention ou colonisation européenne sur le continent américain. "Reprendre pied au Venezuela permettrait à Washington de réduire l’influence de Pékin et de Moscou dans un pays stratégique, tout en sécurisant une ressource énergétique considérable", affirme-t-elle.

La revue du Grand Continent relevait justement que la fiche publiée par la Maison-Blanche le 31 août au sujet de cet accord comportait un chapitre intitulé : "Réaffirmation de la doctrine Monroe et expulsion des rivaux étrangers de notre hémisphère". Une question (rhétorique) se pose : "Avons-nous déjà vu un accord de ce type depuis la fin du colonialisme ?" interrogent nos confrères.

Un projet qui inquiète les pétroliers américains ?

Paradoxalement, les grandes compagnies pétrolières américaines ne seraient pas particulièrement enthousiastes à l’idée de se lancer dans cette aventure. Elles ont déjà été échaudées par les nationalisations vénézuéliennes et savent que "remettre sur pied" l’industrie pétrolière du pays nécessitera des investissements considérables, estime Nicole Bacharan. "Donald Trump a récemment convoqué les dirigeants du secteur pour leur intimider l'ordre de revenir massivement et d'investir. Lui qui n'a cessé de les désigner comme coupables dès que le prix du carburant montait à la pompe, en feignant d'oublier que les cours sont fixés par le marché mondial."

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D'autant que les pétroliers savent que l'or noir n'est plus la seule énergie d'avenir et consacrent aujourd'hui une part importante de leurs budgets à la recherche et au développement des énergies alternatives. "L'exécution d'un tel plan reste donc incertaine, même si l'initiative politique demeure sans précédent", conclut Nicole Bacharan.