« Un établissement qui avait du caractère » : datant du XVIe siècle, le Moulin de la Foux trouvera-t-il un repreneur à Draguignan ?
À peine franchie le vieux portillon de fer, presque englouti sous les branches d’un figuier au feuillage luxuriant, se dresse l’imposante silhouette de la bâtisse. Elle affiche un tableau poignant d’abandon. Finis les réceptions et autres fastes d’antan. Plus question non plus de va-et-vient de véhicules dans la cour ou de rassemblements dans la dépendance adjacente… Ici, dans l’ancienne Hostellerie du Moulin de la Foux située le long du chemin éponyme, tout semble plongé dans un sommeil profond.
Asséchée, la végétation déborde des espaces verts. Plus triste encore, ces fenêtres barricadées par des plaques de bois. Preuve d’une volonté de protéger les lieux : « Il y a environ un an, il y a eu des vols de cuivre et de matériel électrique à l’intérieur, lâche Patrick Vinolo, actuel propriétaire, en montrant les portes entièrement descellées. Elles étaient fermées, ils ont tout cassé pour rentrer dans les chambres. C’était le massacre de la Saint-Barthélémy ! (1), contextualise-t-il. J’ai porté plainte, mais je n’ai pas de retour. »
Associé avec son fils et son frère au sein de deux sociétés immobilières (2), l’homme a racheté l’ensemble hôtelier il y a quatre ans. Avec pour objectif de le rénover : « Nous souhaitions recréer une activité d’événementiel, tout était encore en état, poursuit le mandataire immobilier. Je me suis dit qu’on allait le faire revivre. Nous voulions faire des travaux, puis nous avons investi ailleurs et avons laissé tomber le projet. »
Une propriété à plus d’un million d’euros
Florian Escoffier / Nice-matin
D’autres idées ont fusé, comme de le transmuer en résidence d’appartements avec piscine. « Nous avons pris contact avec la mairie, mais le Plan local d’urbanisme (PLU) ne permet pas une telle transformation ». Le projet de vendre à une chaîne hôtelière est alors étudié mais là aussi, les choses sont « problématiques. Il n’y a que 28 chambres. Or, il en faudrait au moins une cinquantaine pour être conforme aux exigences des grands groupes ». Aussi, si une tentative de compromis de vente a bien été signée l’an derniers avec l’Association varoise d’accueil familial (AVAF) de Draguignan, le projet n’a pu aboutir. « Nous avons décidé de remettre en vente la propriété en début d’été 2026 », annonce Patrick Vinolo.
Le Moulin de la Foux, qui s’étend sur 5 990 m² de terrain, – le jardin abrite des arbres centenaires, oliviers, platanes… –, pour 1 600 m² de surface habitable, dont une terrasse de 240 m², est donc de nouveau sur le marché immobilier. Le prix de vente s’élève à 1 150 000 euros.
« Là où il y a de l’eau, il y a de la vie »
Florian Escoffier / Nice-matin
Le site, qui témoigne de l’histoire rurale et industrielle provençale, est bâti autour d’un ancien moulin à eau datant probablement de la fin du XVIe siècle. « À l’époque, les gens s’installaient où il y avait de l’eau. Là où il y a de l’eau, il y a de la vie », rappelle Patrick Vinolo. Situé aux abords d’un canal arrosant, le moteur hydraulique utilisait la force de la résurgence de la Foux, une source très abondante (qui coule encore aujourd’hui) et alimentée par les eaux souterraines du plateau de Canjuers. Les vestiges de son architecture passée sont toujours visibles dans les entrailles de la propriété, et l’immense salle à manger a conservé des meules à huile d’origine (Voir ci-dessous).
« Il y a du potentiel »
Si le caractère de la bâtisse est resté intact, des travaux de rénovation et de remise en conformité s’avèrent indispensables. « Dans tous les cas de figure, elle n’était plus aux normes », lance le propriétaire. Cuisine obsolète, chambres et salles de bains vétustes et dégradées… « Tout est à refaire. Il serait bien de faire des chambres deux fois plus grandes pour passer à une catégorie de trois étoiles… Tables d’hôtes ou hôtellerie de luxe… Il y a du potentiel ! » Afin de redonner vie au Moulin de la Foux et selon les dires du responsable immobilier, « la somme d’un million de travaux de rénovation supplémentaire » serait nécessaire.
