« Un membre de notre groupe a été insulté, diffamé, dénigré » : à Menton, l’opposition demande à la majorité de l’exemplarité et un respect mutuel

La scène avait eu exactement l’effet escompté : choquer ses opposants, et ravir ses soutiens. En conseil municipal juste avant l’été, la maire RN de Menton, Alexandra Masson, s’en était prise avec véhémence à l’opposant Loïc Grenard. Après que celui-ci avait mis en doute la légitimité de créer trois postes d’adjoints supplémentaires – et donc d’indemniser lesdits élus – au regard des contraintes financières rencontrées par la commune.

Problème : le jeune élu n’avait pu riposter, son micro ayant été coupé.

Aussi le chef du groupe Nouvel élan pour Menton, Cédric Monteiro, a-t-il souhaité faire une mise au point lors de la dernière séance du conseil, le vendredi 18 septembre 2026.

« Vous avez été élue maire de Menton, nous sommes dans l’opposition. Ces deux faits sont incontestables. Nous respectons le choix des Mentonnais et assumons pleinement notre rôle », introduit-il. Rappelant que dans le même habit face à l’ancien maire, Yves Juhel, le respect avait toujours primé. Malgré les (nombreux) désaccords.

« Représenter et défendre les Mentonnais implique un devoir d’exemplarité et de respect, clame-t-il. Or, j’ai trop souvent entendu dans votre bouche ou celle de votre rang des petites phrases comme : retourne dans ton caniveau, le petit justicier, vous êtes minable, vous êtes médiocre. Elles n’ont pas leur place dans cette assemblée. »

Car l’un des problèmes, dit-il, c’est que de tels propos alimentent ensuite la haine sur les Internet. Au point que – détail savoureux quand on connaît le paysage politique local – son groupe aurait été traité de « LFIste ».

« Depuis le dernier conseil municipal, et l’extrait tronqué publié sur vos réseaux, un membre de notre groupe a été insulté, diffamé, dénigré par des hordes sauvages sous couvert d’anonymat. Ça, c’est totalement inacceptable », tranche-t-il. Jugeant qu’on peut attaquer un élu sur le terrain des idées. Mais qu’il est hors de question de s’en prendre à sa personne ou à sa famille.

« C’est ce qui fait la vie d’un conseil »

L’élu d’opposition Cédric Monteiro a pris la tête du groupe « Nouvel élan pour Menton » après la démission de Sandra Paire.
L’élu d’opposition Cédric Monteiro a pris la tête du groupe « Nouvel élan pour Menton » après la démission de Sandra Paire.
Photo d’illustration Jean François Ottonello / Nice-matin

Pour la suite du mandat, Cédric Monteiro fait un vœu : que tous les élus prennent de la hauteur. « Nous serons une opposition constructive, vigilante, exigeante. Nous dénoncerons ce qui nous semblera contraire à l’intérêt de la ville ; mais nous respecterons toujours votre fonction, comme tous les élus de cette assemblée. Nous attendons simplement le même respect en retour », déclare-t-il.

Soucieux de couper court à tout ce qui pollue le débat politique, il ajoute : « Le temps est venu de travailler chacun dans son rôle, pour Menton et pour les Mentonnais. »

À l’instar de son parti politique – qui s’était opposé, pour ce motif, à la création d’un « délit d’outrage en ligne » ou d’une « labellisation » des médias – Alexandra Masson invoque la liberté d’expression. La salle du conseil étant, d’après elle, l’un des rares lieux où elle a encore droit de cité.

« En fonction des événements, en fonction de la teneur du conseil, les propos peuvent par moments – pas toujours de manière opportune – déborder. Ce n’est pas très agréable mais c’est aussi ce qui fait la vie d’un conseil, il faut l’accepter. Je veux que ça reste comme ça », assume-t-elle.

Alexandra Masson, lors de sa conférence de presse pour ses 100 jours de mandat, a égratigné ses opposants, lesquels ont souhaité réagir.

Dans un retournement de responsabilités, l’élue revient sur son expérience lors de la campagne des élections municipales. « Moi, je n’ai attaqué personne. Mais je me suis souvent fait attaquer personnellement. Parce que j’étais une femme, parce que je ne convenais pas, parce que je n’étais pas Mentonnaise depuis assez longtemps. Parce que j’étais brune au lieu d’être blonde, que des fois mes tenues ne convenaient pas… »

Une réalité qui, indique-t-elle, continue sur les réseaux sociaux. « Toutes les semaines, des fois tous les jours, il y a des choses désagréables sur moi. J’en fais fi. Moi ce qui m’intéresse, c’est le travail », balaye-t-elle.

Une commission des finances ? Toujours pas

En conseil, les échanges houleux sont souvent liés aux questions financières. Afin d’éviter ces cas de figure, l’opposition a donc une proposition : réintroduire une commission des finances pour discuter de ces sujets avant le crash test en séance publique. Mais à la demande de Florent Champion, la maire répond comme à l’accoutumée. Non.

« On est aux devants d’un contexte qui est très compliqué au niveau des finances, et qui va impacter par conséquent la Ville de Menton. Au moins sur les sujets financiers, ce serait bien d’avoir un éclairage avant le conseil. Peut-être que si on avait a minima une commission avant, on poserait moins de questions en fin de séance… », argue l’élu de Menton en action.

Alexandra Masson rétorque que cela demande du temps, sollicite (trop) les services. Quand le premier adjoint, Jean-Christophe Storaï, souligne que la loi ne l’impose en rien.

« Quand vous étiez députée, vous assistiez à des commissions, cela permettait de débattre avec l’opposition dont vous faisiez partie. Pouvoir échanger permettrait d’éviter certaines interpellations lors du conseil. Cela permettrait de désamorcer », insiste Cédric Monteiro.

Même question, même réponse. C’est non.