Élections fribourgeoises : un parti nationaliste se lance
Le Rassemblement patriote affirme qu'il va présenter cet automne une liste complète de 23 candidatures pour les élections au Grand Conseil fribourgeois. Mais l'arrivée de ce parti nationaliste avec un passif judiciaire suscite surprise et inquiétude.
Un nouveau parti fait son entrée sur la scène politique fribourgeoise en vue des élections cantonales du 8 novembre. Le Rassemblement patriote, parti souverainiste romand, affirme qu'il présentera 23 candidatures pour l'élection au parlement cantonal dans le cercle de Sarine-Campagne, a récemment rapporté le journal La Liberté.
À ce stade, un seul nom a été dévoilé publiquement. L'identité des autres candidates et candidats n'est pas connue.
Un positionnement à droite de l'UDC
Le Rassemblement patriote revendique une ligne nationaliste. Fondé en 2024 dans le canton de Vaud, il ne cache pas sa volonté d'occuper un espace à droite de l'UDC. Car s'il partage certaines de ses positions – notamment sur la question de l'asile –, il entend s'en distancier sur d'autres dossiers.
Selon le président du parti Stepan Syshchikov, certains adhérents fribourgeois se seraient sentis trahis par la ligne UDC. "On prône vraiment le protectionnisme et le nationalisme, là où l'UDC est un parti extrêmement libéral. Quand on sait que l'UDC lance des initiatives qui ne sont soutenues par aucun parti, mais que derrière elle s'allie avec le Centre ou le PLR, nous on considère cela comme une forme de trahison."
Un parti avec un passif judiciaire
Déjà connu en Suisse romande, le parti débarque à Fribourg avec un passif judiciaire. L'an dernier, Le Courrier avait révélé des échanges à caractère racistes, antisémites, misogynes et homophobes sur un groupe WhatsApp entre plusieurs membres du Rassemblement patriote. Dénoncés, ces propos ont été sanctionnés par le Ministère public vaudois pour discrimination et incitation à la haine.
>> Lire à ce sujet : Le parti d'extrême droite Rassemblement romand patriote sous pression après des messages haineux
Aujourd'hui, le président du Rassemblement patriote assure que ces affaires appartiennent au passé. "Cette enquête parue dans les journaux nous a permis de nous débarrasser de certains éléments problématiques qui pouvaient tenir des propos qui ne sont pas en accord avec notre ligne politique. On va défendre notre idéologie et présenter des candidats sérieux", déclare Stepan Syshchikov.
>> Voir son interview à l'époque des faits :
Pour Jean-Pierre Dorand, historien spécialiste de l'histoire fribourgeoise, si cette liste de 23 noms se confirme, elle aurait un caractère inédit. "Des voix d'extrême droite ont déjà existé dans le canton. Mais une formation organisée avec une liste aussi complète serait une première."
Étonnement dans le monde politique
Dans le paysage politique fribourgeois, l'arrivée de ce parti suscite l'étonnement parmi les formations contactées. Remplir une liste complète laisse plusieurs partis perplexes. Certains s'interrogent même sur un possible coup de communication.
À gauche, le Parti socialiste et son président Thomas Gremaud s'inquiète de voir émerger à Fribourg un parti qui propose dans son programme de "faire évoluer les prisons vers des camps de travail".
L'UDC fribourgeoise, de son côté, ignorait que ce mouvement nationaliste disposait de relais dans le canton. Son président Timon Gavallet ne connaît pas non plus la composition de cette nouvelle liste. Il affirme toutefois qu'il ne s'agirait pas de membres UDC qui auraient changé de camp.
Pour en avoir le cœur net, il faudra attendre au plus tard le 28 septembre, date limite pour déposer les listes.
Mehdi Piccand