“Poutine repousse sans cesse les limites”: un train avec des ex-dirigeants occidentaux échappe à une frappe russe

© AFP, Gregory Van Gansen / Photo News

L’attaque de drone russe visant une ligne ferroviaire près de la frontière ukraino-polonaise, survenue quelques minutes seulement après le passage d’un train transportant des conseillers et d’anciens dirigeants occidentaux, illustre l’audace sans limite de Vladimir Poutine à défier l’Union européenne et l’OTAN. Pourquoi le Kremlin cherche-t-il ainsi à frôler la ligne rouge? Ces personnalités étaient-elles directement visées ou s’agissait-il d’un avertissement délibéré de la part de la Russie? “Cela me surprend que ce genre d’incident ne se soit pas produit plus tôt”, affirme l’expert en défense Roger Housen.

Luc Beernaert

Source: HLN

14 septembre 2026, 14:28

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Un drone russe a frappé la locomotive d’un train de voyageurs reliant Kiev à Varsovie, à deux kilomètres de la frontière avec la Pologne, pays membre de l’OTAN, sans faire de victimes, selon les autorités des deux pays. Varsovie a indiqué qu’un autre drone avait frappé une station-service à proximité d’un poste-frontière, toujours du côté ukrainien.

La compagnie ferroviaire ukrainienne, qui avait auparavant évoqué une “attaque systémique” visant ses infrastructures, a indiqué que la locomotive touchée se trouvait à la gare frontalière d’Iagodyne et appartenait à un train qui avait pu être évacué 15 minutes plus tôt.

Mais selon l’opérateur Ukrzaliznytsia, “il est très probable” que la frappe russe ait visé un autre train qui transportait “des conseillers à la sécurité et des anciens dirigeants européens dont l’ex-Premier ministre Boris Johnson” et qui venait de passer par Iagodyne.

Ce train avait “quitté la gare plus tôt que prévu en raison d’ajustements en temps réel des horaires face à la menace constante de frappes russes”, a souligné la compagnie publique. Cette dernière a précisé que l’ex-directeur de la CIA David Petraeus se trouvait par ailleurs à Iagodyne dans un autre train au moment de la frappe.

Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, qui a présidé une réunion d’urgence, a mis en garde contre une prochaine intensification des attaques russes en Ukraine. Une “escalade” qui pourrait, selon lui, toucher le territoire polonais.


Roger Housen: “Pour intimider l’Ouest et lui montrer que la Russie a la ‘dominance de l’escalade’. C’est un concept militaire qui signifie qu’un camp a la capacité de monter en puissance comme bon lui semble. C’est lui qui décide où, comment et quand cela se produit. Dans cette guerre hybride menée contre l’Occident, la Russie détient cette domination. Poutine repousse sans cesse les limites pour nous intimider, en rajoutant une couche à chaque fois.”

“De plus, avec une telle attaque, il cherche à influencer la prise de décision en Occident. Il sait qu’à chaque nouvelle escalade, des voix montent à l’Ouest pour réclamer l’arrêt du soutien à l’Ukraine. On le voit en Allemagne, mais chez nous aussi, certains appellent à couper l’aide fournie à Kiev et à négocier avec Poutine.”


“Je penche pour la seconde option. Si les Russes avaient réellement voulu toucher le train où se trouvaient Johnson, Petraeus et Sautter, ils en auraient eu les moyens technologiques. Mais cela aurait déclenché une riposte immédiate, en particulier de la part des Britanniques, et c’est une ligne rouge que Poutine préfère ne pas franchir.”

“Dans sa guerre hybride contre l’Occident, il a jusqu’ici évité de faire de nombreuses victimes civiles. Le Kremlin ne veut pas franchir cette limite. Poutine veut intimider et faire pression sur la politique occidentale, tout en évitant d’entraîner une réponse militaire ferme de l’Occident. Saboter des trains marque une étape supplémentaire dans sa campagne d’intimidation.”


“Tout à fait, car il sait que le soutien occidental est crucial pour Kiev. La semaine dernière, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a demandé à débloquer une avance de 27 milliards d’euros sur l’enveloppe de 90 milliards promise par l’Europe, alors qu’un nouveau paquet de sanctions contre la Russie est en préparation à l’Ouest. Poutine cherche ainsi à fissurer l’unité et la détermination des Occidentaux.”


“Non, pas du tout, surtout au vu de l’augmentation des actes d’agression russes dans le cadre de cette guerre hybride depuis un an. On observe d’ailleurs depuis un moment que ces opérations se rapprochent de plus en plus de l’Europe. La question n’est plus de savoir si un pays comme l’Allemagne, par exemple, sera touché par une telle attaque hybride, mais quand. Ce n’est pas pour rien que les services de sécurité belges se préparent à une hausse de ces actions sur notre territoire.”


“Ça me surprenait déjà depuis des années que cela ne soit pas arrivé plus tôt. Depuis le début de la guerre, les dirigeants occidentaux prennent continuellement le train pour se rendre à Kiev. Alexander De Croo l’a fait, tout comme l’actuel Premier ministre Bart De Wever et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Jusqu’à présent, il existait un accord tacite prévoyant de ne pas s’en prendre aux dirigeants de l’autre camp, mais cette ligne rouge ne cesse de reculer. C’était donc inévitable. Plus la guerre dure, plus les limites sautent.”


“Exactement. Il faudrait réagir en disant: ‘Tu fais ça ? Nous en sommes capables aussi.’ C’est la seule façon de poser une vraie limite. Le problème, c’est que l’Occident avance sur un fil. Si les Britanniques ou les Français faisaient la même chose en Russie — alors qu’ils savent très bien où vit Medvedev —, Poutine s’en servirait aussitôt pour dire que l’Occident tout entier attaque la Russie. Mais si l’Occident ne réagit pas, Moscou continuera d’aller toujours plus loin.”


“Non, car l’Ukraine ne fait pas partie de l’OTAN. Formellement, aucun territoire de l’Alliance n’a été touché: l’attaque a eu lieu à deux kilomètres de la frontière, du côté ukrainien. Tout au plus, la Pologne pourrait demander l’activation de l’article 4 pour convoquer des consultations d’urgence si elle se sent menacée, mais Varsovie n’a pas encore fait cette démarche. L’OTAN n’entreprendra aucune action concrète, si ce n’est verbale. Mark Rutte haussera à nouveau le ton et enverra un message à Moscou, mais cela s’arrêtera là.”

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