Vendeur de bières dans les stades en Allemagne, Patrick Nkoa a découvert la D1, en Belgique, à La Louvière : "Ma mère associait foot et voyou"
Tout nouveau dans l'effectif d'Edward Still, Patrick Nkoa a déjà laissé sa carte de visite dans la défense de La Louvière. Avant le 2e but anderlechtois, où toute la défense a été mal placée, il avait réussi à museler Cevtkovic. Le mur que La Louvière recherchait cet été n'a pas mis longtemps à trouver sa place dans une défense qui avait été le grand atout de l'équipe la saison dernière.
De la D8 à la Jupiler Pro League en six ans
Le Camerounais, qui a aussi la nationalité allemande, a montré toute l'assurance qu'on détecte souvent chez les expérimentés à ce poste. À 27 ans, on pourrait d'ailleurs s'attendre à ça. Pourtant, Nkoa est loin d'avoir ce si grand vécu. Dimanche au Lotto Park, il découvrait la division 1 après une trajectoire étonnante et une éclosion tardive.
Arrivé à 20 ans en Allemagne de son Cameroun natal, où il avait déjà appris l'allemand, pour des études en informatique, ce robuste défenseur a connu une ascension fulgurante une fois arrivé sur le Vieux Continent.
Ses premiers pas dans une vraie structure de club, c'était d'ailleurs en Allemagne, à Wattenscheid, en division 8. Dans ce quartier de Bochum où il vivait, le foot n'était qu'un hobby en dehors de sa chambre d'étudiant. Dans une région où les grands stades ne sont jamais bien loin, il s'est alors mis à vendre de la bière et des boissons dans les tribunes.
Donner un contrat pro à un jeune issu de son Académie, une grande première à La RAAL Louvière : "Une grande fierté pour nous et une nouvelle étape""À côté de mes études, il fallait bien travailler pour avoir de l'argent et en envoyer à la famille, se souvient-il. Je n'évoluais qu'en amateurs à l'époque. Ce n'est pas que j'aimais ce boulot, mais il fallait bien payer les factures."
Cette période n'a toutefois pas duré très longtemps. Son physique et son talent lui ont rapidement permis de s'illustrer sur les prairies amateurs. Et il n'a pas fallu attendre longtemps avant qu'il tape dans l'œil de clubs plus huppés. Et surtout professionnels.
Les supporters de La Gantoise boycottent à nouveau La Louvière : "Il est difficilement envisageable de modifier le bloc visiteurs", assure la RAAL"J'ai d'abord fait un énorme bond de la D8 à la D4 pour rejoindre Rot-Weiß Erfurt. Mais c'est quand Hansa Rostock (D3) m'a acheté il y a trois ans (NdlR : 125 000 €) que je suis devenu professionnel. J'ai pu me concentrer à fond sur le football. C'était un risque mais je ne regrette pas car, aujourd'hui, je n'ai plus besoin de vendre de la bière dans les stades, rigole-t-il. J'ai pu délaisser ma chambre d'étudiant."

Professionnel à 23 ans à Hansa Rostock
Depuis, le défenseur d'1,92 m a gravi les échelons chaque été pour arriver, à 27 ans, en D1 belge après une saison à l'Eintracht Brunswick en D2 allemande.
"La D2 allemande reste un solide championnat mais il est clair que, pour moi, la première division, c'est tout de suite autre chose. On affronte quand même de grosses équipes comme Anderlecht, l'Antwerp, Bruges… Ce sont des équipes qui sont connues. Selon moi, la Jupiler Pro League reste un meilleur championnat que la D2 allemande. C'est juste exceptionnel de me dire que je suis en D1, s'enthousiasme-t-il. J'avais un peu suivi le parcours de La Louvière. Je suis un fou de foot et je regarde beaucoup à la télé. Ils ont quand même réussi deux montées d'affilée, donc forcément, on en parle même au-delà des frontières belges."
guillementC'est juste exceptionnel de me dire que, aujourd'hui, je suis en D1.
Désormais joueur de D1, Patrick Nkoa veut maintenir le cap dans son évolution. "C'est aussi pour ça que je suis venu en Belgique. Je pense qu'il était temps pour moi de toute façon que je quitte l'Allemagne après cinq ans, sourit-il. En Belgique, je sais que je peux encore passer une nouvelle étape. La Louvière est le projet idéal pour réaliser ce nouvel objectif."
Des débuts dans la rue avec son frère
Depuis son appartement à La Louvière, ce grand bosseur peut un peu savourer. Sans oublier d'où il vient. Conscient surtout qu'au pays, jouer au foot n'a pas été aisé pour lui… à cause de la maman.
Même s'il n'affiche pas de statistiques offensives énormes, voici pourquoi Mustapha Isah a le profil pour réussir à La Louvière"En fait, elle associait football avec voyou, s'amuse-t-il. Aujourd'hui, elle ne pense plus de cette façon. Elle a compris que les footballeurs pouvaient aussi concilier ça avec l'école. D'ailleurs, elle devrait bientôt me rendre visite. Enfant, j'ai découvert le foot avec mon grand frère. Il m'emmenait jouer dans la rue avec les amis. À force, j'ai vraiment pris du plaisir. Avec le temps, je me suis donné les moyens de réussir. Et je referai les mêmes choix. Si je devais revenir dans le passé et me retrouver face à moi, je me dirais : 'Ne lâche pas. Il faut toujours croire en soi. Il faut aussi travailler, être discipliné, il faut prier'."
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