1. Le massacre de milliers de protestants par les catholiques, commencé à Paris le matin du 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, est l’un des événements les plus connus de l’histoire de France
2. Sociétés immobilières 2V Invest et HVM
Florian Escoffier / Nice-matin
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L’histoire du Moulin de la Foux
Florian Escoffier / Nice-matin
Situé à proximité de l’ancienne pisciculture, Le Moulin de la Foux, dont l’existence remonterait à la fin du Moyen Âge, probablement entre le XVe et XVIe siècle, est l’un des sites patrimoniaux les plus anciens de la vallée de la Nartuby. Il constitue un témoignage de l’économie rurale de la Dracénie. La présence d’une source dont le débit était pratiquement constant constituait un avantage considérable permettant à la structure de fonctionner une grande partie de l’année.
Florian Escoffier / Nice-matin
Comme la plupart des moulins provençaux, il servait principalement à moudre le blé pour produire la farine. Vers 1770, le mécanisme aurait évolué en moulin à huile. Ce n’est qu’au XIXe siècle, avec l’industrialisation, que de nombreux petits moulins hydrauliques provençaux ont cessé leur activité. C’est ainsi que le Moulin de la Foux connaîtra plusieurs reconversions. Il fut aussi utilisé comme savonnerie, avant de devenir un établissement hôtelier. Depuis, plusieurs propriétaires se sont succédé.
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« Ça a tourné pendant quinze ans ! »
Marc-Henri Fiaschi et son épouse Catherine ont tenu l’établissement durant quinze ans : « Nous avons racheté les murs aux Petit frères des pauvres en mai 1988, la bâtisse était fermée depuis dix ans, tout était à refaire. Nous avons retiré toutes les vieilles tapisseries », racontent-ils. Diplômés de la prestigieuse école hôtelière de Lausanne, en Suisse, ces parents de trois garçons se lancent le défi de redonner vie à l’Hôtellerie du Moulin de la Foux et baptisent le restaurant « La Truite dorée » (1). « C’était du boulot, mais nous avions besoin de vivre l’expérience. » Et l’initiative porte ses fruits. « Le jour de l’inauguration, nous avons reçu tous les grands pontes du Var ! », se souvient Catherine.
François Léotard, Jean-Michel Couve en passant par Hubert Falco et bien sûr Max Piselli, alors maire de Draguignan… L’établissement voit aussi défiler de grandes figures politiques comme Philippe Seguin, Bernard Pons ou un certain Nicolas Sarkozy.
« Nous avons créé des liens »
Tout comme de grands sportifs ou artistes tels que Catherine Lara, Niagara. « Nous acceptions tout le monde, association, clubs services, syndicalistes, politiques… Nous faisions partie intégrante de la vie locale. Nous avons créé des liens », insiste-t-elle en feuilletant le livre d’or, témoin de ce faste passé. Séminaires, réceptions etc., la trentaine de chambres accueillaient des autocaristes et des sportifs notamment lors des compétitions cyclistes. « Nous avons toujours eu l’esprit familial et avons gardé une équipe de neuf personnes. Nous mangions tous ensemble, c’était très important pour nous », confie Marc Henri Fiaschi.
Sur la carte du restaurant figuraient des spécialités gastronomiques à base de foie gras ou de magret : « Nous proposions chaque jour un buffet de 17 desserts faits maison ! », se targue Marc-Henri, engagé au sein de l’Union des métiers de l’industrie et de l’hôtellerie (UMIH). « C’était un bel établissement qui avait du caractère. Il y a toutes les caves voûtées en dessous, les murs étaient épais, nous n’avions pas besoin de climatisation. Cette maison a une âme. Nous en gardons un très bon souvenir », concluent les anciens restaurateurs.
1. L’ancienne pisciculture de la Foux élevait des truites et des écrevisses.