Un ex-ministre français a-t-il ordonné une “razzia sur les hebdos” pour étouffer une affaire de viol?
Reporters sans frontières (RSF) et l’hebdomadaire L’Essor Savoyard accusent lundi des membres de l’équipe municipale d’Annecy d’avoir acheté massivement des numéros du journal début juin pour étouffer une affaire de viol impliquant un élu, qualifiant cette manœuvre de “censure grossière et mal ficelée”. La mairie, dirigée par un ancien ministre macroniste, conteste ces accusations.
Kevin Dupont
Source: AFP
20 juillet 2026, 13:22
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Les faits, qui remontent au 4 juin, sont dignes d’un “mauvais polar”, raille la journaliste de RSF, Haïfa Mzalouat. Ce jour-là, un nouveau numéro de l’Essor Savoyard sort en kiosques. À la Une: le témoignage d’un homme accusant de viol le premier adjoint au maire d’Annecy, Anthony Granger (LR, droite). L’élu a depuis été placé en retrait de ses fonctions par le maire et ancien ministre macroniste Antoine Armand.
D’après l’enquête de RSF et de l’Essor Savoyard qui a duré plusieurs semaines, les buralistes de la ville racontent leur surprise lorsqu’ils ont vu affluer soudainement de mystérieux clients avec un fort appétit pour le journal.
Pas des clients habituels
Ils décrivent une véritable razzia: 20 exemplaires vendus par-ci, 50 par-là... Un homme dit vouloir s’en procurer une quinzaine “pour l’exposé de sa fille”. D’autres se font passer pour des salariés du journal et en achètent 146 en grande surface, prétextant qu’une erreur se serait glissée dans le numéro. À l’heure du déjeuner, les deux tiers des points de vente sont dévalisés. L’Essor Savoyard, qui s’écoule généralement à 2.000 exemplaires, enregistre un record de vente: +50%, soit 1.000 exemplaires supplémentaires. Les buralistes affirment que ces acheteurs n’étaient pas des clients habituels.
En recoupant des témoignages et des images, RSF dit avoir identifié parmi eux plusieurs personnes directement liées à la mairie d’Annecy. Est cité le nom de Myriam Clerc, conseillère spéciale et ancienne collaboratrice parlementaire du maire quand celui-ci était député de Haute-Savoie. Interrogée par l’ONG et l’hebdomadaire régional, cette dernière n’a pas souhaité faire de commentaire.
“Moment de panique”
Sous couvert d’anonymat, un membre de la majorité municipale confie à RSF et à l’Essor Savoyard que “certains élus ont été appelés pour acheter des journaux”. Une opération décidée d’après lui “dans un moment de panique”.
Contacté par RSF et l’Essor Savoyard, Antoine Armand assure de son côté “qu’aucune consigne n’a été donnée et qu’aucune organisation n’a été mise en place” pour tenter d’étouffer l’affaire.
Antoine Armand est arrivé à la tête de la commune savoyarde en mars dernier suite aux élections municipales, réussissant à prendre le poste de maire jusqu’ici détenu par l’écologiste François Astorg.