Véronique Ovaldé

Rien ne s'oppose à la nuit, surtout en compagnie de Véronique Ovaldé. L'autrice et éditrice nous présente son dernier livre : " Vivre sans bonheur et n'en point dépérir" qui vient de paraître aux éditions Flammarion.

Editrice et romancière
Être éditrice cela veut dire prévenir les auteurs du risque qui les attend, c'est le grand bain, c'est un risque, il faut avoir envie de jouer. A mes débuts, je me souviens de ce moment vécu avec candeur, Mon premier livre (Le sommeil des poissons, 2000) est tombé dans un trou, mais c'était déjà si merveilleux de publier un livre.

De la fiction à l'autobiographie
Je crois qu'on ne décide pas réellement du livre qu'on va écrire, Pierre Michon disait : " Le roi vient quand il veut", cette fois je suis partie de tout autre chose, un roman très colonisant... et puis ma mère a prononcé cette phrase : "Je crois que j'ai raté ma vie" sur un ton presque malicieux, et je me suis dit que ce serait intéressant de traduire ce mouvement. Alors je me suis mise à écrire sur elle, son enfance et tout ce que j'imaginais.

Sa Mère
C'est un livre sur ma mère et ce que j'étais prête à lui faire vivre et à inventer, il ne pouvait que lui être dédié. En regardant ma mère, j'ai cette pensée coupable : cette femme est merveilleuse et j'ai tellement souvent souhaité ne pas être sa fille. Dans ce roman, je la fais mourir deux fois, je craignais que cela perturbe ma mère, mais elle a très bien réagi. Ma mère n'est pas une héroïne, c'est une "petite dame", ce sont ses mots, mais elle a quelque chose de profondément inaltérable, il faut être quelqu'un pour tenir face à mon père.

De l'art du surnom
Mon père, je ne l'ai quasiment jamais appelé "papa", lui m'appelait Bernadette Soubirous, il parlait un argot rare... et moi je l'appelais "Sa Seigneurie", "Dodolphe", ou un peu plus tard, "Saddam Mussenet ", les surnoms c'était un sport familial.

Parler de soi
C'est tout un art de parler de soi. J'ai longtemps fait partie de ces gens timides qui camouflent leur timidité sous une gesticulation tragi-comique. Je me déployais dans la fiction, les gens qui me connaissent me voient dans chacun de mes livres. Cette fois c'était fou de parler à la première personne en parlant de ma mère.

Langue
Je m'amuse à mêler un langage très châtié et une certaine familiarité. Je ne m'interdis rien. Ma mère a toujours lu mes romans mais mon père ne me lisait pas. Je n'ai jamais pensé à mes parents en tant que lecteurs. La langue que j'utilise dans mes livres est une langue inventée, je la veux accueillante mais ce n'est pas grave si des choses échappent à mes parents. Je n'écris pas pour eux.

L'Editeur
Parfois je démarre un roman et puis l'envie me quitte, cela retombe et agace beaucoup mon éditeur, car il ne connaitra jamais la fin.

Ecrire et lire
Ecrire c'est partir, c'est s'extraire du factuel et parfois du réel. La lecture c'est la base de la pensée critique, je suis inquiète de voir que l'on lit moins. Lire c'est fondamental.

La suite à découvrir à l'écoute de l'émission

La musique

  • Feu Chatterton « Ce qu’on devient »
  • Nina Simone « Ain’t got no-I got life »
  • Gorillaz « Delirium »

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