Valère Burnon et ses amis enflamment Flagey

Peut-on imaginer concert commençant plus mal ? Dès le premier accord du sublimissime deuxième quintette de Dvořák, une toux formidable retentit, au point de faire trembler Flagey jusque dans ses fondations. Les cinq musiciens semblent pâlir, mais ne perdent pas leur concentration.

Burnon & Friends, c'est l'aboutissement d'une amitié nouée entre Valère Burnon — récent troisième lauréat du Concours Reine Elisabeth — et quatre jeunes instrumentistes rencontrés à la Chapelle : les violonistes Amia Janicki et Adam Suska, qui alternent au poste de premier violon d'une pièce à l'autre, l'altiste Héloïse Houzé et le violoncelliste Jorge Giménez.

Un lundi soir, sous un petit crachin, ces deux œuvres colossales auraient pu, par leur densité, intimider un public écrasé par l'abondance de l'offre culturelle bruxelloise. Ce serait oublier combien Flagey, par un patient travail, est parvenu à fidéliser son public. La salle est presque pleine.

Ce qui frappe avant tout, c'est la patine de cet ensemble, sa ronde perfection et sa tranquille assurance. On croirait ses membres réunis depuis vingt ans. Ce qu'ils donnent à entendre n'est pourtant que le fruit de quelques concerts et d'une simple répétition matinale. La propreté de leur jeu, sa mise en place parfaite et l'absolue sérénité qui émane de l'ensemble surprennent d'autant plus qu'un musicien nous avoue la terreur qu'il éprouvait au moment d'entrer en scène. C'est probablement ce qu'on appelle l'"art de donner le change". Et quel art.

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L'art de la transparence

On avait coutume de dire du chef d'orchestre Sir Neville Marriner comme du pianiste Murray Perahia qu'ils avaient le don de se rendre transparents et d'offrir des versions rondes et parfaites des œuvres qu'ils interprétaient. Loin de trahir un manque de personnalité, ce don relève d'un art aussi remarquable que celui qui consiste à s'approprier une œuvre et à la réinventer de pied en cap. C'est vers la première de ces esthétiques que tend le jeune ensemble, à telle enseigne qu'on se prend à fermer les yeux et à se sentir en connexion directe avec Dvořák et Brahms.

Pour ceux qui n'auraient pas assisté à sa prestation au Concours Reine Elisabeth, c'est un réel bonheur de voir Valère Burnon — star malgré lui de la soirée — évoluer avec une telle sérénité. Qui aurait pu se douter, il y a dix ans, que le petit surdoué de dix-huit ans se transformerait aussi vite en un modèle d'équilibre et d'humilité musicale ? La salle ne s'y trompe pas : elle finit debout et, suprême marque de respect, ne réclame pas de bis. Tout a été dit.

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