Trois enfants incas en chemin vers leur mort, 500 ans plus tôt
Des chercheurs ont réussi à reconstituer plusieurs mois de la vie de trois enfants sacrifiés durant un rituel inca il y a plus de 500 ans. Ce rituel, c’est la capacocha : un immense pèlerinage, parfois long de plusieurs milliers de kilomètres, qui traversait tout l'empire avant de s'achever au sommet des montagnes sacrées. Les personnes choisies pour être sacrifiées, souvent des enfants, étaient sélectionnées pour leur pureté et beauté exceptionnelle.
Pour comprendre comment il se déroulait, une équipe interdisciplinaire a rouvert le dossier de trois célèbres momies retrouvées au Chili : Cerro Esmeralda-A, une fillette de 9 ans, Cerro Esmeralda-B, une jeune femme de 18 ans, et le Niño del Plomo, un garçon de 8 ans.Leur objectif : reconstituer leurs derniers mois de vie. Pour cela, ils ont combiné archéologie, chimie, médecine légale et imagerie.
Les archéologues ont commencé par étudier les vêtements, les objets déposés dans les tombes et la position des corps. Puis ils ont utilisé des scanners haute résolution pour examiner l'intérieur des momies sans les endommager. Ils découvrent notamment qu'El Plomo présente un traumatisme crânien compatible avec une violence au moment de sa mort. En revanche, les causes du décès des deux jeunes filles restent plus difficiles à établir.
Et un autre indice pour leur enquête a été leurs cheveux. Comme ils poussent d'environ un centimètre par mois, ils conservent une véritable archive biologique. En analysant différents isotopes, des variantes naturelles d'un même élément chimique, les chercheurs ont retracé les changements d'alimentation... mais aussi les déplacements des enfants à travers les Andes. Les résultats révèlent que les trois enfants n'ont pas suivi pas le même parcours. Cerro Esmeralda-A et Cerro Esmeralda-B auraient parcouru entre 900 et 1 200 kilomètres en quelques mois. Le Niño del Plomo, lui, aurait voyagé jusqu'à 2 800 kilomètres depuis Cusco, lieu de départ du pèlerinage.
Ces haltes ne servaient donc pas seulement à ravitailler les pèlerins : elles participaient pleinement au rituel et permettaient à l'Empire inca d'affirmer son autorité sur les territoires traversés. La datation des momies laisse penser que les rituels ont été faits lors de l’expansion inca, sur des territoires nouvellement annexés de Tarapaca et dans le centre du Chili.
Bref, la Capacocha n'était pas qu' un rituel religieux, c’était aussi un outil politique pour renforcer le pouvoir de l’empereur d’évènements importants, de catastrophes naturelles mais aussi de conquêtes.