Vosges. Huit ans de prison pour le chef de trafic international de migrants qui s’était installé à Épinal
« C’est le chef de réseau de criminalité organisée le plus important qu’on n’a jamais jugé à Épinal. » Par ces mots, le substitut du procureur Jean-Emmanuel Besset dresse un profil très inquiétant de Fadi Dalloul. Cet homme de 36 ans qui comparaît dans le box des accusés ce jeudi est en effet soupçonné d’avoir été à la tête d’un vaste réseau de passage de migrants syriens qu’il gérait notamment à distance, depuis qu’il s’était installé à Épinal en 2023.
Un réseau pour le moins singulier puisque ces ressortissants gagnaient la France en entrant tout d’abord au Venezuela, avant de passer par le Brésil pour ensuite arriver en Guyane française. A priori, un passage efficace puisque les délais de traitement pour les demandes d’asile étaient plus courts qu’en France métropolitaine.
Agence de voyages fictive
Ce sont d’ailleurs les autorités brésiliennes qui ont mené les premières investigations ayant permis de mettre à jour ce réseau de grande ampleur selon la justice française. « C’était un réseau structurant qui permettait de passer entre trois et cinq frontières et qui s’appuyait sur de nombreux contacts dans les ambassades (notamment celle du Venezuela en Syrie), des fonctionnaires qu’il fallait soudoyer et des chauffeurs pour le transport », argumente le représentant du parquet, précisant que 400 à 600 Syriens auraient ainsi rejoint la France entre 2021 et 2024.
« C’est probablement la plus grosse filière d’immigration syrienne en France », ajoute le substitut, mettant ensuite l’accent sur la probable grande quantité d’argent brassée par Fadi Dalloul qui demandait un peu moins de 1 000 € pour faire passer chaque réfugié. Sauf que la Justice française n’a pas pu faire main basse sur cet argent puisqu’il pourrait se trouver dans une banque vénézuélienne, mais aussi dans trois banques brésiliennes « considérées comme spécialisées dans le blanchiment d’argent. »
Le prévenu, lui, se défend d’avoir été à la tête d’un tel réseau. S’il assume une partie des faits qui lui sont reprochés, il affirme qu’il a surtout agi pour venir en aide auprès de ces gens, essentiellement issus de la communauté Druze, qui cherchaient à fuir le régiment dictatorial de Bachar el-Assad. Tout cela par le biais d’une agence de voyages fictive qu’il avait monté et qui faisait venir par avion les ressortissants syriens jusqu’au Venezuela.
« Des familles qui fuient la guerre en Syrie »
Sauf que ces arrivées sur le territoire vénézuélien ne pouvaient pas se faire sans quelques conditions sine qua non, comme l’a expliqué la présidente du tribunal. En effet, il fallait d’abord obtenir une attestation d’accueil pour se rendre au Venezuela mais aussi des validations de documents afin de franchir les frontières. Les juges ont également mis en exergue toute la logistique qu’il fallait mettre en branle comme les trajets en voitures sur des centaines de kilomètres et les réservations d’hôtels sur le parcours qui les menaient jusqu’en Guyane. Et tout cela était proposé par le prévenu sous forme de « package », visa compris !
Le substitut du procureur Jean-Emmanuel Besset. Photo d’archives Eric Thiébaut
« Le prévenu a tiré profit d’une situation de détresse totale pour s’enrichir », attaque à nouveau le substitut. Ce à quoi l’avocat de la défense, Maître Elliot Bergesol, rétorque immédiatement. « On parle avant tout de réfugiés ! Ce sont des familles qui fuient la guerre en Syrie », lance la robe noire, ajoutant que « rien dans la procédure dit que mon client a des contacts diplomatiques privilégiés. » Et de rebondir sur les accusations de corruption auprès de fonctionnaires : « Les autorités brésiliennes ne l’ont pas pointé du doigt pour ces faits. »
Après une délibération très brève, les juges ont suivi en grande partie les réquisitions du parquet. Fadi Dalloul a été condamné à huit ans de prison ferme et 400 000 € d’amende. Le tribunal a également prononcé une interdiction de séjour définitive du territoire français.