“Un jeu très dangereux”: la tension monte entre l’Allemagne et la Russie, sommes-nous proches d’un réel conflit?
Les tensions entre la Russie et l’Occident franchissent un nouveau cap alors que l’Allemagne tient Moscou pour responsable de l’attaque de drone manquée à Leipzig. Mais jusqu’où cela ira-t-il ? Un conflit plus vaste risque-t-il d’entraîner toute l’Europe? Ou les Russes savent-ils que la ligne rouge a cette fois bel et bien été franchie? Sven Biscop, professeur de relations internationales à l’UGent, livre son analyse. “Si cela avait mal tourné, nous n’aurions pas été loin d’un acte de guerre, et donc du déclenchement de l’article 5.”
Igor Bulcke, Martin Ducrotois
2 septembre 2026, 14:02
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Sven Biscop, professeur de politique internationale: “La Russie joue à un jeu extrêmement dangereux. Si cet avion avait explosé et fait des victimes, nous aurions été au bord de l’acte de guerre, et par conséquent du déclenchement de l’article 5 de l’OTAN. Dans ce scénario, nous serions tous en guerre, car une attaque contre l’un est une attaque contre tous. Il fallait absolument leur faire comprendre qu’ils avaient dépassé les bornes, mais sans pour autant chercher l’escalade totale. C’est un exercice d’équilibrisme délicat, d’autant plus que les Russes emploient des méthodes illégales alors que notre riposte reste dans le cadre du droit. De notre côté, nous ne ferions pas saboter un avion sur un tarmac russe.”
“Nous cherchons aujourd’hui à répliquer en durcissant les sanctions, bien que notre marge de manœuvre soit réduite. Nous pourrions peut-être intensifier notre soutien à l’Ukraine en envoyant un message clair : ‘Si vous pensez pouvoir nous intimider, vous vous trompez’.”
“La Russie n’admettra jamais publiquement qu’elle est impressionnée, mais nous devons marquer le coup, y compris par des canaux officieux. C’est par ces réseaux discrets qu’il faut faire passer le message: ‘Messieurs, l’heure est grave’. Et pas seulement à la Russie, mais aussi aux pays qui entretiennent des liens avec elle, comme la Chine: ‘Restez à l’écart de cette escalade’.”
“Si cet avion avait explosé et que des gens étaient morts, nous aurions été très proches d’un acte de guerre.”
“J’espère que les Russes comprendront le message et renonceront à ce type d’actions hybrides violentes, mais j’en doute. La Russie continuera d’alimenter la désinformation, de soutenir les forces antidémocratiques en Europe et de mener des activités d’espionnage. Nous devons nous y préparer: c’est une lutte de longue haleine.”
“Ce qui s’est produit en Allemagne peut arriver n’importe où, quelle que soit la distance avec la Russie. Cela peut toucher n’importe quel pays de l’UE ou de l’OTAN.”
“L’OTAN est une organisation de défense. Mais si les Russes persistent dans leurs attaques, nous pouvons riposter, par exemple en frappant une cible militaire russe.”
“Si l’opération avait tourné au drame, le statu quo aurait été impossible. L’OTAN l’a rappelé lors du sommet de Madrid: l’article 5 ne couvre pas uniquement les attaques conventionnelles avec des chars franchissant une frontière, mais peut aussi s’appliquer face à des attaques hybrides.”
“En tant qu’alliance défensive, notre vocation est de protéger notre territoire, pas de conquérir la Russie. C’est une évidence. Toutefois, si les Russes attaquent et que nous devons riposter, nous pourrions très bien cibler un objectif militaire russe. Nous entrerions alors dans un engrenage redoutable. Les Russes imaginent peut-être que nous n’oserions pas franchir ce pas, mais nous ne sommes pas si frileux.”