« Un moyen efficace pour identifier les conducteurs sous l’emprise du protoxyde d’azote » : la police municipale de Cannes se dote de trois détecteurs, « une première en France »
La Ville de Cannes fait de sa lutte contre le protoxyde d’azote un véritable combat. Dans un communiqué envoyé ce samedi 22 août 2026, elle annonce avoir équipé sa police municipale de détecteurs capables de repérer les conducteurs ayant récemment consommé ce gaz : « une première en France », assure le maire de Cannes, David Lisnard.
Depuis quelques jours, les policiers municipaux cannois disposent de trois détecteurs. Ils ont été utilisés pour la première fois sur le terrain les jeudi 20 et vendredi 21 août. Leur fonctionnement est comparable à celui d’un éthylotest pour l’alcool : ils permettent de détecter, en quelques secondes, la présence de protoxyde d’azote dans l’air expiré.
Déjà déployés dans plusieurs pays européens comme le Danemark, ces appareils fabriqués par la société Olythe, basée à Aix-en-Provence, ont pour objectif d’identifier les conducteurs susceptibles de prendre le volant après avoir consommé du « gaz hilarant ». « En cas de détection positive au protoxyde d’azote, conformément aux procédures en vigueur, et après en avoir informé l’officier de police judiciaire, le conducteur est sanctionné sur le fondement de l’arrêté municipal et invité à immobiliser son véhicule jusqu’à ce qu’un nouveau contrôle permette de s’assurer qu’il peut reprendre la route sans danger », précise la Municipalité.
Un premier conducteur verbalisé
Et le dispositif a déjà permis un premier contrôle positif. Dans la nuit du vendredi 21 au samedi 22 août 2026, dix dépistages ont été réalisés. L’un des conducteurs contrôlés a été testé positif et verbalisé. Son véhicule a été immobilisé pendant un peu plus d’une heure, jusqu’à ce qu’un second test, cette fois négatif, l’autorise à reprendre la route.
L’un des passagers a également été verbalisé pour consommation de protoxyde d’azote, tandis que trois autres occupants ont été sanctionnés pour détention de bonbonnes. « Le protoxyde d’azote est un gaz addictif dont l’inhalation provoque une euphorie brève mais altère fortement la vigilance, les réflexes, la coordination et le jugement, rappelle la Ville. Dans certains cas, une seule inhalation peut s’avérer mortelle pour le consommateur. Au volant, les effets du protoxyde d’azote peuvent entraîner une perte de contrôle du véhicule et mettre en danger le conducteur comme les autres usagers de la route. »
Une lutte commencée en 2020
Des effets incompatibles avec la conduite qui ont d’ailleurs conduit à plusieurs accidents mortels contextualise la Ville. Comme à Nice, en juin 2024, où un conducteur ayant inhalé du protoxyde d’azote avait mortellement percuté un pompier qui circulait à scooter sur la promenade des Anglais. « Cet outil offre aux policiers municipaux cannois un moyen efficace pour identifier rapidement les conducteurs susceptibles d’être sous l’emprise du protoxyde d’azote », se félicite la Ville.
Cette nouvelle mesure s’inscrit dans une politique engagée depuis plusieurs années par la municipalité de David Lisnard. Pour rappel, en 2020, Cannes avait adopté un arrêté interdisant la consommation de protoxyde d’azote sur la voie publique ainsi que sa vente aux mineurs. L’an dernier, la commune avait également interdit la vente de bonbonnes aux particuliers. « En 2025, les services municipaux ont ainsi collecté 10 970 bouteilles de protoxyde d’azote abandonnées, tandis que la police municipale a dressé 326 procès-verbaux liés à la détention, à la consommation et à la vente de ces bouteilles. » Avec cette mesure, Cannes anticipe l’interdiction de la vente de protoxyde d’azote aux particuliers. Une interdiction inscrite dans la loi Ripost - qui durcit les sanctions contre plusieurs infractions du quotidien, dont l’usage détourné du protoxyde d’azote - tout juste promulguée et dont le texte entrera en vigueur le 1er février 2027.
Un détecteur fabriqué par une entreprise d’Aix-en-Provence
Fabriqué par l’entreprise française Olythe, et basé sur une technologie de spectroscopie infrarouge miniaturisée, le modèle OCIN₂O (déjà utilisé au Danemark, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Espagne et en Belgique) relève la concentration de protoxyde d’azote dans la respiration. Compact, léger et facilement transportable — seulement 60 grammes — « cet outil offre aux policiers municipaux cannois un moyen efficace pour identifier rapidement les conducteurs susceptibles d’être sous l’emprise du protoxyde d’azote en détectant la présence de N₂O dans l’air expiré après une consommation récente », résume la Municipalité.
« Cette utilisation en France s’inscrit dans la continuité des évaluations scientifiques, techniques et opérationnelles déjà menées avec différents partenaires et forces de l’ordre en Europe », confie Olythe à l’AFP, après un « projet pilote » de la police danoise mis en avant en juillet par la société basée à Aix-en-Provence.