Une société privée et des "ambassadeurs" fantômes logés dans un bâtiment communal pour… 400 euros par an : "On n'était pas au courant"

La commission réunissant les conseillers communaux et destinée à faire le point sur la politique en matière de Jeunesse à Anderlecht aura permis quelques révélations.

La conseillère d'opposition Nadia Kammachi (Écolo) a pointé une large contradiction entre les propos tenus publiquement par l'échevine de la Jeunesse Fathia El Ikdimi (Les Engagés) et les faits rapportés par ses services. "Je l'ai interrogée sur son action politique en 2025 et très récemment en septembre 2026 en conseil communal. À chaque fois, l'échevine parlait de l'existence des ambassadeurs jeunesse. Elle en évoquait même une vingtaine dans différents quartiers en septembre dernier."

Problème : en commission, les services expliquent à l'écologiste que ces ambassadeurs sont à l'arrêt depuis 2024 (2025 selon l'échevine). Et dans une réponse écrite de l'échevine, on apprend qu'ils ont été lancés… en 2024. À se demander s'il y a même déjà eu des ambassadeurs ?

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Leur rôle ? Diffuser les informations et activités de la commune auprès des jeunes. "On s'est rendu compte qu'on n'arrivait pas à toucher ce public via nos canaux traditionnels", explique Fathia El Ikdimi. L'échevine assure qu'en 2024, une bonne quinzaine de volontaires ont été rencontrés et formés. "Puis ça s'est essoufflé alors on a décidé de réorienter la politique des ambassadeurs. Les services sont allés rencontrer directement des associations en lien avec les jeunes pour y trouver des relais. Nadia Kammachi joue sur les mots, ce ne sont plus les ambassadeurs comme on les a lancés en 2024 mais il y a toujours ces ambassadeurs au sein des associations."

"Certains ont demandé des démissions pour moins que cela"

Combien en compte-t-on donc aujourd'hui ? Ici, l'échevine patine un peu. "On est encore en prospection." En réalité, pour le moment il n'y a pas d'ambassadeurs, ce que l'échevine finit par nous confirmer. "On rencontre encore les associations."

Nadia Kammachi fulmine. "Avoir des difficultés à mettre en place des politiques, ça peut arriver, mais il faut assumer. Pourquoi mentir devant le conseil communal et assurer que des ambassadeurs existent s'ils n'existent plus depuis deux ans. Certains ont demandé des démissions pour moins que cela."

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Fathia El Ikdimi se défend : "je n'avais pas tout le détail sur ce processus de réorientation de la politique des ambassadeurs lors de ma dernière intervention au conseil."

Mais le cas des ambassadeurs n'est pas le seul hic dans la politique de la jeunesse. En août 2025, le collège donne son accord pour l'occupation précaire d'un bâtiment communal situé rue de Fienne 75 en plein cœur de Cureghem. "Il n'y a jamais eu d'appel à candidatures pour ce bâtiment alors que de nombreuses associations cherchent des locaux. Ce n'est pas normal comme pratique", dénonce la conseillère. D'autant plus que le collège, dans sa décision, explique qu'une visite des lieux a été réalisée avec les intervenants sélectionnés en juin 2025. Alors que leur association a finalement été créée en juillet. "Vu le timing, ça sent quand même fort le montage, dénonce Nadia Kammachi, sans remettre en cause le travail que dit faire l'ASBL."

L'échevine tempère : "Des personnes se sont présentées à nous en expliquant vouloir ouvrir un Sase" (Service d'accompagnement à missions socio-éducatives). Son objectif : "Développer un ensemble d'activités destinées à prévenir la rupture sociale, familiale et scolaire des jeunes en difficulté."

"C'est quelque chose dont nous avons besoin dans le quartier, il y a une demande. Après la visite, ils ont créé l'association et on a donné l'accord." Montant demandé pour l'occupation : 400 euros/an. Une faible contribution puisque l'association s'est engagée à faire des travaux dans le local, selon l'édile.

ASBL mystère

L'échevine assure que pour les occupations précaires, un appel à candidatures n'est pas nécessaire. À Anderlecht, ce n'est pas la première fois que ce genre d'occupation est contesté pour son manque de transparence. "Je ne suis pas fermée à faire des appels à candidatures, mais il ne faut pas que cela nous retire trop de flexibilité. Ici il y a un besoin dans le quartier et des personnes qui se proposent de le combler. Autant répondre à la demande donc."

Sauf que ce Sase (établissements qui sont censés être agréés par la Fédération Wallonie-Bruxelles) est pour le moment assez discret : pas de page web, pas encore connu de certains professionnels du secteur à Bruxelles…

L'échevine nous assure que l'ASBL a lancé une demande d'agrément auprès de la Fédération Wallonie-Bruxelles et que le dossier est en cours. "La commune a marqué son soutien à cette initiative."

Nous avons contacté la Fédération Wallonie-Bruxelles qui a une version bien différente : "Nous avons bien reçu une demande d'informations pour un Sase en août 2025. Nous avons alors évoqué au demandeur le lancement d'un appel à projets pour créer des Sase. Mais aucun dossier n'a jamais été rentré dans ce sens pour ce lieu. Actuellement, il n'y a aucun Sase à Anderlecht. Nous sommes interpellés d'apprendre qu'une ASBL utilise cette dénomination sans agrément. De plus, visiblement, l'appellation Sase était utilisée avant même la demande d'informations. Nous allons lancer un suivi de ce dossier."

"C'est un manquement"

Plus étrange encore, en mars 2026, une société privée y est créée par un des administrateurs de l'ASBL. La société se donne comme mission de proposer de l'accompagnement scolaire aux personnes âgées à domicile ou encore de réaliser des coachings à la parentalité. Elle est alors domiciliée dans le bâtiment communal, sans avenant au contrat d'occupation précaire de l'ASBL, sans loyer supplémentaire. La commune héberge donc alors gratuitement une entreprise à but lucratif dans un bâtiment communal. L'entreprise changera son siège social d'adresse quelques jours après la question de Nadia Kammachi sur ce bâtiment lors du conseil communal de septembre dernier.

Ici, l'échevine l'assure : "On n'était pas au courant". Nous lui apprenons même que l'entreprise a changé de siège social. Elle le concède : "C'est un manquement de la part des occupants. Le dossier est toujours en cours d'analyse."

L'échevine dément les insinuations de favoritisme qu'aurait accordé la commune à ces structures : "Je ne connaissais pas ces personnes, je n'ai pas de lien avec elles et j'imagine que c'est le cas dans tout le collège sinon il aurait fallu le signaler." Sur les réseaux, on peut juste constater que la société privée se positionne en soutien du PS et contre certains élus MR locaux, sans plus de lien confirmé à notre connaissance.

Outre la financiarisation de l'aide à la jeunesse proposée par ce type d'entreprise et critiquée par une partie du secteur, le dossier interroge Nadia Kammachi sur le suivi accordé aux occupations précaires. "On parle de biens communaux, ce n'est pas rien."

Nous avons tenté de joindre la société sans succès.

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