"Un lycée à notre nom, ça vaut toutes les légions d’honneur" : à Cournonterral, l’aura d’Élisabeth Badinter et l’émotion de Carole Delga
La philosophe et féministe a participé à l’inauguration du nouveau lycée Elisabeth et Robert Badinter de Cournonterral, ce jeudi 10 septembre. L’événement a donné lieu à une séquence empreinte d’émotion et d’hommages poignants, en présence de la présidente de la Région Occitanie Carole Delga et de nombreux élus.
"Rends-toi compte, Kamel, quel pourcentage de chances avions-nous toi et moi de nous retrouver aujourd’hui aux côtés d’Élisabeth Badinter ?" Carole Delga interpelle Kamel Chibli ce jeudi 10 septembre, au terme de la matinée d’inauguration du lycée de Cournonterral. La présidente de la Région Occitanie s’adresse au vice-président de la Région délégué à l’éducation, à la jeunesse et aux sports : "Dans nos familles, poursuit-elle d’une voix émue, nous savons ce que c’est, de lire des documents en français que nos parents et grands-parents ne comprenaient pas. L’école nous a permis de vivre ça aujourd’hui." Pause d’une paire de secondes. Avec larmes.
La présidente se reprend, s’adressant alors à Élisabeth Badinter qui accompagne l’inauguration officielle de l’établissement : "Madame, vous m’avez montré le chemin. Si aujourd’hui je suis présidente de Région, c’est grâce à vous."
Elisabeth Badinter a échangé avec les élèves autour de l'exposition sur le dessin de presse présentée au lycée en partenariat avec le Club de la presse d'Occitanie.
Mickaël ESDOURRUBAILH"Votre nom et celui de votre mari donnent une âme à ces murs"
Dans la vaste cour du lycée flambant neuf, la séquence des discours a été ouverte par le proviseur Laurent Bonnel : "Bien plus qu’un nom pour le lycée, votre présence, Madame, scelle un héritage."
De son côté, la maire de Cournonterral, Édith Gutierrez, souligne "le travail de plusieurs mandats" et "la détermination de la présidente Delga et du vice-président Chibli". Elle s’adresse ensuite à Élisabeth Badinter : "C’est un immense honneur de vous accueillir à Cournonterral. Philosophe, figure majeure du féminisme, vous avez transmis les valeurs de justice, d’égalité, d’émancipation. Votre présence transforme cette inauguration en moment historique pour notre commune. Votre nom et celui de votre mari donnent une âme à ces murs."
"C’est un cadeau extraordinaire. Et encore plus rare avec nos deux prénoms"
Devant un parterre de maires de l’ouest montpelliérain, le président de la Métropole Michaël Delafosse poursuit en tant que professeur d’histoire-géographie : "Je demande toujours à mes élèves pourquoi l’établissement ou sa rue portent tel ou tel nom. L’esprit Badinter est déjà sur les élèves de ce lycée ! C’est un très grand honneur, Madame, de vous accueillir dans cette journée."
Elisabeth Badinter, entourée de Carole Delga, de Michaël Delafosse, du proviseur Laurent Bonnel et de la maire de Counonterral, Édith Gutierrez.
Mickaël ESDOURRUBAILHLe silence se fait pour la parole attendue d’Élisabeth Badinter : "J’ai reçu un accueil magnifique. Vous évoquez "l’honneur" de me voir. Mais c’est vous qui m’honorez. Robert disait que, quand on donne son nom à un lycée, ça vaut toutes les légions d’honneur ! C’est un cadeau extraordinaire. Et encore plus rare avec nos deux prénoms (puis se tournant vers Carole Delga), une audace de votre part ! Je ne l’oublierai jamais. Avec Robert, nous avons tous les deux adoré enseigner. Les relations sont moins faciles aujourd’hui, avec le primat des réseaux sociaux. Je voudrais avoir un mot chaleureux particulièrement pour les jeunes enseignants."
À terme 1 400 lycéens
Au terme d’un dossier de huit ans, près de 520 élèves ont fait leur rentrée le 1er septembre au lycée de Cournonterral. L’établissement accueillera jusqu’à 1 400 lycéens, en classes générales et technologiques ainsi qu’en filières professionnelles et en CAP, avec une orientation vers les métiers du numérique.
C’est le 11e lycée neuf à énergie positive construit par la Région depuis 2016 (le 2e dans l’Hérault après Gignac en 2020), pour un budget de 52 M€. Sur un site de 6 ha et avec 17 200 m2 de planchers, le bâtiment revendique aussi un profil environnemental marqué.
"Cette lumière est désormais dans vos mains"
Une bande-son, avec les voix des époux Badinter lors de déclarations majeures, rythme avec sobriété la suite. L’occasion d’entendre à nouveau le plaidoyer du garde des Sceaux en 1981 : "La peine de mort est contraire à ce que l’humanité a fait de plus noble depuis deux mille ans, dans l’esprit du christianisme et de la Révolution." Ou encore : "L’absurdité criminelle homophobe et antisémite. Être antisémite, c’est être un con."
La présidente Delga terminait la matinée, en passant le relais : "Avec la disparition de Robert Badinter, une flamme s’est éteinte. Mais pas la lumière. Élisabeth Badinter, vous portez aujourd’hui cette lumière." Et s’adressant aux lycéens qui sortent de leurs classes pour la pause méridienne : "Cette lumière est désormais dans vos mains."