Un mea culpa passé inaperçu : le cumul des mandats ne serait-il pas nécessaire ?

Hadrien Brachet, journaliste au magazine Le Point, apporte son éclairage sur une actualité politique.

Ce dimanche, ce sont 178 sièges qui sont renouvelés au Sénat. De quoi garantir suspens et rebondissements dans les couloirs feutrés du Palais du Luxembourg. Mais rassurez-vous il y a déjà une certitude.

Ce soir, sur nos écrans, nous ne verrons aucune trace d’une espèce emblématique de l’histoire politique française : celle des sénateurs-maires. Et pour cause, ces barons locaux, ont tout simplement disparu du paysage.

Une loi adoptée sous François Hollande a mis fin au cumul du mandat parlementaire et d’une fonction exécutive locale. Adieu, les députés-maires ou les sénateurs-présidents de région, comme le furent Gaston Deferre, Pierre Mauroy ou Jean-Pierre Raffarin. Un enterrement politique de premier plan qui suscite désormais des remords jusque chez un certain… François Hollande qui dans son dernier livre, "Unir", conçu comme une rampe de lancement vers une potentielle candidature en 2027, l’ancien chef de l’Etat plaide coupable.

Il l’écrit, cette réforme a « privé le Parlement de l’expériences de maires, de présidents de département ou de région davantage confrontés aux réalités ». Pour y remédier, l’ex-président, spécialiste dans l’art de la synthèse propose de rétablir le cumul des mandats, non pas dans les deux chambres mais seulement au Sénat. Une solution mi-chèvre, mi-chou, certes, mais déjà un début.

Selon vous Hadrien Brachet, il ne devrait y avoir aucun tabou sur le sujet ?

Aucun tabou en effet. Les parlementaires « cumulards », incarnation de cet « ancien monde » fustigé par Emmanuel Macron, avaient un ancrage et une expérience qui manquent cruellement aujourd'hui.

A pousser trop loin la moralisation de la vie publique, à réclamer que nos élus soient des exemples de désinteressement, on ouvre grand la porte à des profils hors-sol ou technocratiques. Sans pour autant obtenir le renouvellement sociologique souhaité.

Par ailleurs, au moment où de nombreuses forces politiques réclament la proportionnelle à l’Assemblée, le cumul des mandats pourrait se révéler plus utile que jamais. Il serait même, selon une note de l’institut Montaigne publiée cette semaine, un possible « contrepoids » face au risque de déracinement des élus que fait courir ce mode de scrutin. Enfin, en pleine instabilité parlementaire, diriger un exécutif local, élaborer un budget, gérer une majorité ne ferait pas de mal à quelques députés, adeptes des slogans à la Tik-Tok plutôt que de la lente mécanique du compromis. Certains manieraient peut-être les menaces de censure avec davantage de subtilité.