Voir débouler les enfants de stars sur les écrans a le don d'en énerver plus d'un: "C'est étrange"
À l'origine, il n'était question que de religion : c'est au Vatican, pendant la renaissance, que le népotisme fut, pour la première fois, défini. Les papes, célibat sacerdotal oblige, ne pouvant avoir d'enfants, il était courant qu'ils nomment leurs neveux (du latin nepos, qui signifie petit-fils puis neveu, par extension) à des postes stratégiques au sein de l'Église. Au XVIIe siècle, le mot s'enracine dans la langue française et, de nos jours, le Robert le définit comme tel : "Abus qu'une personne en place fait de son influence en faveur de sa famille, de ses amis".
Toutes les professions, tous les milieux sont concernés – avocats, juges, professeurs, artisans -, comme le souligne une étude de la fondation britannique Debrett, qui œuvre à l'intégration des jeunes issus de milieux défavorisés. Selon elle, sept jeunes sur dix âgés de 16 à 25 ans utilisent les relations familiales pour obtenir leur premier emploi.
"Après le 11 septembre, mon institutrice s'est dit qu'il fallait parler à mes parents. Quelque chose avait changé en moi"Le népotisme est donc partout, les "nepo babies" (terme apparu au début des années 2000) ne sont pas nés de la dernière pluie, mais, à l'heure des réseaux sociaux et compte tenu de la caisse de résonance que représente Hollywood, les "fils et filles de" passent désormais nettement moins sous les radars.
Certains acteurs et actrices, réalisateurs ou réalisatrices, ont toutefois choisi de changer de patronyme et de se débarrasser de leur encombrant fardeau. C'est le cas de Malia Ann, qui a choisi ce nom pour signer ses courts métrages. À la ville, elle s'appelle Malia Ann… Obama. Et c'est la fille aînée de l'ancien président. Destry Allyn a fait exactement le même choix. Et, pour cause, sa maman s'appelle Kate Capshaw et son papa Steven Spielberg. Ses deux prénoms accolés lui servent de bouclier d'indépendance et d'anonymat. Parmi "les fils et filles de", on citera encore Nicolas Cage, né Coppola, ou Angelina Jolie, née Voight. Comme Jon Voight, acteur et ambassadeur d'Hollywood auprès de la Maison Blanche et fervent supporter de Trump (la double peine, donc, pour Angelina).
Douglas, Fonda, Minelli
On l'a dit le népotisme n'est pas neuf à Hollywood. Kirk Douglas a rapidement passé le flambeau à son fils Michael, Judy Garland et son époux le réalisateur Vincente Minelli ont pu voir s'épanouir le talent de leur fille Liza. Idem pour Ingrid Bergmann et Roberto Rosselini (Isabella est leur fille), Janet Leigh et Tony Curtis (Jamie Lee) ou encore Henri Fonda (qui vit triompher sa fille Jane et son fils Peter).
La saison 2 de "Dark Matter" redonne goût à la science-fictionMais, là, où les choses prennent une autre tournure, de nos jours, c'est quand les "créateurs de contenu" s'en mêlent, soulignant volontiers l'amateurisme des uns, le manque de talent des autres et, plus largement, le déni dans lequel vivent les enfants des stars qui répètent volontiers qu'ils ont dû travailler dur pour se faire une place, plus dur que d'autres peut-être, embarrassés qu'ils étaient de leur célèbre nom de famille. Dans un pays où la méritocratie est élevée au rang de valeur cardinale, voir débouler les nepo babies sur les écrans a le don d'en énerver plus d'un(e). D'autant que les chiffres le prouvent : aux États-Unis, seuls 2 % des acteurs parviennent à vivre uniquement de leur métier.
Ella Beatty, qui incarne le personnage principal de la série Netflix Monstre : L'histoire de Lizzie Borden, fait partie de cette famille de veinards. Son papa – Warren Beatty – était déjà une star dans les années 70 (Bonnie and Clyde, The Parallax View). Sa maman, Annette Bening (Liaisons dangereuses, Bugsy, Courir avec des ciseaux de… Ryan Murphy), a accumulé les récompenses deux décennies plus tard. "Avoir des parents acteurs aussi célèbres est un privilège indéniable, et j'en suis pleinement consciente. Je ne pense pas que cela diminue ce que j'espère pouvoir apporter", commentait la jeune femme lors de ses débuts à Broadway, il y a deux ans à peine.

Autre actrice très à l'aise avec ses très célèbres parents : Maya Hawke, vue notamment dans Stranger Things. La fille d'Ethan Hawke et d'Uma Thurman le dit sans détour : sa filiation l'a bien aidée. "Quand j'ai débuté, j'ai vu deux voies possibles et l'une d'elles consistait à changer de nom, se faire refaire le nez et passer des auditions ouvertes", disait-elle, non sans humour, au Guardian, en 2024. "Tant de gens mériteraient cette vie et ne l'ont pas mais je crois que je suis à l'aise avec l'idée de ne pas la mériter et de la vivre quand même. Et je sais que ne pas le faire n'aiderait personne".
Porte fermée
D'autres, comme Lily-Rose Depp – la fille de Johnny Depp et Vanessa Paradis – semble avoir plus de mal avec le concept. "Les gens ont des idées reçues sur votre carrière et comment vous en êtes arrivé là", disait-elle dans le Elle américain dont elle faisait la couverture. "Mais je peux vous dire que rien ne vous donnera un rôle sauf le fait que vous êtes bon pour ce rôle". Et d'ajouter (non sans bon sens) : "Je trouve cela étrange de réduire quelqu'un à l'idée qu'il n'est là que grâce à la génération avant lui, cela n'a aucun sens. Si un enfant de médecins devient également médecin, vous n'allez pas vous dire "oh, il est médecin parce que ses parents le sont"… C'est plutôt : "Non, j'ai fait médecine et j'ai bossé." J'entends souvent ça à propos des femmes et je ne crois pas que ce soit une coïncidence."

Mais être "l'enfant de" ne suffit pas toujours à vous ouvrir les portes des studios. Billie Lourd, connue pour ses rôles dans Scream Queens et American Horror Story en sait quelque chose. La fille de Carrie Fisher et (donc) petite-fille de Debbie Reynolds s'est vu refuser le rôle principal de Rey dans Star Wars : Le Réveil de la Force, en 2015, le réalisateur J.J. Abrams lui préférant Daisy Ridley. Toute fille de la princesse Leia qu'elle était, Billie Lourd a dû se contenter d'un rôle secondaire : celui d'une lieutenante rebelle.
Et dans le cinéma français ? Les enfants de la balle – terme bien plus joli que "nepo babies" – ne manquent pas et sont bien plus rarement la cible de propos haineux. Sara Giraudeau (fille d'Annie Duperey et Bernard Giraudeau) a prouvé qu'elle était une grande actrice et Charlotte Gainsbourg a grandi sur les plateaux de cinéma. La plus controversée est peut-être Suzanne Lindon (fille de Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon), que l'on a vue dans La venue de l'avenir, de Cédric Klapisch. "Je ne vais pas refuser des gens parce que leurs parents sont acteurs", se défend le réalisateur. "Je ne nie pas que "les enfants de" sont des gens privilégiés. Mais, Suzanne Lindon, je l'ai choisie au casting parce que c'était la meilleure pour jouer ce rôle-là."
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.