Une présidentielle sous tutelle ?
Chaque dimanche le 6/9 accueille Charles Sapin, directeur adjoint de Valeurs actuelles pour son édito politique.
Quel sera « l’événement surprise » qui percutera la campagne présidentielle 2027 ?
On a tous les précédents en tête : Affaire DSK en 2012, Fillon en 2017, l’Ukraine en 2022. Pour 2027, un mur semble se dresser déjà devant les candidats : celui des 3500 milliards de dette et du dérapage incontrôlé des déficits. Que le prochain budget, n’a aucune chance de maîtriser.
Comment cela peut-il influer sur la campagne ?
Cela pèse déjà. Ce n’est pas un hasard si Gabriel Attal n’a pas repris cette semaine, devant le Medef, ce qui était sa grande promesse de l’été : son « choc des salaires », visant à rapprocher le net du brut, grâce à une baisse massive des cotisations.
Pourquoi ? L’envol en cette rentrée des taux auxquels emprunte la France, au-dessus des 4 %. Rendant ce qui paraissait encore imaginable en juillet, en septembre beaucoup plus compliqué...
Les candidats font face a un choix : regarder la réalité financière et assumer de sévères économies, au risque d’effrayer les électeurs ; ou faire comme si de rien n’était et vendre encore des promesses à crédit.
Mélenchon a choisi : une dette ? Quelle dette ? Jetons-la au feu ou congelons les remboursements dus à la BCE. Cascade à ne surtout pas imiter chez vous avec votre prêt immobilier ou à la consommation…
Bruno Retailleau prend l’option inverse : 300 000 fonctionnaires en moins, aides sociales plafonnées, assurance chômage durcie. Mais plus que la dette, c’est sa dynamique qu’il arrive surtout à endiguer.
Marine Le Pen trône, elle, entre les deux. D’une main, elle se convertit à la règle des 3 % de déficit et promet 125 milliards d’économies en cinq ans. Sans les détailler, bien sûr. De l’autre, elle s’accroche à une réforme des retraites évaluée à plus de 25 milliards par an. Un « en même temps », sans Emmanuel Macron.
La note de la France vient pourtant d’être maintenue par Fitch.
Oui, mais l’agence de notation le dit presque explicitement : elle ne veut pas perturber l’élection. Les marchés, eux, n’ont pas ces pudeurs. Le scénario noir, désormais pris au sérieux par nombre d’économistes dont Patrick Artus, c’est une France incapable de lever sa dette d’ici dix-huit mois. La BCE devrait alors intervenir, en imposant un plan d’austérité inédit depuis 1945.
Voilà l’événement surprise : une présidentielle sous tutelle, où le vainqueur, quel qu’il soit, découvrirait qu’il a gagné l’Élysée, mais perdu le pouvoir.
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