Midterms US : Trump sous pression, l'Europe en ligne de mire

Publié4. octobre 2026, 07:48

À un mois des Midterms«Une victoire démocrate ne veut pas dire changement de cap»

Donald Trump est sous pression avant les élections de novembre. L'Europe risque, plus que jamais, de lui servir de soupape, prévient l'expert Tobias Endler.

Carolin Teufelberger

Dans un mois pile se tiendront aux États-Unis les élections de mi-mandat. D'ici là, Donald Trump a désespérément besoin que le vent tourne. Les sondages sont historiquement mauvais, même une partie de sa base est en colère. Le politologue Tobias Endler explique pourquoi, malgré tout, il n'attend pas de changement de cap de la part de Trump. Et pourquoi l'Europe doit déjà commencer à regarder au-delà de son mandat.

Trump a dit, lors de son premier meeting de campagne au Texas, que son gouvernement faisait un «travail phénoménal», mais le vendait mal. S'est-il soudain mis à l'autocritique?

Tobias Endler – Effectivement, il y a un changement de ton. Bien sûr, il remarque les mauvais sondages, même s'ils ne correspondent pas à son image de soi. Il ressent la nécessité de s'expliquer, lui et sa politique. C'est déjà un réveil. Il est également remarquable de voir où il se produit : d'abord le Texas, puis l'Oklahoma – un État à peine plus républicain. Autrefois, on aurait dit : il cherche à se renforcer là où il gagne de toute façon. Maintenant, on a l'impression qu'il doit limiter les dégâts. Cela ne correspond pas du tout à son image de gagnant perpétuel.

Cette pression rend-elle Trump plus enclin au compromis?

Je ne vois aucune concession. Au contraire: je m'attends à plus de dureté et d'agressivité de sa part. Un changement de cap serait un aveu qu'il n'a pas tenu ses promesses économiques centrales. Les prix des denrées alimentaires, de l'énergie, de l'essence, des taux d'intérêt pour les cartes de crédit sont toujours beaucoup trop élevés. Cela fait mal aux gens. Mais Trump dit toujours: «Je ne perds jamais.» Il ne peut pas simplement abandonner ce mythe d'invincibilité.

Malgré des sondages historiquement bas, Tobias Endler n'attend pas de concession de Donald Trump.

Malgré des sondages historiquement bas, Tobias Endler n'attend pas de concession de Donald Trump.Getty Images via AFP

Que signifie cette frustration intérieure pour sa politique étrangère?

L'Europe est devenue la soupape pour relâcher la pression dans la chaudière américaine. Cela signifie que Trump ne tient pas ses promesses économiques, les gens sont insatisfaits, et c'est l'Europe qui trinque. Trump ne peut pas le faire avec la Chine en raison des interdépendances économiques et parce que c'est une puissance trop importante. Avec la Russie, il ne veut pas non plus, car il y a notamment cette fascination bizarre pour Poutine.

À propos de l'expert

Votre nouveau livre s'intitule «USA – Le nouvel ennemi». Est-ce une déclaration de guerre?

On me pose souvent cette question. Mais non. Le gouvernement américain a déjà fait cette déclaration de guerre à l'Europe. Il adopte une ligne ouvertement agressive sur trois niveaux: l'idéologie, le commerce et la sécurité. L'ampleur de cette agression est énorme, car les États-Unis restent la puissance la plus importante en Occident et des dépendances se sont créées au fil des décennies. En particulier vis-à-vis de la Suisse, il existe un énorme déséquilibre de pouvoir.

Les États-Unis ont toujours poursuivi leurs propres intérêts. Qu'est-ce qui est différent maintenant?

Ce qui est nouveau, c'est la liaison directe entre commerce et sécurité. Le gouvernement Trump a, par exemple, mis un prix sur l'OTAN: si les autres ne paient pas assez, la garantie de sécurité est remise en question. Inversement, l'Europe doit être alignée sur le plan sécuritaire pour qu'il y ait du commerce. À cela s'ajoute une lutte idéologique. Le message n'est pas simplement «faites votre truc». C'est plutôt: «vous êtes sur la mauvaise voie, et nous vous corrigeons, si nécessaire par la force».

Les Américains souffrent des prix élevés, y compris sur les carburants. Trump réagit à cette frustration intérieure par une agression extérieure.

Les Américains souffrent des prix élevés, y compris sur les carburants. Trump réagit à cette frustration intérieure par une agression extérieure.AFP

Le Canada cherche maintenant un partenariat plus étroit avec l'UE. Est-ce la bonne voie pour devenir plus indépendant?

Je peux comprendre que les Canadiens cherchent une alternative. Il faut dire que le conflit que le gouvernement américain a déclenché avec le Canada est totalement insensé. Ottawa est un partenaire commercial central, fournissant des matières premières et de l'énergie. En même temps, la réaction agressive de Washington à un partenariat plus étroit avec l'UE montre à quel point la relation est désormais tendue. Ursula von der Leyen (ndlr: la présidente de la Commission européenne) avait à peine formulé l'idée que Trump menaçait déjà de conséquences sévères. Que l'Occident se divise ainsi ne peut pas être le chemin que nous voulons ou devrions suivre. Mais c'est le chemin sur lequel s'engage la nation la plus puissante de l'hémisphère occidental.

Pourrait-il y avoir un changement si les Démocrates remportent les Midterms le 3 novembre?

Supposons que les Démocrates gagnent la Chambre des représentants. Cela rendra les deux prochaines années désagréables pour Trump. Mais attention à ne pas en déduire qu'il y aura un changement de cap envers l'Europe. Le président a de vastes pouvoirs. Il peut décider de beaucoup de choses. Et les Démocrates, eux, sont d'abord préoccupés par leur propre pays. Ils luttent pour l'orientation de leur parti et pour des questions intérieures. La relation avec l'Europe n'est pas la priorité.

Quel espoir l'Europe peut-elle placer dans l'après-Trump?

Les États-Unis ont toujours oscillé entre deux pôles: façonner le monde selon leurs idées et s'en retirer. Trump s'est d'abord présenté comme le champion du retrait: «pas de nouvelles guerres», «l'Amérique d'abord», etc. Puis ça a basculé. Aujourd'hui, il s'agit de s'imposer aux dépens des autres. Les personnes autour de lui, qui lui succéderont, sont d'un tout autre calibre. J. D. Vance ou Stephen Miller sont des idéologues purs et durs. Leur position de base: «Le fort fait ce qu'il peut faire et le faible subit ce qu'il doit subir.» Cette citation antique de Thucydide redevient très populaire parmi les têtes dirigeantes du camp MAGA. C'est pourquoi je crains que la politique envers l'Europe ne devienne encore plus dure idéologiquement. Trump n'est que le début.

(arg)

Carolin Teufelberger

Carolin Teufelberger (cat), née en 1991, travaille depuis 2024 pour 20 Minuten en tant que rédactrice au service Actualités & Société.