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  • 2026-08-10 17:36:00 +0000 UTC

    Aug 10, 2026

    "Vous êtes sûr que vous n’avez pas peur de dire la vérité au tribunal ?" : huit prévenus et une semaine d’audience pour un trafic de drogues hors normes

    Depuis lundi 10 août, le tribunal correctionnel d’Alès juge un vaste réseau de trafic de stupéfiants impliquant huit prévenus. L’enquête, initialement axée sur un projet d’attentat, a révélé des trajets réguliers entre les Pays-Bas, l’Espagne et la France, et la saisie, lors de l’opération d’interpellations, près de Montpellier, sur l’A9, de 16,220 kg de cocaïne.

    Huit prévenus, dont trois en détention provisoire, parfois depuis plus de deux ans, et d’autres qui l’ont été avant d’être placés sous contrôle judiciaire. La présence d’agents de l’équipe régionale d’intervention et de sécurité (Eris), soit l’unité d’élite de l’administration pénitentiaire, en sus. Un important dossier de trafic de produits stupéfiants occupe le tribunal correctionnel d’Alès depuis ce lundi 10 août, et pour toute la semaine.

    L’affaire débute fin septembre 2022, lorsque les gendarmes du Gard sont informés d’un projet d’attentat qu’un habitant de Lézan, décrit comme salafiste, préparerait pour le 11 novembre. Mais, rapidement, l’enquête bascule et s’oriente vers les stups ; une information judiciaire est ouverte. Comme le décrit Vincent Edel, le président de l’audience, surveillances, géolocalisations et écoutes téléphoniques s’enchaînent. Il est question de cocaïne, cannabis et drogues de synthèse, d’approvisionnement de "rave-parties" dans le Tarn, le Var et l’Aveyron, de 25 trajets entre les Pays-Bas et Ners, commune située au sud d’Alès, et de sept autres entre l’Espagne et Ners, depuis l’ouverture de l’instruction et la fin mars 2024.

    Des agents de l’Eris, l’élite de la pénitentiaire, sont présents au palais de justice d’Alès.
    Des agents de l’Eris, l’élite de la pénitentiaire, sont présents au palais de justice d’Alès. Midi Libre - CHARLES LEDUC

    Le 28 mars 2024, justement, une opération d’interpellations est menée. Dans la soirée, sur l’A9, près de Montpellier, les forces de l’ordre stoppent une voiture venant de Cordoue, en Espagne. À son bord, elles découvrent, dans des caches situées dans les ailes arrière, 14 pains de cocaïne, pure à 99 %, pour un poids total de 16,220 kg. Jusque dans la nuit, voire les jours suivants, d’autres arrestations sont entreprises… S’ensuivront des saisies immobilières, de véhicules et de comptes bancaires. Lors des auditions, comme durant l’enquête de gendarmerie, il est souvent question du "barbu"…

    Une histoire de barbu d’ici et de "barbu de là-haut"

    En ouverture du procès, Me Gonzague Perier soulève des conclusions d’irrégularités de l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel et en profite pour dire que son client, barbu et suspecté, après avoir été dénoncé comme fomentateur présumé d’un attentat, d’être le donneur d’ordre du réseau, "crie son innocence". Celui-ci, qui est âgé de 39 ans, surveillé par l’Eris et à l’isolement à Béziers, est calme dans le box. Vêtu d’un T-shirt blanc et caressant souvent sa longue barbe, il lance juste régulièrement des regards et des sourires à ses proches assis dans la salle d’audience. Il écoute, parfois négligemment, les dépositions de ses co-prévenus.

    Des agents de l’Eris, l’élite de la pénitentiaire, sont présents au palais de justice d’Alès.
    Des agents de l’Eris, l’élite de la pénitentiaire, sont présents au palais de justice d’Alès. Midi Libre - CHARLES LEDUC

    Un Nersois de 60 ans est le premier appelé à la barre. Il a déjà passé 18 mois en prison et conduisait la voiture porteuse le 28 mars 2024. Il reconnaît plusieurs trajets entre chez lui et l’étranger, "pour se faire un peu d’argent". Le "barbu" du box, il dit le connaître parce qu’il avait ses chevaux en pension chez lui, mais, insiste-t-il, il ne s’agit pas du "barbu" de cette affaire de stups. Il parle d’un autre qu’il appelle "le barbu de là-haut", en référence à un éventuel individu des Pays-Bas. "On voit une organisation assez bien rodée", note le président Edel. "Bien cloisonnée" pour éviter les contacts entre protagonistes.

    La pression est mise sur ce sexagénaire, de plus en plus mal à l’aise, mais dont le positionnement ne varie pas. "Moyennement convaincante cette histoire", lui balance Quentin Larroque, le substitut du procureur de la République, avant de lui demander s’il a "peur". À la réponse négative, le parquetier réplique que "c’est curieux, car dans les conversations interceptées, vous avez bien conscience qu’il ne faut pas balancer. Vous êtes sûr que vous n’avez pas peur de dire la vérité au tribunal ?" Il assure mollement que "non".

    Il nie être un "achemineur", son avocat le tacle

    On en reste là, avant d’entendre un ex-teufeur de 29 ans, suspecté d’avoir conduit la voiture chargée de stups de Ners jusque chez la nourrice, un habitant de Lézan âgé de 42 ans, incarcéré depuis le coup de filet de mars 2024, qui comme lui habitait à Lézan. Le jeune homme, qui a passé un an derrière les barreaux, nie toute implication dans le trafic de stups, martèle qu’il récupérait la voiture pour effectuer des travaux de mécanique : "Je ne suis pas un achemineur !" Les éléments contre lui sont, dit-il, "une coïncidence"; le président lui répond que "chez nous, on appelle ça des indices". Son avocat, Me Marc Gallix, siffle la fin de la récréation : "Je ne partage pas la position de mon client. Je ne vais pas plaider la relaxe, mais la culpabilité. Et vous donner des éléments pour définir une peine." Car ce mis en cause a tiré un trait sur son passé et s’est réinséré depuis. Aussi, ajoute le conseil, "parce que je ne vais pas me rendre ridicule".

    Deux autres auditions de prévenus ponctuent l’après-midi. L’instruction de cette affaire se poursuit dans la matinée de ce mardi 11 août. Avec, notamment, celle du "barbu" suspecté.

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